I

Des vaisseaux clairs aux fanions bariolés
Flottent le long de la berge. Sous leur tissu
De verdure enrobés, les saules courtisent
Les herbes, les chênes séduisent les rives.

Et les vagues pluies n’ont que faire
De nos humeurs passagères.
Elles bercent plutôt nos esprits
Avec leurs eaux, avec leurs bruits.

Oui. Il faut aimer le bonheur avant tout.
Et se laisser étourdir même, tant qu’on peut.
Et serrer fort dans ses bras toute la Joie
Que nous procure la vue d’un ciel d’été.

Oui. Il faut embrasser les petits matins
Comme on se laisse griser par le chagrin ;
Presser contre soi tout le bonheur de vivre
Et puis finir par l’oublier, hélas …

… Comme on oublie quelquefois de vivre !
D’ailleurs, durant la nuit, les enfants encore
Petits dorment si paisiblement que
De les observer respirer lentement,


Avec leurs lèvres en cœur et leur front apaisé,
Il y a sans doute déjà, à cet endroit, de quoi

Prétendre à un bonheur tout entier, simplement
En goûtant goulûment cette image bien tendre.

Au réveil, autour de dix heures.
Nous partons pour la plage.
Sur une terrasse ensoleillée
Nous nous sommes arrêtés.

Le soleil nous a ébloui les yeux
Et la lumière aveuglé l’esprit,
Et subjugué la raison
La beauté de ce lieu !

Des fleurs de toutes les couleurs
Jalonnent la contre-allée.
Sous les tilleuls intimidés
La promenade gonfle nos poumons.

Et le sable sous nos pieds bientôt

Nous brûle la peau de mille flammes,
Tandis que la mer danse au loin
Son ballet de courtisane.

II

Lentement elle s’approche de nous
Comme un gage de bonheur : la mer.

Bien sûr nous ne lâchons point trop tôt
La main des enfants. Il faut les tenir

Comme on aime le printemps !
Sentir leurs petits doigts fragiles
Dans la paume de nos mains fermes,
Dans l’intervalle de nos doigts dociles …

Et puis soudain les laisser s’échapper,
Soudain les voir partir …
… Comme les hirondelles ivres de joie
Se poser sur les toits.

Bien sûr, pour s’envoler
À nouveau

Et reparaître encore
Comme le bonheur !

Les serviettes de bain sont posées sur le sable.
Les sacs de plage remplis de choses quelquefois
Inutiles. On veut faire plus vite encore
Ce que l’on fait rapidement déjà afin


De ne rien perdre de ce que l’on prend
Pour des promesses, comme les enfants.
Et tous nos gestes nous plaisent tant
Comme nous plait la joie de vivre !

Le sable brûlant a beau
Cuire nos pieds endoloris,
Le soleil étonnant, déjà haut,
Dorer nos bras et nos épaules,

Nous sommes tout entier
À notre Joie de suivre du regard
Nos hirondelles ragaillardies
S’ébattre dans les eaux !

La couleur principale du tableau
De ce bonheur
Semble sans doute la couleur or !
La couleur du sable

Inondé de lumière,
Du camaïeux de nos silhouettes,
De la blondeur toute bette
Des boucles d’enfant.

III

Mais il y a aussi des couleurs
Électriques : Les petits maillots
De bain rouges et bleus
Avec, à côté d’eux,

Les chaises longues,
Rouges et jaunes
Et les regards illuminés :
Couleur de Fête !

Tout sent si bon qu’on a envie
De ne plus repartir. Remplir
Ses poumons avec de l’air marin
Qui, lui, pourtant, donne envie de partir …

… Mais de ne rien quitter aussi,

Partir et puis recommencer,
La même chose, plusieurs fois,
Sans jamais se lasser.

Et puis non finalement.
D’ailleurs une fois encore
Nous voulons revenir
À cette main d’enfant

Qu’on ne veut point lâcher,
Un peu comme si, inconsciemment,
Et sans la moindre retenue,
On tenait le bonheur par la main !

Qui voudrait lâcher le bonheur ?!
Dans le mouvement ou bien dans l’immobilité,

Surtout quand dans la main on détient

Quelque joie comme une vague apaisante.


Mais il est temps désormais
De porter nos regards responsables
Sur nos hirondelles surexcitées.
De les mouiller d’eau claire

Afin de les dégager du sable envahissant,
De les sécher dans les draps de bain,
De bien les envelopper
Comme on cajole un trésor,

Et de leur dire à l’oreille, tel un serment tant de fois
Inavoué, simplement, combien on les aime, combien
De leur petite personne on est devenu idolâtre,
Combien on raffole de leur petit minois …


IV

… Et de les embrasser à nouveau et encore,

Et de les serrer fort contre soi,

Et de ne plus les laisser repartir aussi facilement,
Et de rire avec eux comme on rit de bêtises.

Et de toute cette ivresse
Et de toute cette Joie,
Nous faisons un festin
Comme on fait un repas d’été :

Des nappes blanches sont dressées
Sur des tables non loin des cyprès.
Il y a des boissons fraîches et des plats
Appétissants et des pêches rouges sang.

A deux pas de la berge où flottent

Encore les vaisseaux clairs,
Telles des barques abandonnés,
On a posé des tréteaux.

Puis, à l’ombre on y a dégusté quelques
Poissons grillés accompagnés de vins
Frais d’Italie qui vous donnent
De la joie et de la fantaisie !

Les saules nous ont prémunis

De l’ardeur du soleil et les chênes

Quant à eux, fiers autant que

Majestueux, nous ont ignorés.

Les fleurs dans les allées nous

Ont vu passer avec étonnement.
Puis, vers la fin du repas, les choses

Que l’on crut essentielles, entre nous

Ont été dites. Et ces mêmes choses
N’ont pas changé du tout notre façon de penser.
Des « vérités » ont fusé. Les voix ont prononcé

Ce que les esprits ont échafaudé.

On a ri évidemment, beaucoup, assez,
De tout et de rien. D’un bon mot comme

D’un mouvement de tête, d’une humeur
Joyeuse ou d’un visage particulier.

Le Temps n’a compté pour rien.
Les enfants ont élaboré leurs petits jeux sous

Les tables, bien dissimulés. Nos esprits
Quant à eux, n’ont rien cherché à savoir.


V

Ainsi, longtemps on s’est laissé aller
À dire des choses sans le moindre intérêt.
Longtemps, on s’est laissé aller à respirer

L’air fin de la mer, avec les enfants sous nos pieds,

Avec le ciel en contre-point, d’un bleu presque
Aussi bleu que celui de la mer immense,
Avec, assez près de nous, quelques voiliers qui se sont

Rapprochés pour nous saluer de leur belles voiles blanches.

