I

Quand nous aurons marché longtemps
Et que nous serons bien fatigué, l’horizon
N’aura pas bougé pour autant.
Les fleuves immenses serpenteront
Lascivement, et les mers garderont
Toujours leurs clapotis d’enfance.

Certes, nous croirons avoir avancé quelque peu.
Certes nous le croirons assez pour continuer
À parcourir la terre. Mais l’azur ne se laisse
Pas approcher aussi aisément tandis
Que les étoiles demeurent toujours
Loin de notre portée.

II

Quand nous aurons grandi assez
Et que nous serons bien avisés,
Pour autant les eaux froides et noirâtres
Des campagnes n’auront de cesse de
S’écouler dans le lit glacé des rivières.
Toute notre Sagesse à quel usage ?

Puisque les blés se courbent sans cesse
Lorsque le vent se dresse un peu trop souvent.
Toute notre Connaissance, mais pour quoi faire ?
Quand les étoiles sont là pour nous le rappeler :
La lumière met du temps avant
Que nos yeux n’en soient frappés.

III

Quand nous aurons séduit passionnément
Toutes les femmes à notre portée
Et que nous serons bien rassasiés
Par toute cette beauté tour à tour à nos côtés,
La plaine nous paraîtra encore
Et toujours plus étendue qu’avant.

Longtemps plus inaccessible cette lune
Durant les soirs d’été , mais aussi encore
Et toujours plus merveilleusement parfumé
Le corsage délicat et séduisant de cette jeune
Et irrésistible sirène qu’inévitablement
On souhaitera conquérir à nouveau !

IV

Quand nous aurons cultivé patiemment
L’Espoir, même incertain, de se revoir,
Nos futures ivresses deviendront
Telles un bouquet de fleurs parfumées.
Notre Mémoire ensevelira tout à la fois
Nos projets, nos certitudes

Et notre Jeunesse même. Voici pourquoi
Il nous faudrait aussi penser à serrer bien fort
Le temps qui nous est donné tout ceux et celles
Que l’on aime véritablement, plutôt que d’essayer
De saisir, flottant dans l’air et incertaines, les
Effluves légères des parfums imaginaires !

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