Le temps attendu
Des étés
Est révolu.
Les fortes chaleurs
Du début
Nous ont séduits
Évidemment.
Quelquefois
Elles nous ont déplu aussi
Tandis que nous nous rencontrions
Pour la première fois,
Quelque part, un peu
Par hasard.

Les premiers temps,
Les bosquets où nous nous réfugiions
Nous semblaient
Des antres faits
Pour nos Amours :
Des cavernes secrètes
Imaginées par quelques Dieux
Où nous pourrions
Nous appesantir,
Dans les bras
L’un de l’autre,
Et ainsi nous servir
De festin.

Les après-midi
Nous ne pensions à rien.
Tout l’autre chantait
Si haut
À notre âme influençable
Que les moindres arbustes
Nous considéraient gravement.
Ils nous berçaient doucement
Comme des enfants aimables,
Avec leur tendre feuillage,
La mousse légère autour
De leur tronc frêle, et leur branchage
Craquant comme des appels.

Cependant le soir tombait lentement
Sur la plaine. Dans les sous-bois
Où nous nous étions assoupis
Nous n’avions rien perçu de ce
Moment. Il faisait sombre ici,
Où nous étions si bien. Au dehors,
Il y avait certes toujours ces épis de blé
Dans les champs, tout emplis de ferveur.
Mais le Soleil avait disparu complètement.
Une Lune indiscrète jouait à offrir
Un peu de cette lumière toute prête
Sur la pente des coteaux ténébreux
Ou le long des fiers bocages bleus.

Puis, lorsque nous nous décidâmes
De quitter notre première
Et peut-être ultime cachette,
Ce fût subitement la nuit
Comme un coup de fusil,
Immensément répandue
Sur nos têtes. Désormais
On se disait secrètement
Qu’on ne pourrait plus rien
Admirer de ce paysage intérieur
Qui fût tantôt le nôtre, si coloré et si varié.
Nos pas, eux-mêmes, d’ailleurs
N’étaient plus aussi légers.

Le long des routes terreuses
D’une campagne inattendue
Nous marchions désormais
Sans entendre aucun bruit.
Notre aventure n’avait duré
Que le temps d’un jour et puis s’était tue.
Des brumes de terre se levaient
Pour nous sourire. Enfin, sans raison,
Des odeurs de feux d’herbes et de broussailles,
Consumés quelque part,
Nous firent penser
Sans l’avoir voulu
À la fin de la Saison.

Le temps attendu
Des étés
Est révolu.

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