Longtemps on s’est laissé bercer
Par ce tendre moment de délice,
Envahir par les eaux,

Chahuter par les bruits.


Et puis quelle jubilation aussi ce moment particulier
Qui suit celui où l’on s’est occupé des enfants,
Où tendrement on les a pris par la main
Et par les yeux et par le cœur.

Quelle chance nous a été donnée

À cet instant et quelle opportunité :

Se laisser griser par un sourire,
Envahir par la joie et transporter finalement

Sur les rives rajeunies de notre félicité.

Oui. Il faut aimer le bonheur avant tout.
Il faut aimer le bonheur par-dessus tout, quitte

À laisser les grands arbres non loin menacer

De leur ombre tremblante la face de nos humeurs.
Puis, soudain, vers la fin du déjeuner,
Les tendres petits yeux se mettent à papillonner.
Il fait très chaud. La lumière est éclatante

Et le soleil au plus haut. L’heure

De la sieste a sonné. Il n’y a plus d’ombre

Nulle part sauf peut-être sous les parasols

Qu’on a laissé ouverts sur la plage.


On emporte alors précipitamment
Dans les chambres gorgées d’ombre
Et de fraîcheur les hirondelles récalcitrantes.
On les dépose sur les lits frais.

On entend bien de temps en temps
Quelques éclats de rire dans le silence.
Mais cela ne dure pas. Et les enfants

S’endorment comme des anges.

VI

Les volets sont tirés.
La pièce est sombre.
Rien ne bouge désormais
Sous les draps blancs.

Dehors pourtant, au loin, quelques vaisseaux clairs
Continuent de faire longtemps leur clapotis d’aisance

Avec les petites vagues sans offense, les courants

Sans écume et les soleils sans espérance…

Le ciel est d’un bleu si turquoise et si limpide
Qu’il tranche avec la couleur plus nuancée de la mer :

Blanchâtre ou vert-émeraude. Personne ne met plus

Désormais les pieds sur les sables de la grève,

Bouillants et intouchables. Les hommes

Se sont rangés à l’ombre
Qui réfléchissent au
« Pourquoi » de ce monde.

Les femmes, elles, accomplissent
D’autres tâches encore bien

Plus utiles derrière les murs
Où les hommes délibèrent.

Et l’après-midi ne cesse de s’étirer.

On dirait en bord de mer l’éternité
Qui se prolonge indéfiniment, l’éternité

D’un instant fugitif et qu’on ne peut attraper.


Pas le moindre courant d’air,
Ni le moindre coup de vent et même,

De craindre la venue trop tôt du soir

Puis de la nuit, la moindre raison.

A proximité de toute joie
Nous savons que depuis longtemps
Nos sens ont quelques connivences.
Que ce soit durant l’été

Où le soleil dicte sa loi,
Nous savons depuis toujours
Que l’azur du ciel nous exhorte
À la plus grande patience.

Non loin de tout enchantement
Nos pas s’entendent comme des frères
Que ce soit durant l’hiver ou le printemps
Ou durant la saison des amours passagères…

VII

Et puis nous aimons aussi tellement ce moment

Singulier qui suit celui où l’on s’est appesanti,
Ou l’on s’est perdu quelquefois …

Par le cou on a saisi vigoureusement

Nos humeurs vagabondes
Et déposé nos états d’âme

Au pied même de nos vertus

Sur l’autel de ce monde.


Bien sûr qu’on a su appréhender toute joie
Et serrer contre soi la moindre parcelle de bonheur.
On a su même étreindre l’horizon jusqu’à perdre la raison,
Et séduire le ciel comme on parcourt l’enfance.

On a su tout cela et bien d’autres choses encore …
On a cru même aller sans le moindre préjugé

Au-delà de nos forces quelquefois,
Au-delà de nos espérances.

Mais nous n’étions raisonnablement
Qu’à la périphérie de nos forces,
Indubitablement
À la surface de nos aptitudes,

Inapte en fait à servir dignement
La moindre joie,
Incapable d’offrir la moindre chance
Au plus petit bonheur passant.

Or que nous fussions quelque temps durant
Compétents ou incapables,
Fiers ou indignes plutôt
De servir la moindre joie offerte,

Il n’empêche
Que les vertus les plus modestes
Établissent leur empire bien souvent
A l’abri de toute conscience !

D’ailleurs, dans la chambre sombre
Aux petits pieds,
Les hirondelles timorées
Secouent leurs ailes froissées

Dans le creux ombragé
De leurs petits regards assoupis,
Et cela même si l’air n’est plus aussi
Moite qu’en début d’après-midi.

VIII

Il y a désormais des visages pleins de rêves
Tels des bateaux de plaisance,
Et des sourires de réveil
Comme des fleurs de naissance.

On a beau se dire que leurs soupirs
Sont à l’abri, on s’approche de leur lit
Doucement pour ne pas froisser leurs rêves
Et encore moins précipiter leur réveil.

On a beau se dire que le soleil est encore haut
Et que leur âme est sans défaut,
On pousse qu’en même les volets,
À moitié, comme des sanglots

Tandis que nos pas apprentis
S’initient à leur conquête.
Ce sont ainsi, bientôt,

Des piaillements d’oiseaux

Qui retentissent dans la chambrée.
Des sauts, des chahuts, des cris de joie
À l’idée de se frotter de nouveau
À l’air d’été.

Les regards scintillent dans l’espoir
De joies nouvelles. Ils sont beaux
Autant qu’ils trépignent d’impatience
Àl’idée de jeux nouveaux …

… Et de fêtes nouvelles
Et de transports et de complots
Et d’amusements les plus variés.
Leur espoir réside dans leur conquête

Et leur vitalité dans leur espoir de victoire !
Ils ont des allures de petits héros
Et de parfaits soldats, fiers et intrépides

Comme la lumière inaccessible !

Ils se roulent dans leur promesse
De surprise et de plaisir

Et leur coutume de réveil et tout
Leur bonheur de vivre.

Mais alors quelle valeur accorder
À nos façons si sérieuses et si mystérieuses
De raisonner sur les choses de ce monde
Misérable et dépourvu de sens puisque …

IX

… Dans le milieu de l’après-midi,
Nos chères petites têtes adorées

Sont plus persuasives et convaincantes
Que nos propres affirmations ?!

Avec leurs manières de conquête
Et leurs sourires de victoire,
Leur gaieté est notre joie
Toujours et longtemps.


