Ce fut parmi les orangers,
Les oliviers…

Ce fut parmi la doucereuse
Béatitude des Corps assombris,

Couleur de brique de l’été,
Tandis que les pierres légères

Comme des citadins reposaient
Au milieu des eaux.

Parmi les prairies blondes,
Emplies d’oiseaux pondeurs

De fruits et de fleurs
Que vacillèrent bientôt dans l’air

Les parfums rares,
Les couleurs fières !

Chacun avait pour soi son secret,
Chacun détenait l’Univers tout entier

Dans sa case,
À sa seule portée,

Au fond des ruines,
Chacun immensément éloquent !

Tantôt semblable au jour
Qui s’en va derrière le Soleil,

Tantôt pareil aux familles pauvres
De bédouins s’enfuyant par-devant le troupeau…

Mais s’il reste quelque jour
Une terre vierge quelque part

Les hordes passeront plus tard,
Les étoiles lentement

Chasseront leurs aînées,
Les barbares et toutes les barbaries…

Et s’il demeure quelque ombre
Au désert essentiel,

Là où tant de comètes suivent
Solitaires et légères

Leur route d’incandescence,
La seule rumeur des voix

Et des marches dans les sables
L’effacerait bientôt !

Nul Ange n’est au Monde
Parmi les chairs claires de l’enfance !

Nul Ange ne prend part
Au festin que depuis longtemps

Leur promettent les hommes !
C’est dans la fraîcheur d’un matin d’Oran

Qu’à la toute première heure de l’aube,
J’ai vu, telle ces fastes lumières d’Orient,

La nudité chaste et fière
D’une grève empourprée

S’offrir au souffle non moins fier,
Non moins chaste

D’un grand vent salé
Venu de la mer…

Ce fut parmi les orangers,
Les oliviers…

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