La mer brûle et cela fait du bien aux corps rompus
Des hommes et des femmes venus des villes. Le ciel
Liquide, vaste reposoir, où quelques arpents de miel
Ensucre le soir, fait circuler les flammes du Soleil.

Sur la jetée chahutent le vent et le sable.
Dans l’allée aux arbres bruns et jaunes,
Tous les regards émerveillés de l’Aube
Interpellent timidement le Monde !

Il fait bientôt rose autour des Corps décomposés.
Il fait rose et la lumière façonne son départ.
L’air huileux de la plage prend bientôt part
Aux gestes rituels et lents des vagues immatérielles.

Bientôt ce seront les vieilles femmes affairées
Qui viendront emporter les jeunes enfants.
Puis ce sera le tour des jeunes filles splendides
De consoler le cœur des adolescents blessés.

En attendant, il fait toujours aussi rose
Et jaune et or autour de ceux qui restent.
L’orange de la mer raccourcit quelque
Peu la dimension des corps qui se posent.

Tout se fait tiède, et le vent parvient lentement
À rompre le mur multicolore des fientes du soleil.
La mer violaçée par endroit est de plus en plus belle
Lorsque Midi s’échappe dépourvu du moindre vent.

Plus belle peut-être encore que cette jeune demoiselle,
Fière et orgueilleuse, moitié nue, assise à mes côtés.
Quel pitié que le regard exténué des êtres succombant
Au fini hagard et indéfinissable des formes proches !

La mer brûle et cela fait du bien aux corps rompus
Des hommes et des femmes venus des villes. Le ciel
Liquide, vaste reposoir, où quelques arpents de miel
Ensucre le soir, fait circuler les flammes du soleil.

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