Leur beauté finalement
Notre plus belle récompense.
Alors, comme des louveteaux
Dociles ou des petits chats immobiles,

On saisit les enfants par le cou.
On les dépose de nouveau sur les sables,
Attiédis désormais, et les petits cailloux,
Non loin des premières vagues de la rive.

On ne distingue plus depuis peu

Les vaisseaux clairs non loin de la berge.
Sans doute ailleurs
Ont-ils fait gonfler leurs voiles

Et tremper leur coque de bois
Dans d’autres eaux plus lointaines.
En revanche on peut maintenant voir
Le soleil, complètement affalé,


Tremper son museau attiédi

Dans les eaux de l’horizon.
Et ses rayons affaiblis caressent

Depuis peu nos joues blanches

Et notre front assombri,
Notre corps assoupi et toutes nos illusions.
D’ailleurs on est plutôt aveuglé que jaloux !
Nos propres sentiments s’épuisent


Au regard de nos hirondelles préférées

Qui s’amusent à nouveau, tranquillement,

Dans le sable attiédi, et l’air doux de l’été,

Avec les coquillages pour enfants !

Et cet aveuglement, loin de nous perdre
Nourrit nos espérances, gonfle notre orgueil
Tandis que notre raison malmenée dans l’obscurité
Nous supplie d’envisager lucidement toutes nos errances.

X

Mais nous n’en faisons rien. D’ailleurs notre

Âme est sereine car on est tellement sûr

Dans ce mouvement de cœur et de sentiment

D’applaudir à une vérité essentielle que voici :

Il y a plus de joie et d’aspiration au bonheur
Dans le regard posé simplement, naturellement

Sur les choses modestes de ce monde comme

Les louveteaux, les hirondelles et les petits enfants

Que dans ces réflexions captieuses,
Construites, élaborées que nos esprits
Produisent quelquefois tandis que nos sens
Sont assoupis et notre orgueil le maître du temps.

Seulement, même si les premières eaux de l’océan
Parviennent toujours au pied des enfants,
À force d’esprit et de raison, parfois
On arrive à écarter le ciel de l’horizon.

D’ailleurs a-t-on seulement le choix
D’admirer le soleil couchant dans le lointain,
D’entendre le ressac incessant

Heurter les premières pierres,

De dresser notre vigilance enfin
À l’égard de nos si belles hirondelles ?
Et même si notre raison manque

Singulièrement de consistance,


A-t-on seulement le choix ?! Notre force
Paraît si dérisoire devant les pluies de ce ciel
Que le crépuscule nous promet comme une offrande …
Sous leur parapluie de verdure immense

Les saules se sont déjà abrités des pluies
À venir. Même les volets sont prêts
À être tirés en cas de gros orages. Bref
Tout sera fait afin d’éviter les trop gros ennuis.

Et ce qui doit avoir lieu, dans la lumière
D’un plein été ou dans le secret plutôt
Des brumes d’une autre saison,
Aura lieu inévitablement,


Tout comme, si résolue,  la pluie achève sa course

Sur les toits lisses de nos mémoires et de nos

Envies, tout comme la pluie bienfaitrice courtise

Nos esprits désormais bien disposés …


XI

Et tout cela qui doit s’accomplir
De quelque façon, à l’abri des regards
Ou au sommet des consciences,
S’accomplira de toute évidence.

Que l’on porte haut comme des soleils
Toutes nos progénitures ou que l’on
Ensevelisse plutôt les paroles simples
Que nous voulions dire et que nous

N’avons pas su prononcer, les fleurs
Qui doivent éclore, écloront de toute façon,
Hormis celles bien sûr qui, par nature,

Et de toute évidence ne devaient point éclore !

Mais maintenant que le soleil est au plus bas,
Allongé sur la mer comme sur le lit
D’un convalescent, nos petites hirondelles
Frottent leurs ailes contre les sables …

… Et la fraîcheur de la grève apaise

L’ardeur des coups de chaleur. Les petites

Vagues humectent leurs petits pieds et la pluie à venir,

Sans cesse, leur promet d’autres récompenses.

Mais puisque l’heure est bien avancée,
Il est bien temps de rassembler les draps

De bain, de récolter les jouets de plage
Et de récupérer les hirondelles ensablées …

Et puisque le crépuscule n’est plus si loin,
Il est bien temps maintenant

De les désensabler, de les passer
Sous l’eau fraîche

Et de les sécher à nouveau
Pour les apprivoiser encore
Comme si c’était la première fois.
Comme si on ne les connaissait pas !

Il est temps de leur sourire à nouveau et leur dire

Avec une voix affectée, une voix d’enfant semblable

À la leur, dans le creux de l’oreille, et de mille façons,

Toute la joie sans faille de les serrer contre soi.

XII

Dans les cabines de la plage s’en vont

Dormir pour la nuit toutes les affaires

De l’après-midi : Les draps de bain

Humides, les maillots multicolores,

Les bateaux en plastique et tout
Ce qui est utile ou superflu pour qui veut

Se poser sur la plage au moment chaud

Et y demeurer quelque temps.

La contre-allée a été balayée.
Il n’y a plus de sable éparpillé,
Plus de feuilles dispersées
Et les fleurs multicolores,

Aperçues le matin, semblent

N’avoir plus désormais
Qu’une seule couleur
Indescriptible !

On aimerait tant pouvoir percer le mystère

De cette lumière indicible du couchant
Quand elle étale sur l’océan
Ce bleu-vert si particulier.

Juste avant d’emporter dans nos bras si fiers
Nos enfants comme des cadeaux venus

De la mer, on se serait retourné un instant
Et le ciel dans la mer à ce moment précis

Nous aurait troublé. Oui, le « ciel dans la mer »,
Simplement, sans le moindre nuage pour témoin,
Ni cette pluie qui ne vient pas,
Ni le soleil disparu depuis longtemps.

Juste avant d’emporter sur nos épaules
Notre fierté de vivre, on n’aurait pas résisté

À l’idée de marquer un pas et d’inscrire
Dans nos mémoires rajeunies

Les couleurs de ce mariage nouveau :
Le ciel dans la mer de mieux en mieux,

Comme les yeux de nos enfants
Ressemblent à nos propres yeux,

Leurs manières de petits princes en harmonie

Avec nos gestes précis, et leur fantaisie

D’exister inspirée d’Italie semblable

À notre joie de les tenir simplement


XIII

Au plus haut, comme des soleils !
La mer avec le ciel comme une idée
Simple et de toute évidence
Une promesse de bonheur …

Alors, seulement on aurait pu quitter
La contre-allée, laisser les choses
En quelque sorte s’abandonner, puisqu’elles
Doivent avoir lieu de toute façon,

Quitter les terrasses ensoleillées
Que l’on a traversées et qui

Nous ont tellement séduits
Avant de lentement s’ ombrager !

