I

Arrogance de l’écume
À la barbe des côtes.
Ignorance de ses forces
Aux portes de nos rives.

Tant d’eau …
Tant d’eau …
Nous a tenu toujours
Ce langage le plus simple.

À nos âmes riveraines,
À nos femmes souveraines.
Les eaux par dessus les eaux,
Les astres par dessus les mers.

II

Et ces vaisseaux de leur langue
Eussent-ils blessé notre chair,
Atténué l’attirance même des amants,
Leur souffle n’en fut pas diminué

Pour autant, leurs rideaux
De pluies fines et de belle
Éloquence n’en furent pas
Davantage froissés.

Arrogance de l’écume
À la barbe des côtes.
Ignorance de ses forces
Aux portes de nos rives.

III

Tant d’eau …
Tant d’eau …
Nous a tenu toujours
Ce langage le plus simple.

Et puis même si la nuit prophétesse
Avait nourri d’innocence et de beauté
De candeur et de virginité
La moindre parcelle de ces eaux,

C’est à nos yeux cependant
Que le suffrage de leurs forces
Aurait poussé notre Orgueil
À nos frontières faites de peau …

IV

… À nos limites faites d’eau.
Vous, fleurs des flux et des reflux,
Vous portez à l’incandescence
Nos humeurs et nos candeurs.

Vous, à travers les traînées lumineuses
Et blanchâtres de vos langueurs,
Vous tirez longtemps la beauté
De l’azur jusqu’à nos pieds.

Arrogance de l’écume
À la barbe des côtes.
Ignorance de ses forces
Aux portes de nos rives.

V

Tant d’eau …
Tant d’eau …
Nous a tenu toujours
Ce langage le plus simple.

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