Le vaste ciel est d’encre au si long soir d’été,
La lune immense fuit ses remparts de voilure.
La nuit soudain s’emplit de musiques feutrées.
Les étoiles souvent, d’astres d’or, ont l’allure.

Mon regard sur vous s’est posé simplement.
Dans de sombres pâtis votre corps s’est couché.
Votre cœur s’est enfui des villes prudemment.
Vous pour qui j’inventais cet alphabet :

B :

Bouche que vous possédez et que j’ai vue.
Temple au dragon éperdu.
Lèvres lancées soudain telles une grappe de fruits rouges.
Poudres incendiées sous l’ardeur des caresses.
Mouvement renversé des gorges au blond liquide.
Source d’ombres et de brumes.
Cataractes de baisers.

M :

Magnificence du seul souvenir vécu.
Suave soleil d’été.
Muance des voix d’enfant, disparues avec le temps.
Fenêtre écartelée. Souvenirs frémissants bientôt
Prompts à s’illustrer. Lointaines paroles souvenues.
Danse, rumeurs secrètes de vos mèches polaires.
Délicate opulence de vos frises de cristal.
Invasion désordonnée de votre fière chevelure.

S :

Senteur de votre peau claire.
Luisance de vos lèvres écarlates.
Chef d’œuvre de vos mains diluviennes et changeantes.
Apparence,
Transparence de vos jambes sidérales.
Sinuosités de vos regards orientaux.
Ebriété du ventre !

V :

Vague fantôme de votre vaisseau démâté.
Victoire de la seule vergue guidant vos mâts aux nouveautés.
Ombrage des soirs de lampes. Voilures immenses.
Arête d’Orient plantée telle un phare immobile.
Terrasse ou promontoire surplombant l’avenir.
Lente apparition du lourd soleil levant.
Léthargie des pores en sueur.
O bonasse arctique !

Z :

Zigzagues de mes paroles imberbes.
Zébrure de mon front noir.
Trapèze désertique.
Anormalité.
Pôle impartageable.
Limite que je vous envie :
« Immortels bleus » sont-ils, dites-moi,
Vos bras infinis qui m’enlacent ?!

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