I

Il y a de la langueur, il y a de la tristesse
À suivre du regard sans cesse
La nonchalance des dunes,
La prévoyance des sables.

Grâce soit rendue aux lagunes
Que l’onde visite, écumeuse
Et courtoise, noble autant
Que langoureuse.

Il y a de ces Secrets inexplicables,
De ces sommeils profonds comme des caves,
De ces mystères tels ces heurts de casques
Au fort de la mêlée.

Pluies après pluies,
Tourments après tourments,
Durant la mélancolie
Des repos…

Voici le temps où les terres lointaines
Comme des prairies tellement attendues,
Aux hommes qui ont pris pied parmi leurs aînés,
Dressent leurs politesses de Servantes.

II

– Ô ces réveils peuplés
Des masques de cette soumission
Aux tribulations des vents :
Ces rêves sans trêve,

Assujettis aux soubresauts
De nos vies. Ô ces armes
D’inconstance au flanc
Des lassitudes …

Hommage soit rendu
À la vague incitatrice.
Révérence même à celles
Qui n’ont jamais été que mer :

Ô cet Empire infiniment persuasif :
Que peut cette brise à vos moindres
Attaches ? Que peut même le soir ?
Océan nourricier

Autant que poussif de beautés,
Que peuvent les alizés
Autant que les plus fiers orages
À vos amours clandestins ?

III

Il y a de la langueur certes
Il y a de la tristesse aussi à suivre
Du regard sans cesse la nonchalance
Des dunes, la prévoyance des sables.

Quand, sous cet implacable roulement,
Les sables charment les regards,
Séduisent les esprits, le Soleil
Quant à lui, jette ses derniers feux

Oranges et bleus dans le pas
Des ombres capricieuses.
Quand les surprises de l’été
Fulminent leurs feux d’ivresse,

La lumière de midi, bien heureuse,
Lentement fait faillite à la terrasse
Des tables blanches, sur la place
Des balançoires communiantes.

Et puis tant s’en faudrait
Pour que les eaux mêmes salées du port
N’achevassent leurs clapotis
D’enfance.

IV

Et puis vous : côtes blanchies
Des humeurs de la mer, laissez demeurer
Dans leur lit de silence les senteurs
Des algues fraîches qui n’ont que si peu

À voir avec vos ombres sans mesure,
Avec vos jets de soir
Dans la concavité des golfes,
Avec votre azur inattendu

Que même les criques, même
Les presqu’îles ne goutent plus
Depuis peu qu’à la gourde
De vos convenances.

Certes il y a de la langueur,
Certes il y a de la tristesse à suivre
Du regard sans cesse la nonchalance
Des dunes, la prévoyance des sables.

Et tous les astres nous sont
Témoins et spectateurs désormais.
Et tous les astres témoignent
Au procès de cette langueur.

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