I

 

Sans suivre pour autant
Les traces larges des conquérants,
Étendre son âme étourdie
Aux plus vertes Casamances …

Derrière les miroirs hivernaux,
Brisant l’aurore, déridant la brise,
Abonnir l’humeur de l’automne,
Exhiber de l’été strident

Sa flore sanglante :
– Aigremoine à fleurs jaunes
Accordez-nous l’aumône de votre clarté…
Tel un astre de bronze,

Depuis le cèdre jusqu’à l’hysope,
Et l’Officiant songeant
À de meilleurs auspices :
Lune et pluie !

O fraîcheur d’un peu de terre
Au front clair du poète !
Au sein de vastes plantations,
Aux ornières des inventions…

 

II

 

À cet endroit où la délicate
Sarriette se faisait fort,
Dans les décombres,
De vous apaiser…

À ce gros gibier inondé,
Se révoltant sous la cendre des fusils !
De ce rire dans l’humus des feuilles,
Dans la corruption des parfums !

Sans verser pour autant le sang
Pourpre des pétales de Rose, dans
L’Espoir un instant : frôler le parterre
Jaune et blanc des alysses corbeille d’Or !

Et afin que le verre qui blesse le regard
Reflète au soleil d’autres puretés,
Les blés géants se courbent aux vents…
Qu’il soit fait de votre Empire

Un îlot de sagesse
Afin que nul, un jour, n’en vînt à dire :
– « De grands vents les emportèrent
Sans que nul n’en sût rien ! »

 

III

 

Qu’ils boivent donc ce calice noir les rameaux
Sauvages des grands Lys ! La pluie, amie
Longtemps des horizons sans voix,
Louvoie sur d’autres désinences…

Et la peau, sans tarder,
Draine sa propre sueur
Dont la Rose, depuis
Longtemps s’abreuve.

Tel un désert sans vie
D’où naîtront par endroit
D’autres senteurs,
D’autres flueurs…

Et le front de la race
Dans ce camps retranché
Demeure le Secret vivant des seuls
Clairs esprits !

Sans suivre pour autant
Les traces larges des conquérants
Étendre son âme étourdie
Aux plus vertes Casamances …

_____