Dans l’allée aux brumes émoussées, tout attendait
La belle et souveraine lancée de Juin. Ô mois
Des aurores attiédies. Ô suite naturelle de Mai :
Quelle grâce inexorablement nouvelle des grains !

Derrière le chaud feuillage dont l’orgueil aboyait,
Bruissait et susurrait le souffle sage des animaux.
Des voiles de nuit penchés aux corps bien épuisés
Des jours drainaient des florilèges de songes nouveaux.

Ô mois vermeils des saisons aux douces et fébriles
Chansons ! Que les plumes frissonnent immobiles
Dans l’ombre, ou que les crocs dévorent la chair même
Des frissons, n’importe la peur qui bourdonne !

Dans l’allée silencieuse aux voix menues, désormais
Tout est vert pâle ou bien, par endroit, tacheté de bleu-nuit.
Et, quoique les fougères se taisent qui font les mortes,
Tout est en vie et les fauves solitaires sur leur force parient !

C’est néanmoins déjà l’heure un peu fière car les soleils
Apparaissent. Aux ravines l’aube attendue s’immobilise.
Puis, avec le temps inutile, le lieu fait bientôt place
Au jeu subtile et las des lumières et des convoitises.

Tout près des vieux nuages, moulés cependant
Aux moules récents des vents assoiffés de Juin,
Souvent, dans ce ciel aux folles passades, s’envolent
Les grands oiseaux aux ailes décoiffées…

Et puis les mois s’écoulent. Toute la terre se nourrie
Des sources et des fracas de ces fabuleux transports.
Les petits vents, ces victuailles de nos jours, se font,
Depuis, les passagers délicats de nos pores ?!

Ainsi la première fleur, – Ô grenade ! éclate dans le sentier.
Une jeune fille, très gracieuse et très gracile, approche
Qui va chanter soudain l’Été. Est-ce, entourée de noisetiers,
Que, par nos yeux, la fleur dans nos esprits se rapproche ?!

Bientôt l’herbe se fait mousse autour du bois verdâtre.
Les arbres se nouent. Les jupes se plissent du courant frais.
À l’intérieur les filles dansent et se couchent, folâtres.
Leur cœur se dépose sur celui d’un autre, qui sait ?!

Dès lors l’envie cruelle de voyager loue sans ambages
L’air du printemps. L’orage et les pluies cependant nous
Épient. Même cette nuée de jeunes filles qui jasaient
Pourtant des futures saisons, désormais s’est enfuie…

Leur corps pareil aux animaux atterrés et ventrus,
Leurs sourires de façade, leurs ailes belles, déployées
Comme les grands oiseaux multicolores et charnus
Désormais, ont quitté leurs bords. Enfin, dans l’allée

Aux brouillards volatiles, ce matin-là, tous ont écouté
L’écho sans voix des bois et des forêts. Les foulards très
Parfumés hier, comme les toilettes bien portées des filles,
Étendent désormais leurs plus suffocantes traînées.

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