C’est à vous que je consacre

Ce hideux feuillet sans titre : Folie,

Qui dans ce vent coureur et oisif,

Dans cette plaine venteuse et indifférente,

Fauche l’innocence du buisson

Et des sous-bois,

Des petites fleurs de la contre-allée,

Et du miroir, du parc splendide

Et de l’enfant naïf.

 

– C’est vous que j’ai choisi

Dit-elle à ce gamin qui court,

Aux courts cheveux de soie

Et aux yeux qui crépitent.

Levez-vous et suivez-moi,

Ange ou Démon.

Élixir ou Poison,

Chaque heure tombe comme tombe

Le berceau déséquilibré.

 

– C’est vous que j’ai choisi

Avec ce sourire que vous drainez

À la dérive des courants et des brises.

Levez-vous et suivez-moi.

Des hanches de Femmes s’amenuisent

Au contact des couleurs blanchâtres

Des vitres et des miroirs. Les marches

De la devanture n’ignorent plus

Votre venue et vous saluent.

 

– C’est vous que j’ai choisi,

Prince ou Diable,

Ne laissez point

S’approcher de vous

Les soleils qui cuivrent,

Le jour qui conditionne,

Les nuits qui épouvantent,

Et l’homme qui, malheureux,

Vous apprendra à mourir.

 

– Levez-vous et suivez-moi.

Souriez aux chutes d’eau 

Qui font la loi et vous séduisent.

Elles vous apprennent la juste mesure.

Alarmez-vous du ciel qui soudainement s’aigrit.

Une porte s’ouvre sur le perron trempé

Et voilà l’Ennui tout entier

Qui s’enfonce dans cette flaque d’eau

Que vous venez prudemment d’éviter.

 

Mais le bois barricade 

Aujourd’hui la Mort

Du charmant petit être.

Ni la Raison ni la Folie

N’ont eu raison de séduire une âme

Telle que la sienne et

Qui n’avait que faire des nuages

Des buissons des miroirs des parcs

Et des regards.