Premier Poème.

Il y a longtemps
On a donné aux hommes désœuvrés
La nuit belle et chaste
Comme un paravent.

On a donné aux hommes décevants
Sourde et muette
L’aube dérisoire presqu’autant
Que l’azur éternel !

On a donné le jour
Aux hommes ignorants.
On a donné le jour
Ignoré des étoiles.

Et la pluie vint bientôt
Pour compagne de leur Chant !
Et la femme court-vêtue,
Au chevet de leur concupiscence.

On a donné l’argile
Aux pierres de porphyre.
On a donné l’argile
Aux hommes de papier …

… Et la glaise même
Où se fourvoyer
Et l’Amour enfin
Sur l’étal de leur vie !

On a donné l’Amour
Aux hommes triomphants.
On a donné l’Amour
Que voici :

– Pâle et triste.
Que n’ai-je vu de pire ?
Lâche autant qu’un soupir
Aveugle encore,

Que n’ose-je le citer
Avec cela pourtant que tout
Par son effet
Semble ressusciter.

Il y a longtemps
On a donné aux hommes désœuvrés
La nuit belle et chaste
Comme un paravent.

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Second Poème.

Aux angles durs de la pierre détrempée
J’oppose une main plus habile.
Aux bramements fiers des cerfs aux bois abîmés
J’ose une oreille plus tranquille.

Sur le mur lisse des jours de Gloire
Je contemple les huiles rances des vieilles Amours.
Sur la table glacée comme un miroir
Je pose une joue brûlante.

Et bientôt vos deux mains amis
Lentement recouvrent ma tête noire
Que le marbre a glacée l’autre soir
Et que le temps qui s’est écoulé a flétri !

– Il y a au fond de certains tiroirs du Passé
Mon âme dans la vôtre enlacée. Il y a
Ô décrépite et lasse mémoire ce que jadis
À mes yeux vous fûtes et n’êtes hélas plus assez.

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Troisième Poème.

Ce n’est jamais l’Amour haut perché
Comme un oiseau de parade
Qui pousse le cœur à vous aimer,
Mais bien plutôt le plaisir simple et fragile,
Bel oiseau de passage,
De vous aimer.

Ce n’est jamais
L’Ocean insensible
Qui me berce l’âme blessée
Ou le cœur quelquefois affligé,
Mais quand je suis attristé
Vos bras dociles.

Ce n’est jamais l’horizon
Comme un trait de raison
Qui conduit le corps leste au désir aveugle
Mais le profond et ténébreux silence
Qui sépare mes yeux alanguis
De votre sourire immense !

Ce n’est jamais l’Amour haut perché
Comme un oiseau de parade
Qui pousse le cœur à vous aimer,
Mais bien plutôt le plaisir simple et fade,
Bel oiseau de passage,
De vous aimer.

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Quatrième et dernier Poème.

Il fait jour, savez-vous, même par la plus sombre nuit
Depuis que mes yeux se sont épris
De votre jour.

Il fait bleu, savez-vous, par la fenêtre de vos atours
Maintenant que j’aime ce ciel qui s’étonne
De vos yeux bleus.

Les blés fiers dans les champs
Assoiffés jamais plus n’épouseront
Le Printemps !

Mais il importe peu aux oiseaux clairs
Que les ciels s’indiffèrent, depuis que les belles pluies de mer
Les emportent et mouillent leurs ailes.

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