I

Je voudrais bien vous offrir
Mon sourire,
Avant que de couvrir
Vos mains de baisers.

Les collines de l’arrière-pays
S’offrent aux mélancolies.
Elles ne savent pas encore
Qu’il est temps de s’offrir.

Je voudrais bien vous embrasser
Le cou
Après vous avoir doucement écarté
Les cheveux.

Les arbres tordus dans la vallée
Subissent les coups de vent.
Ils ignorent qu’en se tordant
Ils s’érotisent.

Je voudrais bien vous soupirer
À l’oreille quelques frises de mots
Sensuels sans y avoir même
Quelque temps réfléchi.

II

Le ciel a épousé les soupirs
De la nuit.
Il a compris avec le vent
Qu’il est temps de s’épanouir.

Je voudrais bien poser mes lèvres
Sur vos lèvres charnues.
En vous goûtant c’est à un goût de fruit
Que je m’attends.

Il y a du brouillard sur les dunes décoiffées
Et l’océan grandit sous vos yeux pleins d’espoir.
Le temps s’est épris d’une brise légère tandis que
Sur le sable le vent laisse ses traces noires.

Je voudrais bien poser mes mains
Sur votre ventre précisément, un peu avant
De m’allonger près de vous et vous serrer ainsi
Dans mes bras…

La Nature en plein été a brûlé
Son pouvoir de s’émouvoir.
Elle a décidé d’ignorer
Les feux des campagnes.

III

Je voudrais bien savoir vous dire
Quelques paroles exquises
Et vous toucher partout sous votre pagne
Juste avant de vous prendre les mains.

La plaine s’est étourdie
Sous le chahut des moineaux
Piailleurs. La plaine s’est abasourdie,
Le temps est peut-être meilleur.

Je voudrais bien soupirer dans vos soupirs,
Étrangler votre voix
Avec ma voix,
Vous séduire encore et toujours et pire.

Les forêts n’ignorent pas
Que les arbres profonds, entre eux,
Sont des frères ! Les arbres fiers tout comme,
Entre elles, les petites herbes.

Je voudrais bien anéantir
Le moindre espoir de vous revoir
Si, simplement ainsi, je vous écrivais
Longtemps mon amour.

IV

Les fleuves paresseux ondulent
Comme des serpents.
Le long des berges, les animaux pullulent
Et les sables s’humectent.

Je voudrais bien vous arracher
Ce qui vous sert de sourire
Et le garder pour moi seul
Même froissé !

Les océans ont bouleversé les eaux
Qui leur servait à bercer les bateaux,
Comme des enfants. De grands vents
Se sont occupés de tout renverser.

Je voudrais bien vous surprendre
Dans votre bain, sans âge, telle Bethsabée
Par le Roi David. Souffrir de vous voir
Sans peine et ne pouvoir davantage…

Les sentiers gorgés d’eau
Espèrent de nouveaux promeneurs.
Les bois profonds sont à l’heure
Où les oiseaux s’enchantent.

V

Je voudrais bien vous offrir
De vous dire longtemps et toujours
Les mêmes mots, les mêmes phrases,
Les mêmes accords entre nous.

Toute la lumière du jour
S’est enjouée de votre liberté.
Il est temps, se dit-elle,
D’aller courir d’autres sentiers.

Je voudrais bien assouvir
Votre impatiente frénésie à vivre
Comme vivent les enfants sans âge
Dans le tumulte de leurs empressements.

Le crépuscule s’est accaparé
Votre beauté. La nuit a préféré
Vous laisser tranquille, quant à l’aube
Vous promettre davantage de liberté …

Je voudrais bien vous offrir
Mon sourire,
Avant que de couvrir
Vos mains de baisers…

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