Le Petit Beurre de LU, ce patrimoine français qui s’est imposé comme le biscuit le plus célèbre de France, fête en 2016 son 130 ème anniversaire.

Un vrai calendrier

Inspiré des napperons de sa grand-mère pour la forme et le lettrage, ce biscuit emblématique du goûter n’a en effet pas été dessiné en 1886, au hasard par Louis Lefèvre-Utile.

Il mesure 65 mm de long, 54 mm de large et 6,5 mm d’épaisseur pour un poids unitaire de 8,33 g. La surface du biscuit est lisse et possède 24 poinçons (4 lignes sur 6 colonnes) entremêlés de l’inscription « LU PETIT-BEURRE NANTES » sur trois lignes. Les caractères de l’écriture sont destinés à rappeler l’écriture des livres que la grand-mère de Louis lui lisait. La lettre B du Petit-Beurre est située au centre du biscuit. Le biscuit est arrosé de lait avant de passer au four pour obtenir l’aspect doré à la cuisson. La dorure est uniforme sur l’ensemble de la partie centrale et plus soutenue sur les dents.

Leurs 4 coins représentent les 4 saisons, ils ont 52 dents comme les 52 semaines de l’année et  possèdent 24 trous comme les 24 heures de la journée. Les paquets contiennent 24 biscuits. Enfin, l’épaisseur de huit biscuits est égale à la largeur, ce qui permet de réaliser un paquet de section carrée, facilitant l’emballage, le transport et le stockage (à l’origine boîtes de fer-blanc décorées de dessins faisant sa réclame).

moule-Lu

Source: le blog des bricolesetutos

La petite histoire

L’aventure du Petit Beurre a commencé sous le règne de Louis-Philippe, au 5 rue Boileau, à Nantes, dans une pâtisserie « La fabrique de biscuits de Reims et de bonbons secs » fondée en 1846 par Jean-Romain Lefèvre et Pauline-Isabelle Utile, partis tous deux de la Meuse pour s’installer en Loire-Atlantique.

La petite boutique prospère si bien que les locaux deviennent trop exigus. En 1854, le couple acquiert le 7 de la rue Boileau, pour y créer une annexe. Le succès est immédiat et en 1880, 14 ouvriers y travaillent.

En 1882, âgé de 24 ans, Louis Lefèvre-Utile, le benjamin de la famille, reprend l’affaire familiale et l’entreprise reçoit la médaille d’or de l’exposition de Nantes. Son ambition est de battre l’Empire britannique du biscuit avec les mêmes armes… ces matières premières bretonnes et vendéennes exportées outre-Manche pour le plus grand succès des biscuits anglais. Pour cela, il achète donc une ancienne filature sur le quai Baco de Nantes pour construire une fabrique moderne de biscuits  dans laquelle travaillent 130 ouvriers, produisant plusieurs tonnes de biscuits chaque jour.

beurre-lu-1-758En 1886, il imagine un biscuit à base de farine fine de froment des Moulins Laraison de Pornic, de lait frais des laiteries acquises par la biscuiterie, de beurre, de sucre de canne des Antilles, de Cuba et de la Réunion, de sel de la baie de Bourgneuf-en-Retz et du Bourg de Batz. Il lui dessine une forme rectangulaire aux bords découpés et aux quatre coins saillants.

Le Véritable Petit Beurre était né.

Louis annonce alors, « je crois que je viens de mettre au point un produit promis à un grand avenir ».

Louis sent alors qu’il a frappé fort et  le 1er février 1887, il créée la société LU.

Le biscuit se vend comme des petits pains mais le jeune homme ne pense pas à le protéger et les copies fleurissent. En effet, le dépôt de la forme et de la marque au tribunal de commerce de Nantes n’advient que le 9 avril 1888.  D’autres petits beurre sont en effet, produits en France comme le « Petit beurre de Lorient au sel de Guérande ». En 1891 à Hanovre en Allemagne, la société Bahlsen commercialise un Butterkeks (biscuit au beurre très ressemblant au Petit Beurre français) appelé Leibniz-Keks en hommage au philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm von Leibniz. C’est pourquoi on peut encore lire sur le célèbre paquet rouge et blanc « LU, Véritable Petit Beurre, Nantes. »

 « Ce n’est pas le biscuit d’origine britannique, sec comme une Anglaise en route pour ­l’Exposition, fade comme le navet bouilli dont raffolent nos voisins d’outre-Manche, c’est un biscuit vraiment français, vraiment breton, avec une pointe de sucre, un nuage de lait, un doigt de ce beurre succulent qui a valu à nos départements armoricains une renommée universelle » affirme en 1900 son créateur.

Le marketing avant l’heure

Louis est constamment à l’affût d’idées nouvelles et d’innovation, autant pour les méthodes de fabrication que pour les modes de présentation de ses produits. En rebaptisant la société en 1887, des deux initiales des noms de famille de ses parents (Lefèvre – Utile), la marque LU est officiellement née.

« Pour susciter la gourmandise, rien de tel que de séduire l’œil » constate Louis qui met les nouvelles techniques d’impression lithographique au service de sa marque :  étiquetage en relief et chromolithographie.

En 1896, lors de la célébration du cinquantenaire, la manufacture offre à chacun de ses membres un porte-monnaie en forme de petit beurre LU, garni du salaire d’une semaine de travail.

