Ici, autour d’un champs vert,
On a posé des pierres.
Et les hommes ont chanté
La gloire d’un nouveau lieu.

Et de blanc et de bleu
On a peint les pierres.
Et les femmes ont bercé
Dans leur regard toute

La virginité des herbes grasses.
Puis, tel si nul n’existait qu’eux,
Des vents curieux ont grandi
Par delà même ce champs vert,

Des vents immenses avec,
Derrière eux, le soleil inutile
Et tous ses cuivres en guirlande
Comme une nouvelle naissance !

Et même quand les pierres
Transpiraient d’avoir trop attendu,
On a séduit des augures.
On a roulé des figures de glaise.

Et les esprits se calmèrent.
Alors, le champs vert disparut
Tôt dans la mer, avec les pierres,
Avec les lances de la jetée.

Au même instant,
Quelquefois, on vit
Des regards blonds
Apprécier la rudesse

Des chocs ;
Et les plaines entrevoir
Les murs, et les gloires
Camoufler dans leurs feux d’ivoire

Des copeaux d’azur
Arrachés de rafales.
Bientôt, comme les vents
Ne se taisaient, les clameurs

Crurent bon d’accomplir
D’autres audaces :
Les filles brûlaient
D’exalter leurs sens.

Les enfants s’enfiévraient
De sentir les miroirs
S’agrandir à leur approche.
Localement vivaces,

Les charmes de quelque beauté
Devenaient d’indicibles saisons
Où les pluies n’avaient de cesse,
Tandis que les orages

S’accouplaient avec les vents.
D’inceste en inceste,
Les bourrasques parvenaient
À la colère des Dieux.

 

Tout fut fait pour que peu
Ne subsistât !
Les moulins s’étonnèrent
De cette soudaine foule d’eau

Dans leurs pierres.
Les murs traçaient leurs
Remarques en d’étranges signes :
Roses de moisissure en leurs flancs,

Pétales de rouille en leur fer.
Tout fut défait, même le soir.
Et quand quelque lune
Tentait d’apaiser les rumeurs,

Dans la nuit, ce furent
D’indomptables désirs de chair
Qui envahirent les esprits !
Certes, jamais les murs ne firent

De plus pures conquêtes !
D’ailleurs, tant les coups de sang
Furent jaillissants que depuis,
Nul n’osât plus s’accroupir à leur flanc.

Des joncs se sont courbés
Avant, après, certes toujours …
Les femmes ont plié l’échine
Face au sanctuaire.

Et la mer a vu frémir ses pilastres.
Et les cloches se sont fracassées
Contre les astres.
Et toutes les prières se sont levées !

Et tous les souffles se sont achevés !
Peu à peu, de loin en loin,
On a vu des robes de nuit
Construire des berceaux.

Avec leur Science du passé,
Les colonnes inébranlables
Comptaient le poids
Des années perdues :

Un, deux, trois
Pierres …
Autour d’elles,
On pouvait observer déjà

Des bras remuer,
Des jambes se arquer,
Des gestes s’accomplir.
Et jamais les murs

Ne virent de plus sombres
Témoins : Hommes,
Herbes, pierres et décombres.
Ombres d’un temps,

Et tous les soleils terreux
Des lointains à venir…
Ici, autour d’un champs vert,
On a posé des pierres.

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