Il y a combien de brassées de mer
Que la vague accomplit nos regards ?
Combien de vagues et d’écume
Que la mer engloutit nos espoirs ?
Combien de rides sur les flots,
De chaises longues pour s’asseoir,
Combien de frissons d’eau ?!

Sept soirs durant,
J’ai cru pouvoir soupçonner
De complicité
Quelques-uns de ces mystères.
Par un excès de vanité,
J’ai cru être capable d’oxygéner
La peau de ces secrets.

Combien d’engeances nouvelles
En dépit de la tiédeur des nuits ?
Combien de lunes propices
Au bercement, sur les eaux,
De nos lassitudes ?
Combien de frissons sans raison,
Combien de flots et de pluies ?

À la porte des plages
Où les baigneurs se sont côtoyés,
Longtemps demeurent
Les corps brûlants,
Les cœurs pincés,
Et sur les sables éreintés,
L’empreinte de leurs pas et de leur danse.

A la sortie des bains de mer,
Sur les chairs à peine sorties de l’hiver,
Les petits maillots mouillés
Collent la peau
Tandis que, dans les vagues,
Toujours et même
De bonne heure plongent
Les derniers nageurs.

Et puis sept jours n’ont pas suffi. Évidemment.
Sept jours n’ont rien évoqué de mieux
Que le battement des rancœurs
Dans les gorges assoiffées.
Au pied même du cuivre des lits défaits,
La lumière n’a rien balancé de plus
Que son irréprochable agrément !

Et même les larmes des yeux
Non loin des joues font imaginer mieux
Mieux l’immensité des mers,
L’insoupçonnable abîme de ses tourments.
Rougeoiement des courses,
Pépiement des âmes pincées,
Courroucées de nos compagnes.

Sept nuits tout autant que sept jours,
Les eaux ont, avec patience,
Fait œuvre d’importance :
Les eaux derrière les vagues,
Les vagues ignorées des eaux.
Et le bruit fut semblable à celui
Du fracas des ondes sur la grève.

Sept jours tout autant que sept nuits,
L’azur durant a nourri l’intelligence
De nos regards de nonchalance
Et de vertu, la douceur de nos esprits
De vigilance et de sagesse.
Et l’azur a flanqué sur nos têtes
Ses casques d’amertume.

Le ventre du monde ne connaît pas
La chute des astres,
Ignore tout
Du passage des lassitudes.
D’instant en instant, le temps lui conte
Ses règlements, le temps lui chante
Ses cérémonies.

Au reste,
Preuve que le décompte
De ses exploits
Demeure sans omission :
Notre Espoir s’est pris le Temps
En ses bras qui détient, de temps en temps
Seulement, le secret des ombres avec les dunes.