La plupart des gens connaissent l’histoire du Post-It. Ce produit révolutionnaire aurait été inventé (par erreur…) par un chercheur de l’entreprise 3M qui cherchait à mettre au point une colle extra-forte. Ce serait un exemple parfait  de sérendipité.  Mais il fut en fait inventé en deux temps, en 1968 et en 1974, par deux chimistes de la firme américaine 3M (Minnesota Mining and Manufacturing), Spencer Silver et Arthur Fry, qui ont conçu ce petit billet jaune canari pour pouvoir y inscrire des messages et les coller et décoller à volonté sur toutes sortes de supports sans les endommager.

La colle qui ne colle pas

Dans le cadre d’un programme de recherche de la société 3M commencé en 1964, le chimiste Spencer Silver invente par hasard, en 1968, un adhésif poisseux en mélangeant en proportions diverses des monomères envoyés par un fournisseur (qui donnera lieu en 1972 au brevet #3.691.140).  C’est plus un cohésif qu’un adhésif. Il ne colle qu’à lui-même. Et, pire, il a un faible pouvoir adhésif  mais néanmoins suffisant pour coller parfaitement un morceau de papier qui peut être décollé et recollé à volonté, sans laisser de traces. Spencer Silver cherche alors à le faire commercialiser sous forme de spray (comme il l’est aujourd’hui pour les arts graphiques) et sous forme de tableau de conférencier auto-collant (comme il l’est depuis peu), mais sans succès à cette époque.

Un exemple de cross-fertilisation

Depuis le principe posé par William L. McKnight, président de 3M dans les années 1940, selon lequel les chercheurs du groupe peuvent consacrer 15 % de leur temps à des projets personnels, la culture de l’innovation leur donne la possibilité d’expérimenter en interne leurs idées et de les faire partager. Post-It est l’exemple type de cross fertilisation réussie chez 3 M.

L’histoire commence un dimanche de 1974 à l’église… Art Fry, un collègue de Silver, est chef de chœur de North Church, l’église presbytérienne de North St-Paul.  Il marque les hymnes du jour dans son livret de psaumes avec de petits morceaux de papier. Agacé de voir ses marque-pages tomber sans cesse, il lui vient l’idée d’empêcher les signets qu’il utilise pour marquer les psaumes en les enduisant de la colle antidérapante de son ami Silver. Il faudra un an et demi à Art Fry pour mettre au point son produit final, car la fabrication exige des calculs de haute précision. Le papier nécessite de multiples traitements, et la couche d’adhésif doit être suffisamment fine pour éviter que la partie encollée ne soit plus épaisse que le papier. La grande famille des Post-It est née.

Le phénomène Post-It

Innover ne sert à rien si ce n’est pas pour répondre aux attentes des consommateurs. En effet, après un premier lancement raté, le Post-It a été mis sur le marché en avril 1980 par le groupe 3M et figure chaque année parmi les cinq articles de bureau les plus vendus aux Etats-Unis. C’est par l’échantillonnage qu’il va connaître le succès auprès des cols blancs devenant un incontournable moyen de communiquer et une mémoire annexe.

En France, le taux de notoriété de la marque atteint 97 % et, avec plus de 40 millions de blocs achetés par an, les Français sont les plus gros consommateurs.

19Certains l’emploient pour prendre des notes, laisser des messages, d’autres n’hésitent pas à le détourner de son usage principal pour créer des œuvres d’art.  En 2011 un phénomène s’empare des bureaux dans de nombreuses villes à la suite d’une initiative d’une salariée d’Ubisoft, « la bataille des Post-It ». La forme carrée omniprésente rappelle les pixels chers aux anciens jeux vidéos.  Le principe est simple : des salariés lancent un défi à ceux d’une entreprise située en vis-à-vis, en dessinant post-it-Mode-300sur leurs fenêtres un ou plusieurs personnages de jeux vidéo avec des post-it. En France, cet été là,  Ubisoft et BNP Paribas ont initié ce phénomène spontané en « s’affrontant » de part et d’autre de la rue de Valmy, à Montreuil.
Depuis, il est souvent utilisé comme un pixel en papier de couleur, le Post-It étale son art dans la publicité, au bureau comme dans la mode…

La revanche du Post-It

Le « design thinking« , ou pensée design, cette méthode d’innovation connue pour ses murs en Post-It est à la mode. Élaborée dans les années 80 par Rolf Faste sur la base des travaux de Robert McKim, et popularisée par Tim Brown, le patron d’Ideo, une agence californienne de conception qui a notamment créé la première souris pour Apple en 1980, cette méthode puiserait dans la boîte à outils du designer.  C’est une approche  qui, pour faire émerger des idées innovantes, se veut une synthèse entre la pensée analytique et la pensée intuitive. Elle s’appuie beaucoup sur un processus de co-créativité impliquant des retours de l’utilisateur final qui laisse la part belle à l’intuition et à l’expression des différentes parties prenantes. Les Post-It sont alors un outil indispensable, sur lesquels on y écrit ses observations, ses idées durant les séances de brainstorm et de créativité. Avec cette méthode, le Post-It tient sa revanche surtout lorsque l’on sait que l’adage du groupe 3M, gage de sa pérennité, est :

« Tu ne tueras point une idée de nouveau produit« .