I

 

En Province, la petite librairie ancienne
Venait d’ouvrir, cet après-midi là.
C’était l’été. Dans la rue l’ombre des arbres
Feuillus abritait les vitrines.

À l’intérieur régnait un désordre parfait.
Une vieille dame se tenait là, debout,
Qui me disait ce qu’elle avait sur le coeur. Et
Puis il y avait vous, que je ne connaissais pas.

Vous écoutiez, très scolairement, les points
De vue que nous avions sur les sujets
Que nous abordions. Tout semblait vous
Intéresser : Les fleurs, les livres, les revues.

Une jolie coiffe bleue dissimulait
Partiellement votre visage heureux.
Vous aviez les lèvres roses,
Le teint pâle, une allure sage.

À peine posiez vous la main
Sur un livre, une photo, une gravure
Que votre regard s’allumait soudain,
Et vos yeux riaient dans le lointain.

Mais, pour peu qu’on eût repris notre propos
Vous laissiez bientôt l’objet sans intérêt,
Et nous écoutiez à nouveau, émerveillée,
Comme si votre vie en dépendait.

Une fleur d’Orient
En terre occidentale !
Voilà bien qui aurait pu
Vous être fatal…

 

II

 

Mais au lieu de cela
Vous respiriez lentement.
Vous marchiez d’un pas lent,
Vous n’aviez aucun sentiment.

Et, ce que j’aurais pu
Imaginer, vous concernant,
N’avait probablement aucun sens :
J’étais sûr de me tromper.

J’avais beau ouvrir les yeux en grand
Autant que mon esprit, dans ce bal curieux,
Vous étiez trop énigmatique,
Secrète, mystérieuse.

Ce soir, au fond de la librairie s’assoupiront
À nouveau les objets que vous avez frôlés,
Même en haut, sur les étagères
Les livres et les tableaux …

Ce soir, vous marcherez sans doute
Quelque part, ailleurs, perdue ou
Conquise à nouveau. Et les bruits
De la ville ne vous concerneront pas .

Ce soir, la nuit vous enveloppera peut-être
Et vous disparaitrez ainsi indifféremment.
Un grand ciel se lèvera, sans doute, enveloppant
Une lune claire. À moins que vous ne soyez

Vous-même cette clarté soudaine et
Que la lune n’y soit pour rien,
Et que le soleil se soit éteint
Et que nos vies s’en soient allées.

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