A quelques mille de la plage, au loin dans les eaux,

Deux ou trois vaisseaux seraient réapparus.
Tous les arbres, chênes ou saules,
Auraient recouvert leurs intentions de nuit

Et les herbes avec les fleurs se seraient

Endormies. Les vagues auraient

Cessé de bercer nos esprits avec

Leurs eaux, avec leur bruit.

Certes nous aurions aimé ce bonheur
Suffisamment, nous semble-t-il,
Tout le jour évidemment
À chaque instant…

Mais de quelque façon qu’on s’y prenne
Avec la nuit qui s’avance et le ciel
Qui se retire du bord de l’océan,
Nos esprits se sont épris.


Il faut dire sans tarder que les étoiles
Se sont dressées, elles-aussi,

Précisément avant la tombée de la nuit,
Et cela justement afin de nous éblouir

Davantage. Un petit vent
S’est levé en bord de mer
Exactement afin
De rafraîchir nos flammes.

Toute la lumière du jour
A réchauffé nos corps pour la soirée.
Toute la lumière du jour
Bruni nos peaux et calciné nos esprits…

XIV

Et le soleil qui a disparu comme un fruit lourd
Mûr et juteux à point, exactement
Comme on apprécie les fruits durant l’été,
Derrière le ciel et la mer,

N’a nullement épargné nos forces maintenant

Que notre peau est une écorce, et que nos cœurs

Se sont énamourés malgré que nos esprits

Se soient légèrement assoupis …

Bientôt, le long de la jetée, on peut apercevoir
Les premiers promeneurs de la soirée.
Derrière la contre-allée clairsemée peu à peu,
Les dernières étoiles allument leurs premiers feux.

C’est le moment crépusculaire
Où chacun se retrouve chez soi,
Loin du monde
Et de tous les vents venus de la mer,

Où la plage est désertée
Tandis que les dernières vagues
En bord de plage sont bien étonnées
De ne plus frôler les pieds des baigneurs.

Les sables quant à eux,
Un peu trop fiers sans doute,
Font comme si on ne les avait jamais foulés,
Ni hier ni aujourd’hui ni jamais

Et qu’on les avait toujours ignorés.
La ville allume peu à peu
Ses premières lumières,
Le bord de mer ses premiers feux,

Et nos regards ses premières lueurs
Et notre joie ses premières flammes !
Mais il y a un peu de mélancolie

Malgré tout un peu et de regret aussi.

Tout le jour s’est usé lentement, sans rien dire,
Comme le jour s’use toujours d’ailleurs, laissant

Derrière lui, bien peu de souvenirs, pour,

Finalement, disparaitre complètement.

Ce jour si prometteur et si généreux, à priori,

Ce jour qui nous a tellement laissé espérer,
Et bien ce jour s’est usé et puis s’est enfui,
Simplement, disparu inexorablement.

XV

Alors cette nuit qui s’annonce, perdue à son tour,
Entreprendra-t-elle de nous réconcilier avec

Ce jour qui s’est échappé et le soleil

Qu’on ne voit plus ?! Probablement pas.

Et puis même si les enfants se moquent

Bien de nos regards artificieux, avec

Cet air empesé que nous prenons
Quelquefois quand nous sommes sérieux,

Ils n’en sont pas moins affectés.
Curieusement avec la nuit prenant place
La fatigue aidant, ils se provoquent moins
Les uns les autres, s’amusent tranquillement.

Ils sont presque tous sur le point
De s’endormir à nouveau
Maintenant qu’ils ont eu leur comptant
De vitalité, de bonheur et de soleil.

Aucune hirondelle ne s’envolera ce soir.
Cela est sûr. Ni pour annoncer le printemps
Ni pour renouer avec les rivages
De quelque pays chaud.

Non. Ni de même aucun louveteau
Ne quittera sa tanière cette nuit, secrètement,
Afin de découvrir peut-être, solitaire et imprudent,
Les étendues de la prairie, l’air pur de la montagne,

Ou même encore les vents chargés de parfums
Et d’humidité sur la plaine étourdie. Il faut plutôt

S’attendre à ce que les soupirs s’apaisent

Et les sanglots disparaissent en même temps.

Il faut plutôt s’attendre à ce que les pluies
Continuent de nous promettre leurs bienfaits,
À ce que les vents chauds
Nous rassérènent vigoureusement

Avec leurs manteaux de certitude
Et leurs gilets de réconfort… S’attendre à ce que,
Peu à peu, les embruns chargés des odeurs
Fortes de l’océan traversent sans préavis

Nos jardins, nos allées, nos maisons…
S’attendre à ce que nos vies s’apaisent,
Nos transports se fassent plus raisonnables,
Nos affections se métamorphosent en Joie !

XVI

Mais enfin ça y est. Depuis peu la nuit
A pris possession de toutes les volontés.
On ne peut désormais plus rien entreprendre

Dans le boulevard de nos consciences

Avec les étoiles en procession, et l’ humidité

Tenace de cet air moite venu du ciel qui altère

Notre bon sens, modifie notre entendement

Et corrompt notre Raison.

Désormais la seule mission qui nous échoit
Est celle d’éviter de nous souvenir
Et encore moins de nous émouvoir
Des choses révolues …

… D’abandonner lentement

La connaissance des objets

Naturels, D’entretenir assidûment

Notre quotidien le plus familier …


… Sans jamais se soucier du temps trop

Impérieux qui, inexorablement, déroulera son

Tapis précieux derrière les journées les plus

Prometteuses et les nuits les plus triomphantes !

Voici venir le temps où nos espoirs
Trop aiguisés tenteront de se réaliser

En toute franchise et en toute quiétude
Tandis qu’au contraire

Toutes nos aspirations au bonheur
Seront en partie déçues avec la nuit trop noire.
Il n’est plus temps désormais d’espérer
En un jour, demain, peut-être meilleur,

En un soleil, quelque jour, sans doute
Moins cuisant, en une lumière,

Quelque temps, et pourquoi

Pas plus affable.

Il n’est plus temps désormais d’aspirer
Au bonheur incertain et farouche
Mais qu’il faut aimer avant tout,
Ni de tremper les lèvres

Dans la tasse ébréchée
De la moindre joie,
Et encore moins de vouloir
Toucher le ciel avec les doigts !

