Deux perdrix empaillées
Non loin des arbres de la forêt,
Dans la clairière, clairsemées
Délaissent leurs ailes de bois vert !

Tel une bolée de vin lourd
Sur l’herbe détrempée,
L’été comme l’hivers,
Le jour étincelle !

Deux chiens jeunes et vivaces
Poursuivent un autre animal.
Mais la Nature hélas est un bal
Où glissent les limaces !

Là où je suis il n’y a ni souci
Ni le moindre bosquet. L’air frais
Donne quelquefois le hoquet
À l’étendue même qui s’en étonne !

Mais je suis las aujourd’hui de tous ces soins.
Mes pas lents s’égarent
Dans l’air trop vif. Quelle nuit sonore
A pu couvrir mon âme chétive à ce point ?

Lumineuse plaine, je vous suis désormais
Reconnaissant de m’avoir laissé entrevoir
La saine victoire d’un Soleil triomphant
Enlacé dans vos bras tendrement.

Et pourtant je le vois bien : la rivière
N’en peut plus de s’écouler ainsi,
Toujours, dans le même lit. Et toute gloire
Et tout honneur n’a plus de prise sur ses délits !

Et pourtant je le vois bien : une poignée
De frissons s’entretient tout-à-coup avec la chair
Illusoire. Je ne veux en aucun cas,
Même avec la nuit montante,

Décevoir les ombres froides, tièdes
Mangeuses de plaine. Que m’importe
Ce qu’emportent les soleils camaïeux
Innocents et stupides vers d’autres lieux …

Deux perdrix empaillées
Comme les arbres de la forêt,
Dans la clairière, clairsemées
Délaissent leurs ailes de bois vert !