Combien de nuits faut-il
À l’éternelle Beauté
Pour que les nuits qui, de près, la poursuivent
Lentement s’en éprennent ?

– Moins d’une nuit sans doute lui suffit !

Combien de mains dociles
Se sont tendues vers d’autres joues,
Fraternelles, et caresser ainsi dans le soleil couchant
La mer écumante avec le ciel sempiternel ?

Nul ne sait combien exactement
De petites fleurs jaunes et vierges
Se sont dérobées aux premiers
Frissons du printemps …

Combien de plantes grasses,
Comme des mains tremblantes,
Se sont confondues
Entre les mains vastes des saisons.

Combien de soupirs languissants
Ont agrémenté
La concupiscence des fruits
Au point que,

Dans le soir depuis peu
Séduisant, ils se crûrent
À leur tour
Irrésistibles.

Combien d’ennuis profonds
Ont côtoyé de joies saines …
Combien de franches gaietés
Ont fait jaillir, par tous nos plaisirs,

Le Chant même de la Terre ?
Nul ne sait combien
De nuits,
À l’éternelle Beauté,

Il faut et il suffit
Pour que les nuits qui,
De près, la poursuivent
Lentement s’en éprennent …

– Moins d’une nuit sans doute lui suffit.