Les pluies du Printemps nous ennuient.
Il est temps que le Soleil nous assaille.
Il fait frais dans ces demeures
Où nous vivons.
Longtemps nous pensons
À une vie que nous n’avons pas.

Nous marchons lentement
Aux allées des glaïeuls
Mais nous ne les voyons pas.
La Nature s’affaire
Et prend son temps.
Nous, nous nous voyons seuls.

Alors nous voulons nous distraire
Et courons dans les champs,
Pleins de vigueur
Et d’espérance. La terre
Nous apprivoise un instant,
Un instant seulement…

Dans les prés, au bord des routes,
Nous enjambons les Adonis d’été.
Leur toxicité ne nous affecte
Pas. Et même s’il y a du sang
Très rouge sous nos souliers,
Nous nous éloignons …

Plus loin nous croisons
Quelques amarantes séculaires
Dont nous ignorons tout.
Et pourtant elles sont réputées
Vertueuses. Ne le sachant pas
Nous nous écartons…

Bientôt nous arrivons sur
La route des belles alchémilles,
Dite  » herbe des femmes « .
Depuis toujours on connaît
Leurs vertus. Mais d’elles aussi
Nous prenons congé.

Et tandis que la pluie
A cessé nous avons toujours
Cet air inquiet. Pour nous
Rassurer davantage,
Il nous faudrait croire
En un jour peut-être meilleur.

Alors bientôt nos pas nous font
Côtoyer l’éternelle ambroisie.
Nous avons entendu parler de
Son usage auprès des Dieux
De l’Antiquité, choisie
Comme onguent miraculeux !

Lorsque nous sommes davantage
Préoccupés par les sujets
D’Amour, mieux vaudrait
Cueillir la délicate ancolie
Afin de l’offrir rapidement,
En espérant un apaisement.

Mais la Nature ne semble pas
Nous avoir assez distraits.
Nous avons même foulé
La bruyère dont le parfum
Ne nous a pas tout-à-fait
Écarté de notre Ennui.

Et puis tant d’autres :
Capucines, coquelicots, cyclamens !
Depuis l’éphémère jusqu’à
L’éternité,
Nos promenades écartent
Ces symboles.

Alors et puisque le soleil
Revenu nous apporte
Assez de réconfort
Pour nous asseoir
Un instant, sans rien voir
Et sans rien considérer,

Toutes ces couleurs,
Ces fleurs
Avec tous leurs parfums
Négocient entre eux
Un bonheur immatériel que,
Bien sûr, nous ne goûterons jamais.

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