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____________________________
Des vaisseaux clairs aux fanions bariolés
Flottent le long de la berge. Sous leur tissu
De verdure enrobés, les saules courtisent
Les herbes, les chênes séduisent les rives.

Et les vagues pluies n’ont que faire
De nos humeurs passagères.
Elles bercent plutôt nos esprits

Avec leurs eaux, avec leurs bruits.

Oui. Il faut aimer le bonheur avant tout.

Et se laisser étourdir même, tant qu’on peut.

Et serrer fort dans ses bras toute la Joie
Que nous procure la vue d’un ciel d’été …

Oui. Il faut embrasser les petits matins
Comme on se laisse griser par le chagrin ;
Presser contre soi tout le bonheur de vivre
Et puis finir par l’oublier, hélas …

… Comme on oublie quelquefois de vivre !
D’ailleurs, durant la nuit, les enfants encore

Petits dorment si paisiblement que
De les observer respirer lentement,


Avec leurs lèvres en cœur et leur front apaisé,
Il y a sans doute déjà, à cet endroit, de quoi

Prétendre à un bonheur tout entier, simplement
En goûtant goulûment cette image bien tendre.

Au réveil, autour de dix heures.
Nous partons pour la plage.
Sur une terrasse ensoleillée
Nous nous sommes arrêtés.

Le soleil nous a ébloui les yeux
Et la lumière aveuglé l’esprit,
Et subjugué la raison
La beauté de ce lieu !

Des fleurs de toutes les couleurs
Jalonnent la contre-allée.
Sous les tilleuls intimidés
La promenade gonfle nos poumons.

Et le sable sous nos pieds bientôt

Nous brûle la peau de mille flammes,
Tandis que la mer danse au loin
Son ballet de courtisane.

II

Lentement elle s’approche de nous
Comme un gage de bonheur : la mer.

Bien sûr nous ne lâchons point trop tôt
La main des enfants. Il faut les tenir

Comme on aime le printemps !
Sentir leurs petits doigts fragiles
Dans la paume de nos mains fermes,
Dans l’intervalle de nos doigts dociles …

Et puis soudain les laisser s’échapper,
Soudain les voir partir …
… Comme les hirondelles ivres de joie
Se poser sur les toits.

Bien sûr, pour s’envoler
À nouveau

Et reparaître encore
Comme le bonheur !

Les serviettes de bain sont posées sur le sable.
Les sacs de plage remplis de choses quelquefois
Inutiles. On veut faire plus vite encore
Ce que l’on fait rapidement déjà afin


De ne rien perdre de ce que l’on prend
Pour des promesses, comme les enfants.
Et tous nos gestes nous plaisent tant
Comme nous plait la joie de vivre !

Le sable brûlant a beau
Cuire nos pieds endoloris,
Le soleil étonnant, déjà haut,
Dorer nos bras et nos épaules,

Nous sommes tout entier
À notre Joie de suivre du regard
Nos hirondelles ragaillardies
S’ébattre dans les eaux !

La couleur principale du tableau
De ce bonheur
Semble sans doute la couleur or !
La couleur du sable

Inondé de lumière,
Du camaïeux de nos silhouettes,
De la blondeur toute bette
Des boucles d’enfant.

III

Mais il y a aussi des couleurs
Électriques : Les petits maillots
De bain rouges et bleus
Avec, à côté d’eux,

Les chaises longues,
Rouges et jaunes
Et les regards illuminés :
Couleur de Fête !

Tout sent si bon qu’on a envie
De ne plus repartir. Remplir
Ses poumons avec de l’air marin
Qui, lui, pourtant, donne envie de partir …

… Mais de ne rien quitter aussi,

Partir et puis recommencer,
La même chose, plusieurs fois,
Sans jamais se lasser.

Et puis non finalement.
D’ailleurs une fois encore
Nous voulons revenir
À cette main d’enfant

Qu’on ne veut point lâcher,
Un peu comme si, inconsciemment,
Et sans la moindre retenue,
On tenait le bonheur par la main !

Qui voudrait lâcher le bonheur ?!
Dans le mouvement ou bien dans l’immobilité,

Surtout quand dans la main on détient

Quelque joie comme une vague apaisante.


Mais il est temps désormais
De porter nos regards responsables
Sur nos hirondelles surexcitées.
De les mouiller d’eau claire

Afin de les dégager du sable envahissant,
De les sécher dans les draps de bain,
De bien les envelopper
Comme on cajole un trésor,

Et de leur dire à l’oreille, tel un serment tant de fois
Inavoué, simplement, combien on les aime, combien
De leur petite personne on est devenu idolâtre,
Combien on raffole de leur petit minois …


IV

… Et de les embrasser à nouveau et encore,

Et de les serrer fort contre soi,

Et de ne plus les laisser repartir aussi facilement,
Et de rire avec eux comme on rit de bêtises.

Et de toute cette ivresse
Et de toute cette Joie,
Nous faisons un festin
Comme on fait un repas d’été :

Des nappes blanches sont dressées
Sur des tables non loin des cyprès.
Il y a des boissons fraîches et des plats
Appétissants et des pêches rouges sang.

A deux pas de la berge où flottent

Encore les vaisseaux clairs,
Telles des barques abandonnés,
On a posé des tréteaux.

Puis, à l’ombre on y a dégusté quelques
Poissons grillés accompagnés de vins
Frais d’Italie qui vous donnent
De la joie et de la fantaisie !

Les saules nous ont prémunis

De l’ardeur du soleil et les chênes

Quant à eux, fiers autant que

Majestueux, nous ont ignorés.

Les fleurs dans les allées nous

Ont vu passer avec étonnement.
Puis, vers la fin du repas, les choses

Que l’on crut essentielles, entre nous

Ont été dites. Et ces mêmes choses
N’ont pas changé du tout notre façon de penser.
Des « vérités » ont fusé. Les voix ont prononcé

Ce que les esprits ont échafaudé.

On a ri évidemment, beaucoup, assez,
De tout et de rien. D’un bon mot comme

D’un mouvement de tête, d’une humeur
Joyeuse ou d’un visage particulier.

Le Temps n’a compté pour rien.
Les enfants ont élaboré leurs petits jeux sous

Les tables, bien dissimulés. Nos esprits
Quant à eux, n’ont rien cherché à savoir.


V

Ainsi, longtemps on s’est laissé aller
À dire des choses sans le moindre intérêt.
Longtemps, on s’est laissé aller à respirer

L’air fin de la mer, avec les enfants sous nos pieds,

Avec le ciel en contre-point, d’un bleu presque
Aussi bleu que celui de la mer immense,
Avec, assez près de nous, quelques voiliers qui se sont

Rapprochés pour nous saluer de leur belles voiles blanches.