La marque fait appel aux meilleurs peintres et graphistes de l’époque. L’affichiste et illustrateur Firmin Bouisset, conçoit en 1897 le personnage du « petit écolier », avec son fils Michel comme modèle. La figure de l’écolier incarne alors la défense du patriotisme et de deux de ses expressions : l’école républicaine et l’industrie biscuitière française. On le trouve encore aujourd’hui sur les biscuits Petit Écolier.

Anecdote-Petit-Ecolier-2

Louis Lefèvre-Utile cherche aussi à coller à l’actualité de l’époque, en créant un biscuit pour des événements politiques, comme le biscuit russe pour la visite du tsar Alexandre III, la gaufrette Iceberg pour la seconde expédition antarctique de Jean Charcot en 1908, liant ainsi étroitement la marque à la grande Histoire.

Pour soigner son image de marque, l’entreprise fait appel en 1904 à Alphonse Mucha, qui impose le style Art Nouveau dans les affiches publicitaires, et au célèbre caricaturiste Capiello, qui réalisa l’album des « contemporains célèbres » avec ­Anatole France ou Réjane. Sarah Bernardt fut sans doute la plus célèbre ambassadrice de la marque. On lui doit le slogan :

« Quoi de mieux qu’un Petit Beurre LU ? Deux Petit Beurre LU ».

Ainsi depuis ses débuts, le célèbre biscuit n’a cessé de s’entourer d’artistes qui ont contribué à en bâtir l’image : des dessinateurs (Luigi Loir, Leonetto Cappiello, Benjamin Rabier, Eugène Quinton, Alfons Mucha), des littéraires (Georges Feydeau, François Coppée, Jean Charcot, Anatole France), des vedettes (Fernandel, Georges Feydeau) ou encore des publicitaires (Raymond Loewyn Tomi Ungerer).

En 1900, c’est la consécration pour l’entreprise nantaise : LU reçoit l’unique Grand Prix décerné à la biscuiterie lors de l’Exposition Universelle et trouve ainsi sa première consécration internationale.

Créateur encore, Louis invente lui-même ses slogans publicitaires dont, en 1902 :

« Qui me croque, craque. Qui m’a croqué recroquera ! »

En 1913, la fabrication annuelle de biscuits dépasse les six mille tonnes, l’usine de Nantes emploie mille deux cents ouvriers (quatorze en 1882) et occupe quarante mille mètres carrés, soit vingt fois plus qu’en 1885.

Pendant la Première Guerre mondiale, les Américains fournissent à la marque les ingrédients nécessaires, en échange de biscuits pour leur armée. Mais, la formule du Petit-Beurre est exceptionnellement modifiée avec plus de sucre pour satisfaire le goût des soldats américains.

Lors de l’Exposition Universelle de 1937, s’inspirant du mouvement Art Déco, LU modernise son monogramme, plus épuré, plus géométrique, grâce à un procédé révolutionnaire de moulage.

LU-logo
C’est à l’Américain Raymond Loewy, rencontré aux Etats-Unis en 1946, que la marque LU demande, en 1956 de redessiner le paquet de Petit Beurre.

« Redessiner le paquet du Véritable Petit Beurre LU, c’est redessiner le drapeau français » s’exclame alors le célèbre designer, récompensé par le Package Designers Council de New York pour son logotype LU : deux lettres sur fond rouge.

Numéro 1 mondial

Dans les années 1960, LU s’offre de nouvelles marques comme Trois Chatons, Heudebert, Chamonixou encore, Palmito…

La famille Lefèvre-Utile restera à la tête de son empire industriel jusqu’en 1967. A partir de cette date, Patrick Lefèvre-Utile issu de la quatrième génération commence à s’associer avec d’autres fabricants de biscuits dans l’objectif de développer l’exportation de ses produits. L’histoire familiale prend fin en 1986 quand LU intègre le groupe BSN, aujourd’hui Danone.

 « LU est bien sûr une marque française, c’est même une marque patrimoniale régulièrement citée comme préférée des Français. Son taux de notoriété atteint même les 96 %, ce qui est énorme ! » – Claire Sturer

Depuis 170 ans, la marque est restée fidèle à ses valeurs, « simplicité, plaisir, qualité« .  LU est toujours la plus grande biscuiterie française, et son rachat en 2007 par l’américain Kraft Foods (2ème groupe agro-alimentaire au Monde après Nestlé) en fait une des plus grandes marques mondiales de biscuits par sa production et sa diffusion.

LU ou le « petit écolier » devenu grand. Aujourd’hui, 10.000 paquets sont produits chaque heure par une ligne automatisée qui tourne 24 h/24, cinq jours sur sept, dans l’usine LU de La Haye-Fouassière.
top-lu-ouvrons-le-champ-des-possiblesLe petit rectangle crénelé compte pour 20% de la production (soit 8.000 tonnes par an) de la plus grande fabrique de biscuits française, qui emploie 450 personnes et sort aussi les Pailles d’Or, les Crackers Belin et les gâteaux pour petit déjeuner BelVita. Ce site est approvisionné par 1.500 agriculteurs, installés dans un rayon de 150 kilomètres, ayant signé la charte LU’Harmony, qui garantit la traçabilité du blé et un faible recours aux pesticides.

Chaque année, 30 millions de paquets de Petit-Beurre sont vendus et les quatre coins de ce centenaire grignotés aux quatre coins du monde… et dans 26% des foyers français.