I

Le jour de ta naissance,
(Se faut-il que j’y pense),
De la terre toute entière
Les ombres convoitèrent
La fleur vive de ton âme !

Le jour de ta naissance
Les rideaux de la chambre
Eurent bientôt cette aisance
À bercer tes soupirs d’enfant,
À séduire tes regards de lumière !

Puis les aubes s’en allèrent
Pressées de prévenir les sables
Que deux yeux noirs,
Sous des cheveux
D’encre venaient

Précisément d’allumer
Deux petites flammes
Dansantes
Dans la chambre
Où tu naissais.

Puis les vents passèrent, eux
Aussi prévenus de ta venue.
Mais ils ne s’attardèrent quelques instants
Que pour jalouser tes sourires et
Poser sur tes joues leurs baisers de cerf-volants !

Bientôt tu eus l’âge
Où les vents ne soufflent plus,
Où les minarets se font
D’autant plus cléments
Qu’il n’y a plus de vent !

Peut-être étais-tu un trop impatiente,
Celle à propos de laquelle
Le jour avec la nuit n’ont plus rien
À se dire. Et toi qui avais tant
De choses à leur dire …

… Tant de choses à vivre
Parmi les hommes et les femmes
De ta race et de ta famille !
Bientôt il fallut que les vents
À nouveau se lèvent,

Et qu’au pied même du mur
Qui te vit naître, achèvent
De courtiser les quelques pierres
Assemblées. Cependant qui poussa
Ces vents à faire disparaître les dunes

Que, la veille, ils mirent tant de soin
À façonner ?! Vents après vents
Et quoique le ciel te paraisse,
À ce jour odieux, impur, indigne,
Il y a des jours désormais

Où ces mêmes vents,
Qui jadis préféraient se taire,
Nourrissent d’autres convoitises.
Et quoique la nuit te paraisse
Entrer dans tes cheveux,

Il y a des jours pourtant
Où les sables s’ennuient,
Eux qui jadis te blessèrent,
Où les sables n’ont que faire
Des grands soleils cuisants.

Et jamais la tristesse de ton coeur
N’inspirera la pitié évidemment
Aux souffles lointains des mers,
Aux vagues incessantes des rives,
Aux coups de vents majestueux et fiers.

II

Puis viendra le temps
Où s’effaceront les souvenirs
Un peu comme les sables
Ne sont jamais semblables
Aux sables de la veille.

Et même si quelquefois tu ris
Dans le soleil luisant,
Les fleurs vives de ton âme
Cuisent de se souvenir.
Et même si quelquefois tu ris

Dans la lumière ardente du jour,
Ou l’ombre plutôt des petites chambres,
Les aubes, soumises aux jours
Qui se sont enfuis,
Interdisent leur accès

Aux fleurs de ton âge !
Et depuis tout ce temps les hommes
Et les femmes eux-mêmes
Ont des gestes absurdes,
Des mouvements d’humeur.

Hommes et femmes de ta race
Ou de ta propre famille
Comme par exemple :
Jeter de l’eau fraîche
Sur un parterre de fleurs,

Aux petites heures de l’aube tandis
Que le terrain vague de leur âme
Est asséché depuis bien plus
Longtemps encore, peut-être
Même depuis toujours …

… Admirer les ciels comme des étendues
Vierges ou goûter plutôt toutes les beautés
De la Nature tandis que leurs soupirs
Se sont tus à travers leurs amours
Splendides ou Imaginaires !

D’ailleurs les hommes et les femmes
Comme des pierres posées
À la face de ce monde,
(Fussent-ils de ta race ou non),
Ne savent souvent des jours naissants

Que ce que les vents absurdes consentent
Aux grèves non moins absurdes : de mémoire,
La fertilité du limon de bord de mer
Ou bien aux pieds des rivières,
Tel un dépôt de bienséance !

Enfin s’il me fallait écrire l’histoire de ta vie,
J’écrirais l’histoire de toutes les vies
Que Dieu a bien voulu accordé
À ce monde
Durant les tempêtes de sable !

J’y ajouterais sans doute
Ce qui a fait que tes yeux si noirs
Déjà à ta naissance
Se sont obscurcis encore
Avec le temps …

J’y ajouterais sans doute
Que tes cheveux d’encre
À l’aube de ta vie
Se sont bouclés
Peu à peu

Pareils à l’aiguillon
Imprévisible des scorpions
Qui courent désormais
Dans ton esprit comme
Dans tes cheveux !

III

Pourtant l’histoire de ta vie à venir
Je ne la connais pas, je l’avoue.
Mais je devine déjà les assauts apeurés
De ton âme apprentie, répétés
En bordure de ce Monde.

Je devine déjà deux yeux aussi
Qui quelquefois feignent de séduire
Leur propre regard puis subitement
S’ effarouche sans doute
De s’être un peu trop dévoilé !

Je devine que tôt ou tard
La pluie du ciel, quoique trop souvent rare,
Fertilisera, quand elle passera,
Les terres les plus endolories,
Les sourires les plus entrebâillés …

Aussi le jour de ta naissance,
(Se faut-il que j’y pense),
De la terre toute entière
Les ombres calmes convoitèrent
La fleur vive de ton âme !

Mais depuis, le silence de tes soupirs
A franchi les dunes de sable les plus
Hautes … Les chevaux sans cavalier
De tes blessures sont parvenus
En bordure de ton cœur …

Les sables ont façonné les dunes.
Les dunes ont attendu les sables.
Les terres vierges ont courtiser
Tous les regards, le soir,
Tandis que ces mêmes regards

Ont imaginé les terres vierges,
Comme des poussières de sable,
Balayer tous les espoirs.
Cependant les Esprits les plus
Libres ont préféré

Quant à eux, la fraîcheur du fond
Des Océans afin qu’on ne les voit
Guère aussi changeants qu’ils sont,
Sous le soleil cuisant, ainsi
À portée de regard !

D’ailleurs ton âme, désormais,
Semble sans doute
Un de ces grains de sable
Enfoui quelque part
Non loin de milliers

D’autres semblables au tien,
En tout cas sur un point : la Mer
Pour vous protéger un peu mieux,
Vous dissimule savamment
À la face de ce Monde !

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