Longtemps on s’est laissé bercer
Par ce tendre moment de délice,
Envahir par les eaux,

Chahuter par les bruits.


Et puis quelle jubilation aussi ce moment particulier
Qui suit celui où l’on s’est occupé des enfants,
Où tendrement on les a pris par la main
Et par les yeux et par le cœur.

Quelle chance nous a été donnée

À cet instant et quelle opportunité :

Se laisser griser par un sourire,
Envahir par la joie et transporter finalement

Sur les rives rajeunies de notre félicité.

Oui. Il faut aimer le bonheur avant tout.
Il faut aimer le bonheur par-dessus tout, quitte

À laisser les grands arbres non loin menacer

De leur ombre tremblante la face de nos humeurs.
Puis, soudain, vers la fin du déjeuner,
Les tendres petits yeux se mettent à papillonner.
Il fait très chaud. La lumière est éclatante

Et le soleil au plus haut. L’heure

De la sieste a sonné. Il n’y a plus d’ombre

Nulle part sauf peut-être sous les parasols

Qu’on a laissé ouverts sur la plage.


On emporte alors précipitamment
Dans les chambres gorgées d’ombre
Et de fraîcheur les hirondelles récalcitrantes.
On les dépose sur les lits frais.

On entend bien de temps en temps
Quelques éclats de rire dans le silence.
Mais cela ne dure pas. Et les enfants

S’endorment comme des anges.

VI

Les volets sont tirés.
La pièce est sombre.
Rien ne bouge désormais
Sous les draps blancs.

Dehors pourtant, au loin, quelques vaisseaux clairs
Continuent de faire longtemps leur clapotis d’aisance

Avec les petites vagues sans offense, les courants

Sans écume et les soleils sans espérance…

Le ciel est d’un bleu si turquoise et si limpide
Qu’il tranche avec la couleur plus nuancée de la mer :

Blanchâtre ou vert-émeraude. Personne ne met plus

Désormais les pieds sur les sables de la grève,

Bouillants et intouchables. Les hommes

Se sont rangés à l’ombre
Qui réfléchissent au
« Pourquoi » de ce monde.

Les femmes, elles, accomplissent
D’autres tâches encore bien

Plus utiles derrière les murs
Où les hommes délibèrent.

Et l’après-midi ne cesse de s’étirer.

On dirait en bord de mer l’éternité
Qui se prolonge indéfiniment, l’éternité

D’un instant fugitif et qu’on ne peut attraper.


Pas le moindre courant d’air,
Ni le moindre coup de vent et même,

De craindre la venue trop tôt du soir

Puis de la nuit, la moindre raison.

A proximité de toute joie
Nous savons que depuis longtemps
Nos sens ont quelques connivences.
Que ce soit durant l’été

Où le soleil dicte sa loi,
Nous savons depuis toujours
Que l’azur du ciel nous exhorte
À la plus grande patience.

Non loin de tout enchantement
Nos pas s’entendent comme des frères
Que ce soit durant l’hiver ou le printemps
Ou durant la saison des amours passagères…

VII

Et puis nous aimons aussi tellement ce moment

Singulier qui suit celui où l’on s’est appesanti,
Ou l’on s’est perdu quelquefois …

Par le cou on a saisi vigoureusement

Nos humeurs vagabondes
Et déposé nos états d’âme

Au pied même de nos vertus

Sur l’autel de ce monde.


Bien sûr qu’on a su appréhender toute joie
Et serrer contre soi la moindre parcelle de bonheur.
On a su même étreindre l’horizon jusqu’à perdre la raison,
Et séduire le ciel comme on parcourt l’enfance.

On a su tout cela et bien d’autres choses encore …
On a cru même aller sans le moindre préjugé

Au-delà de nos forces quelquefois,
Au-delà de nos espérances.

Mais nous n’étions raisonnablement
Qu’à la périphérie de nos forces,
Indubitablement
À la surface de nos aptitudes,

Inapte en fait à servir dignement
La moindre joie,
Incapable d’offrir la moindre chance
Au plus petit bonheur passant.

Or que nous fussions quelque temps durant
Compétents ou incapables,
Fiers ou indignes plutôt
De servir la moindre joie offerte,

Il n’empêche
Que les vertus les plus modestes
Établissent leur empire bien souvent
A l’abri de toute conscience !

D’ailleurs, dans la chambre sombre
Aux petits pieds,
Les hirondelles timorées
Secouent leurs ailes froissées

Dans le creux ombragé
De leurs petits regards assoupis,
Et cela même si l’air n’est plus aussi
Moite qu’en début d’après-midi.

VIII

Il y a désormais des visages pleins de rêves
Tels des bateaux de plaisance,
Et des sourires de réveil
Comme des fleurs de naissance.

On a beau se dire que leurs soupirs
Sont à l’abri, on s’approche de leur lit
Doucement pour ne pas froisser leurs rêves
Et encore moins précipiter leur réveil.

On a beau se dire que le soleil est encore haut
Et que leur âme est sans défaut,
On pousse qu’en même les volets,
À moitié, comme des sanglots

Tandis que nos pas apprentis
S’initient à leur conquête.
Ce sont ainsi, bientôt,

Des piaillements d’oiseaux

Qui retentissent dans la chambrée.
Des sauts, des chahuts, des cris de joie
À l’idée de se frotter de nouveau
À l’air d’été.

Les regards scintillent dans l’espoir
De joies nouvelles. Ils sont beaux
Autant qu’ils trépignent d’impatience
Àl’idée de jeux nouveaux …

… Et de fêtes nouvelles
Et de transports et de complots
Et d’amusements les plus variés.
Leur espoir réside dans leur conquête

Et leur vitalité dans leur espoir de victoire !
Ils ont des allures de petits héros
Et de parfaits soldats, fiers et intrépides

Comme la lumière inaccessible !

Ils se roulent dans leur promesse
De surprise et de plaisir

Et leur coutume de réveil et tout
Leur bonheur de vivre.

Mais alors quelle valeur accorder
À nos façons si sérieuses et si mystérieuses
De raisonner sur les choses de ce monde
Misérable et dépourvu de sens puisque …

IX

… Dans le milieu de l’après-midi,
Nos chères petites têtes adorées

Sont plus persuasives et convaincantes
Que nos propres affirmations ?!

Avec leurs manières de conquête
Et leurs sourires de victoire,
Leur gaieté est notre joie
Toujours et longtemps.


