Sans être innocents ni coupables
D’être désormais ce qu’ils sont advenus,
Certains hommes, à les bien observer quelquefois,
Donnent l’image entretenue d’un âge qu’ils n’ont plus.

À nos yeux étonnés ils ne sont plus tout-à-fait
Vivants. Leur chair est faite de blessures,
Leur volonté grimée d’usures
Presqu’autant que leur esprit d’aventures.

Leur âme toutefois a son armure d’eau.
Elle murmure sans doute quelques mots
Que nous n’entendons pas quand les souffles rances
De leur haleine nous font croire à leur intempérance.

Leur visage dissimule bien mal l’inhumaine variété
De leurs tourments, de leur torpeur, de leur angoisse.
Ne s’en veulent-ils pas d’être advenus sans comprendre
Le sujet d’un Coeur plus ambitieux qu’il eut fallu ?!

Ils se trouvent laids quelquefois, bien qu’ils soient beaux.
Et quoiqu’ils pensent d’eux-mêmes, leur dos se courbent
Quelquefois tant qu’il nous semble alors que tout
Leur être disparait sous leurs épaules.

Leurs yeux froissés et rudes ont leur usage aussi
Au sein de leurs regards souvent blessants.
Mais les souvenirs contagieux et sournois, incertains
Et cruels montent dans leur gorge profonde.

Ne furent-ils pas, à leurs heures,
Jardinier ou mercenaire,
Fleuriste ou manutentionnaire ? Ne furent-ils
Pas simplement des hommes, quelques heures ?

Mais, sans être innocents ni coupables
D’être désormais ce qu’ils sont advenus,
Certains hommes, à les bien observer quelquefois,
Donnent l’image entretenue d’un âge qu’ils n’ont plus.

________________