I

 

Il y avait quelque temps déjà
Que j’espérais faire
Connaissance de
Quelqu’un qui vous
Ressemblât.

Un Soleil resplendissant dans une ville de brouillard !
Une lumière ardente dans une rue blafarde.
Une flamme étincelante quelque part dans la nuit,
La Beauté azurée d’une Musique étrange
Aux mélodies de hasard !

Il y avait quelque temps
Que j’espérais frôler
Cette Beauté fatale, fut-elle incendiaire,
Avec la Douceur suave pour compagne,
Et la Gentillesse amicale pour servante !

Indocile autant que mystérieuse,
Susceptible d’inspirer au Poète
Un doux moment de fête !
Belle, d’une Beauté inquiétante,
Sensuelle, irrésistible, rieuse !

Les traits subtils de son visage
Dessinaient, comme durant le matin de sa Naissance,
Les traits délicats d’une vierge antique.
Ses deux yeux bleu-noisette magnifiques
Semblaient avoir été créés par un Maître de la Renaissance.

Son visage apparaissait avec toute la délicatesse
D’une porcelaine ancienne.
Son nez fin et sa bouche au rouge incarnat
Composaient une tendre harmonie avec
Ses joues roses et sa chevelure d’ambre !

Lorsqu’elle me parlait
La tonalité de sa voix semblait comme
Le bruissement d’un cours d’eau
Quelque part en montagne lors
D’une promenade improvisée…

 

II

 

Aux allures que se donnait son visage
Toujours souriant, on eût dit volontiers
Qu’elle détenait naturellement l’Art
De séduire et de plaire sans que cela
Lui coûtât le moins du monde.

On était pris de vertige,
Indépendamment de notre volonté
De l’observer dans la nuit, tandis que sa Beauté
Irradiait partout où elle se présentait.
Ses charmes m’enchantaient vivement.

Cependant il me semble que j’étais bien fou
De souscrire à la douceur apparente
De sa voix et de son caractère.
Sa sensibilité enfantine me séduisait à pas de loup
Tandis que ses deux yeux brillaient

Toujours plus dans la nuit d’encre.
Son sourire incendiait doucement ma raison.
Sa présence incandescente troublait quelque-peu
Ma faculté de l’observer tel qu’elle était
Véritablement. Le paysage derrière elle devenait

Imaginaire. Le temps avait considérablement
Ralenti sa course. Je la voyais désormais
Comme si elle était, en été, sur une rive
De la Méditerranée, à se gorger
De Soleil et de Santé !

Le temps s’étirait pour se figer
Comme une eau stagnante aux abords
De cette conscience troublée que j’avais
De sa présence. Le temps n’en pouvait plus
De s’étendre à ses pieds !

Bientôt il me fallut pourtant prendre la décision,
(On ne quitte pas aisément le feu qui vous rassure, croit-on),
De prendre congé d’elle, de m’éloigner lentement
De ce Soleil ardent qu’elle représentait à mes yeux :
Incandescent et fier sur la grève d’une fin d’été…

 

III

 

J’espérais évidemment la revoir bien vite.
La Beauté a toujours cela de particulier
Qu’après avoir marqué violemment
L’esprit de celui qui se laisse emporter,
Anesthésie sa volonté,

Corrompt son entendement,
Brûle les moindres parcelles
De bon sens, fige dans un sommeil
Hivernal toute son intelligence
Et même tout son jugement.

Je ne savais pas bien
Ce qu’il me fallait en penser.
D’ailleurs ma pensée
Demeurait bouleversée
Au point d’en être subjuguée !

Je m’éloignais ainsi lentement
De ce sanctuaire où figurait encore
Cette déesse païenne que je venais d’idolâtrer !
Des exhalaisons d’encens imaginaires, dehors,
Accompagnaient mes pas dans le soir

Embrumé. Je ne voyais presque plus rien.
Les ruelles que je traversais disparaissaient
Une à une. La nuit était remplie d’étoiles.
Tout mon être se souvenait d’elle bien-sûr,
De sa lancinante Beauté,

De ses mains dansantes dans la nuit,
De ses doigts si délicatement effilés,
De son sourire ineffable, de son regard
Toujours aussi bouleversant de clarté
Quoique de plus en plus noir !

Il y avait quelque temps
Que j’espérais faire
Connaissance de
Quelqu’un qui vous
Ressemblât.

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