Leur beauté finalement
Notre plus belle récompense.
Alors, comme des louveteaux
Dociles ou des petits chats immobiles,

On saisit les enfants par le cou.
On les dépose de nouveau sur les sables,
Attiédis désormais, et les petits cailloux,
Non loin des premières vagues de la rive.

On ne distingue plus depuis peu

Les vaisseaux clairs non loin de la berge.
Sans doute ailleurs
Ont-ils fait gonfler leurs voiles

Et tremper leur coque de bois
Dans d’autres eaux plus lointaines.
En revanche on peut maintenant voir
Le soleil, complètement affalé,


Tremper son museau attiédi

Dans les eaux de l’horizon.
Et ses rayons affaiblis caressent

Depuis peu nos joues blanches

Et notre front assombri,
Notre corps assoupi et toutes nos illusions.
D’ailleurs on est plutôt aveuglé que jaloux !
Nos propres sentiments s’épuisent


Au regard de nos hirondelles préférées

Qui s’amusent à nouveau, tranquillement,

Dans le sable attiédi, et l’air doux de l’été,

Avec les coquillages pour enfants !

Et cet aveuglement, loin de nous perdre
Nourrit nos espérances, gonfle notre orgueil
Tandis que notre raison malmenée dans l’obscurité
Nous supplie d’envisager lucidement toutes nos errances.

X

Mais nous n’en faisons rien. D’ailleurs notre

Âme est sereine car on est tellement sûr

Dans ce mouvement de cœur et de sentiment

D’applaudir à une vérité essentielle que voici :

Il y a plus de joie et d’aspiration au bonheur
Dans le regard posé simplement, naturellement

Sur les choses modestes de ce monde comme

Les louveteaux, les hirondelles et les petits enfants

Que dans ces réflexions captieuses,
Construites, élaborées que nos esprits
Produisent quelquefois tandis que nos sens
Sont assoupis et notre orgueil le maître du temps.

Seulement, même si les premières eaux de l’océan
Parviennent toujours au pied des enfants,
À force d’esprit et de raison, parfois
On arrive à écarter le ciel de l’horizon.

D’ailleurs a-t-on seulement le choix
D’admirer le soleil couchant dans le lointain,
D’entendre le ressac incessant

Heurter les premières pierres,

De dresser notre vigilance enfin
À l’égard de nos si belles hirondelles ?
Et même si notre raison manque

Singulièrement de consistance,


A-t-on seulement le choix ?! Notre force
Paraît si dérisoire devant les pluies de ce ciel
Que le crépuscule nous promet comme une offrande …
Sous leur parapluie de verdure immense

Les saules se sont déjà abrités des pluies
À venir. Même les volets sont prêts
À être tirés en cas de gros orages. Bref
Tout sera fait afin d’éviter les trop gros ennuis.

Et ce qui doit avoir lieu, dans la lumière
D’un plein été ou dans le secret plutôt
Des brumes d’une autre saison,
Aura lieu inévitablement,


Tout comme, si résolue,  la pluie achève sa course

Sur les toits lisses de nos mémoires et de nos

Envies, tout comme la pluie bienfaitrice courtise

Nos esprits désormais bien disposés …


XI

Et tout cela qui doit s’accomplir
De quelque façon, à l’abri des regards
Ou au sommet des consciences,
S’accomplira de toute évidence.

Que l’on porte haut comme des soleils
Toutes nos progénitures ou que l’on
Ensevelisse plutôt les paroles simples
Que nous voulions dire et que nous

N’avons pas su prononcer, les fleurs
Qui doivent éclore, écloront de toute façon,
Hormis celles bien sûr qui, par nature,

Et de toute évidence ne devaient point éclore !

Mais maintenant que le soleil est au plus bas,
Allongé sur la mer comme sur le lit
D’un convalescent, nos petites hirondelles
Frottent leurs ailes contre les sables …

… Et la fraîcheur de la grève apaise

L’ardeur des coups de chaleur. Les petites

Vagues humectent leurs petits pieds et la pluie à venir,

Sans cesse, leur promet d’autres récompenses.

Mais puisque l’heure est bien avancée,
Il est bien temps de rassembler les draps

De bain, de récolter les jouets de plage
Et de récupérer les hirondelles ensablées …

Et puisque le crépuscule n’est plus si loin,
Il est bien temps maintenant

De les désensabler, de les passer
Sous l’eau fraîche

Et de les sécher à nouveau
Pour les apprivoiser encore
Comme si c’était la première fois.
Comme si on ne les connaissait pas !

Il est temps de leur sourire à nouveau et leur dire

Avec une voix affectée, une voix d’enfant semblable

À la leur, dans le creux de l’oreille, et de mille façons,

Toute la joie sans faille de les serrer contre soi.

XII

Dans les cabines de la plage s’en vont

Dormir pour la nuit toutes les affaires

De l’après-midi : Les draps de bain

Humides, les maillots multicolores,

Les bateaux en plastique et tout
Ce qui est utile ou superflu pour qui veut

Se poser sur la plage au moment chaud

Et y demeurer quelque temps.

La contre-allée a été balayée.
Il n’y a plus de sable éparpillé,
Plus de feuilles dispersées
Et les fleurs multicolores,

Aperçues le matin, semblent

N’avoir plus désormais
Qu’une seule couleur
Indescriptible !

On aimerait tant pouvoir percer le mystère

De cette lumière indicible du couchant
Quand elle étale sur l’océan
Ce bleu-vert si particulier.

Juste avant d’emporter dans nos bras si fiers
Nos enfants comme des cadeaux venus

De la mer, on se serait retourné un instant
Et le ciel dans la mer à ce moment précis

Nous aurait troublé. Oui, le « ciel dans la mer »,
Simplement, sans le moindre nuage pour témoin,
Ni cette pluie qui ne vient pas,
Ni le soleil disparu depuis longtemps.

Juste avant d’emporter sur nos épaules
Notre fierté de vivre, on n’aurait pas résisté

À l’idée de marquer un pas et d’inscrire
Dans nos mémoires rajeunies

Les couleurs de ce mariage nouveau :
Le ciel dans la mer de mieux en mieux,

Comme les yeux de nos enfants
Ressemblent à nos propres yeux,

Leurs manières de petits princes en harmonie

Avec nos gestes précis, et leur fantaisie

D’exister inspirée d’Italie semblable

À notre joie de les tenir simplement


XIII

Au plus haut, comme des soleils !
La mer avec le ciel comme une idée
Simple et de toute évidence
Une promesse de bonheur …

Alors, seulement on aurait pu quitter
La contre-allée, laisser les choses
En quelque sorte s’abandonner, puisqu’elles
Doivent avoir lieu de toute façon,

Quitter les terrasses ensoleillées
Que l’on a traversées et qui

Nous ont tellement séduits
Avant de lentement s’ ombrager !

