I

Vos courbes exotiques dansent
Dans ma mémoire. Je vois vos bras,
Vos hanches, je vois votre sourire
Dans la nuit noire…

Votre bassin immobile et sage
Séduit pourtant mon intention de vous voir.
J’aimerais tant dans la pénombre
Vous approcher suffisamment et briser ce miroir.

Vous deviner, vous imaginer, vous entreprendre,
Fussiez-vous inaccessible à ma volonté.
Vous avouer dans le creux de l’oreille
Aimer vos jambes et vos orteils.

O quelle merveille votre souffle dolent
Non loin de mes cheveux ébouriffés,
À ce moment précis où, naïvement,
Je vous dis quelques mots imprudents.

L’érotisme de vos petits seins
Suggère tant de fantaisies…
Dans cette apparition, vous portiez
Un chemisier volage et transparent.

Mes mains, mes doigts
N’en pouvaient plus de rester
Impassibles. Vos pas lents dans la nuit
Me suggéraient de poursuivre…

Vous me regardiez avec indifférence.
Mais cela augmentait mon engouement
De vous frôler, de vous toucher,
De vous caresser avec un peu d’indécence.

Je me disais que ce fantôme immobile
Que je percevais dans mes souvenirs
Je le rendrais vivant, avec sa peau couleur
De chair, et ses yeux bien ouverts !

II

Vous deveniez tellement réelle à force
De vous imaginer à mes côtés.
Je vous voyais court-vêtue telle
Une courtisane antique !

– J’étais à Rome et mon glaive
Vous protégeait des animaux cruels.
Vous aviez des postures charmantes
Avec aussi des regards malicieux.

Et tandis que j’égorgeais un fauve,
Vos bras autour de mon coup
Semblait me retenir. Vous préfériez
Que je m’occupe de vous !

J’avais d’un côté mon glaive
Ensanglanté et de l’autre
Vos yeux qui m’imploraient
Que j’en vienne au fait !

Et c’est ainsi que j’en vins
À vous embrasser fougueusement.
Votre bouche dans ma mémoire
Semblait un sanctuaire pour l’Amour.

Ce baiser me redonnait appétit
À vous considérer de façon
Eperdument sensuelle. Vous
M’offriez à votre tour

Vos baisers langoureux. Je dégustais
Votre langue comme on savoure
Un fruit. Vos lèvres avaient le goût
Du désir que l’on veut approfondir !

Je n’en pouvais plus de vous sentir
Ainsi, fluette entre mes bras.
Le regard tendre et vague,
L’allure incertaine et vaporeuse…

III

Vous me disiez quelquefois deux ou trois
Paroles improvisées qui n’avaient
Aucun sens en la circonstance.
Je n’en pouvais plus de vous écouter

Soupirer tendrement à la hauteur
De mon cou. Je n’en pouvais plus
De craindre que tout ceci ait pu
Ne jamais avoir eu lieu !

Je n’en pouvais plus de vous désirer
Si ardemment, de vous convoiter comme l’Or,
De vous enserrer comme on tient
Dans ses bras un trésor.

Je voulais assouvir ma volonté
D’échanger nos plaisirs. Tant de baisers,
De caresses, de mains prisées…
Tant de lèvres posées sur nos corps

Enfiévrés, de paroles lancées afin
D’aiguiser encore davantage le sentiment
D’être si bien. Tant de regards et d’yeux
Posés sur telle ou telle partie de nos corps…

Tant de fièvres et tant de fruits mûrs !
Il y avait un bel azur éperdu dans le ciel,
Qui s’était patiemment épris de nous.
Il y avait un air pur

Aussi dans l’embrasure de votre cou.
Il y avait, maintenant que tous mes doigts
Avaient joué leur sonate sur la peau de soie
De votre corps sage, quelques Musiques

Anciennes, venues d’un arrière-pays lointain…
Peu à peu nous nous élevions à la hauteur des Rois,
À la portée des Dieux même si la nuit avait à peine
Jeté son Empire sur nos esprits embrumés.

IV

Bientôt les étoiles clairsemées
Se jouèrent de nos langueurs.
L’avenir demandait grâce
Au Temps qui passe !

L’avenir imprudent approchait son museau
Insensible dans le creux de votre décolleté.
Tel un animal en quête de liberté
L’avenir ouvrait sa gueule aux dents d’ivoire !

Mais il aurait fallu sans doute que l’Aube vînt plus tôt
Nous peindre sa Joie immarcescible !
Nous rendre prompts au Bonheur d’être deux,
Avec tous ses bruissements invisibles du petit matin…

Il aurait fallu sans doute que les glaïeuls de la contre-allée
Nous intimident un peu moins, que les asphodèles
Non loin nous assagissent davantage, elles qui faisaient
Penser que nous avions peut-être été trop loin …

Il aurait fallu sans doute que nous cultivions encore
Et encore toutes ces vertus cardinales en matière d’Amour,
Avant de nous croire autoriser à braver nos instincts,
Avant de nous embrasser sans fin…

Il aurait fallu sans doute que nous apprenions patiemment
L’Art de nous aimer avec passion, avec tendresse,
Avec sensualité, avant que la nuit n’obscurcisse nos sentiments,
Avec ce Plaisir si particulier que l’on a de se perdre …

Mais les fruits avaient jeté indifféremment leurs parfums
Dans la mêlée. J’entendais que vous soupiriez
D’avoir su résolument exprimer votre soif !
La nuit pleine feignait de nous avoir concédé,

A l’occasion, toute sa virginité. Mais il n’en était rien.
La nuit n’est jamais aussi généreuse
Avec les humains qu’elle sait l’être
Avec les étoiles !

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