Toujours il y eut cette houle
Toujours il y eut cette foule
Sous la voûte des Mondes !

Incessant ce grand vent
Sur les grèves lointaines,
Et l’haleine de la mer dans la voix
Des sirènes plaintives…
Étale cette nappe d’eau derrière la vase
Profonde, altière et folle cette ondée même
Devant les berges du quai. Et, comme le Soleil
Des tournesols, mélancolique pantin
Des vents innocents, le froncement
Des petits matins et que la lumière diffuse…

Ululante par écho
Et par intermittence,
La rumeur crépitante de la marée
Élague les pentes invisibles du Soir !
Sur les pontons de quelque part
Ou les esquifs redoutables
Et délaissés des paquebots infortunés,
Les poissons d’apparence et d’écaille
Remuent indolemment
Leur Corps effiloché !

À la cime crépusculaire
Comme l’air des mauvais jours,
Le plumage d’un Oiseau éperdu
Dévore les ornières sourdes du Temps…
Ô souvenirs et rigueurs des fronts de Joie !
Et, parmi les clameurs innocentes
Des enfants dans le soir,
Élevées du fond des villes portuaires,
Je sais l’herbe des Solitudes
Grandissante !

Avec le Silence de l’avenir assurément résolu
Au détour infréquenté de quelque rivière,
J’entends le pas lourd des Soleils inconnus.
Je devine les lumières chaudes venues des sables,
Déposées ça-et-là et qui feront du bien
Aux esprits fatigués et trop habitués à la houle !
Il m’arrive même quelquefois de pressentir,
Maintenant que les vents se sont retirés,
Que l’Avenir est peut-être
À portée de doigts !

Toujours il y eut cette houle
Toujours il y eut cette foule
Sous la voûte des Mondes !

_______