A quelques mille de la plage, au loin dans les eaux,

Deux ou trois vaisseaux seraient réapparus.
Tous les arbres, chênes ou saules,
Auraient recouvert leurs intentions de nuit

Et les herbes avec les fleurs se seraient

Endormies. Les vagues auraient

Cessé de bercer nos esprits avec

Leurs eaux, avec leur bruit.

Certes nous aurions aimé ce bonheur
Suffisamment, nous semble-t-il,
Tout le jour évidemment
À chaque instant…

Mais de quelque façon qu’on s’y prenne
Avec la nuit qui s’avance et le ciel
Qui se retire du bord de l’océan,
Nos esprits se sont épris.


Il faut dire sans tarder que les étoiles
Se sont dressées, elles-aussi,

Précisément avant la tombée de la nuit,
Et cela justement afin de nous éblouir

Davantage. Un petit vent
S’est levé en bord de mer
Exactement afin
De rafraîchir nos flammes.

Toute la lumière du jour
A réchauffé nos corps pour la soirée.
Toute la lumière du jour
Bruni nos peaux et calciné nos esprits…

XIV

Et le soleil qui a disparu comme un fruit lourd
Mûr et juteux à point, exactement
Comme on apprécie les fruits durant l’été,
Derrière le ciel et la mer,

N’a nullement épargné nos forces maintenant

Que notre peau est une écorce, et que nos cœurs

Se sont énamourés malgré que nos esprits

Se soient légèrement assoupis …

Bientôt, le long de la jetée, on peut apercevoir
Les premiers promeneurs de la soirée.
Derrière la contre-allée clairsemée peu à peu,
Les dernières étoiles allument leurs premiers feux.

C’est le moment crépusculaire
Où chacun se retrouve chez soi,
Loin du monde
Et de tous les vents venus de la mer,

Où la plage est désertée
Tandis que les dernières vagues
En bord de plage sont bien étonnées
De ne plus frôler les pieds des baigneurs.

Les sables quant à eux,
Un peu trop fiers sans doute,
Font comme si on ne les avait jamais foulés,
Ni hier ni aujourd’hui ni jamais

Et qu’on les avait toujours ignorés.
La ville allume peu à peu
Ses premières lumières,
Le bord de mer ses premiers feux,

Et nos regards ses premières lueurs
Et notre joie ses premières flammes !
Mais il y a un peu de mélancolie

Malgré tout un peu et de regret aussi.

Tout le jour s’est usé lentement, sans rien dire,
Comme le jour s’use toujours d’ailleurs, laissant

Derrière lui, bien peu de souvenirs, pour,

Finalement, disparaitre complètement.

Ce jour si prometteur et si généreux, à priori,

Ce jour qui nous a tellement laissé espérer,
Et bien ce jour s’est usé et puis s’est enfui,
Simplement, disparu inexorablement.

XV

Alors cette nuit qui s’annonce, perdue à son tour,
Entreprendra-t-elle de nous réconcilier avec

Ce jour qui s’est échappé et le soleil

Qu’on ne voit plus ?! Probablement pas.

Et puis même si les enfants se moquent

Bien de nos regards artificieux, avec

Cet air empesé que nous prenons
Quelquefois quand nous sommes sérieux,

Ils n’en sont pas moins affectés.
Curieusement avec la nuit prenant place
La fatigue aidant, ils se provoquent moins
Les uns les autres, s’amusent tranquillement.

Ils sont presque tous sur le point
De s’endormir à nouveau
Maintenant qu’ils ont eu leur comptant
De vitalité, de bonheur et de soleil.

Aucune hirondelle ne s’envolera ce soir.
Cela est sûr. Ni pour annoncer le printemps
Ni pour renouer avec les rivages
De quelque pays chaud.

Non. Ni de même aucun louveteau
Ne quittera sa tanière cette nuit, secrètement,
Afin de découvrir peut-être, solitaire et imprudent,
Les étendues de la prairie, l’air pur de la montagne,

Ou même encore les vents chargés de parfums
Et d’humidité sur la plaine étourdie. Il faut plutôt

S’attendre à ce que les soupirs s’apaisent

Et les sanglots disparaissent en même temps.

Il faut plutôt s’attendre à ce que les pluies
Continuent de nous promettre leurs bienfaits,
À ce que les vents chauds
Nous rassérènent vigoureusement

Avec leurs manteaux de certitude
Et leurs gilets de réconfort… S’attendre à ce que,
Peu à peu, les embruns chargés des odeurs
Fortes de l’océan traversent sans préavis

Nos jardins, nos allées, nos maisons…
S’attendre à ce que nos vies s’apaisent,
Nos transports se fassent plus raisonnables,
Nos affections se métamorphosent en Joie !

XVI

Mais enfin ça y est. Depuis peu la nuit
A pris possession de toutes les volontés.
On ne peut désormais plus rien entreprendre

Dans le boulevard de nos consciences

Avec les étoiles en procession, et l’ humidité tenace
Tenace de cet air moite venu du ciel qui altère

Notre bon sens, modifie notre entendement

Et corrompt notre Raison.

Désormais la seule mission qui nous échoit
Est celle d’éviter de nous souvenir
Et encore moins de nous émouvoir
Des choses révolues …

… D’abandonner lentement

La connaissance des objets

Naturels, D’entretenir assidûment

Notre quotidien le plus familier …


… Sans jamais se soucier du temps trop

Impérieux qui, inexorablement, déroulera son

Tapis précieux derrière les journées les plus

Prometteuses et les nuits les plus triomphantes !

Voici venir le temps où nos espoirs
Trop aiguisés tenteront de se réaliser

En toute franchise et en toute quiétude
Tandis qu’au contraire

Toutes nos aspirations au bonheur
Seront en partie déçues avec la nuit trop noire.
Il n’est plus temps désormais d’espérer
En un jour, demain, peut-être meilleur,

En un soleil, quelque jour, sans doute
Moins cuisant, en une lumière,

Quelque temps, et pourquoi

Pas plus affable.

Il n’est plus temps désormais d’aspirer
Au bonheur incertain et farouche
Mais qu’il faut aimer avant tout,
Ni de tremper les lèvres

Dans la tasse ébréchée
De la moindre joie,
Et encore moins de vouloir
Toucher le ciel avec les doigts !

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