I] « Ce sont leurs manières … ».

 

Cette nuit qui se fait
Déporte leur Chant
Aux plus fines charnières
De leur Corps !

Nulle mansuétude, là-bas,
À la cime de leur visage.
Ce sont des madras
Qui caressent leur âme !

Bien peu cependant. Si peu même
Que leurs drames semblent d’argile.
Frêle étoffe, douce étoffe :
Rien de plus que de végétal.

Et pourtant, à craindre excessivement
De lointaines solitudes, leurs forces d’enfant
S’exaspèrent, leurs sourires désertent
Les plus ternes magnitudes !

 

II] « Après tant de jours sans raison … ».

 

Après tant de jours sans raison,
Avec la craie des sables bleuissants,
Leurs corps d’amour
Se sont assombris …

Tout au long de la nuit,
Les parois de leurs cases
Ont appris cette solitude
Des lieux de grands Sacrements !

Dès l’aube jaillissante,
( Que vous disais-je ? )
Nulle prêtrise à la table
De leurs abris !

Puis, au soir où la Nature
S’est accompli :
Nulle pressentiment pour offenser
Leur soupir.

Enfin, après tant de jours sans raison,
Leurs forces s’égarant par nature,
Les capsules offertes de leur désinvolture
Rejoignent les ratures de leurs gestes …

 

III] « Ce sont leurs façons … ».

 

Ce sont leurs façons.
D’ailleurs, le soir n’est pas si loin
Qui les confirmerait.

Même le jour de leur divorce
Il y a quelques mélancoliques
Sentinelles qui les détiennent.

Leurs prunelles
N’ont pas d’égard
Envers leurs dentelles …

Quant à leurs gestes sans amorce
Ce sont d’autres façons encore
De s’approprier l’alentours !

 

IV] « Ce sont leurs opinions … ».

 

Ce sont leurs opinions.
Oui nous le savons. Les jours auxquels ils aspirent
N’existent que dans ces fanions immatériels
Que constituent leurs gestes !

Ce sont leurs coutumes.
Ni sourdes ni moins lestes.
D’ailleurs, même avec toute
Leur ambition d’athlète,

La lumière du jour
N’a jamais abaissé
Leur fière vocation
À de plus simples gestes !

Ce sont leurs coutumes.
Plût aux pierres enfin
Que leur mémoire
Ne disparût

Complètement,
Avec cette brume
Qui parfume leur présence
Tout au long de leur aire…

 

V] « Ce sont leurs prestations … ».

 

Ce sont leurs prestations.
Plus tard, leur échine
Se courbera pour les travaux
De la nuit.

La Justice de leur Corps
Sera-t-elle rendue ?
Leurs membres équatoriaux
Soulèveront-ils des impostures ?

Et que dire,
Entre vivants,
De leurs ventres qui danseront
Avec les marées ?

 

VI] « Si peu leur suffit … ».

 

Si peu leur suffit
Pour que la pluie
N’agrandisse encore
Leur joie ou leur peine.

A tel point
Que la Nature s’est faite
Leur confidente, le sanctuaire
Immense de leurs émois.

A tel point
Que les forêts de leurs membres
Se sont faites les forêts vierges
De leur destin.

 

VII] « Cette nuit n’a rien laissé … ».

 

On l’a bien vu. Cette nuit n’a rien laissé
De neuf …
Le sommeil a si peu effacé
De leur mémoire.

Leur Corps peut-être
Moins engourdi
Que la veille.
Quant à leur sourire

Où tant puise leur charme,
Peu s’en faut
Que le petit vent du matin
N’y remédie.

 

VIII] « Ce sont leurs sentiments … ».

 

Ce sont leurs sentiments.
Non loin, sans doute,
Sont-ils différents.
Ici du moins :

O ce bain permanent
D’ivresse
Qui nous vient
D’êtres inconnus.

Que sont donc leurs postures
A côté de leurs paroles chantantes?
Serait-ce, au fur et à mesure
De leur santé,

Que les pentes de leurs volonté
Les conduisent à d’autres Vérités ?
Pour l’heure, ce sont leurs sentiments.
L’hivers d’ailleurs est encore loin

Pour contredire leurs couleurs d’Âme.
L’aube souveraine, très sûrement
Pour longtemps hors d’haleine
Et de leurs façons.

Que sont leurs postures
A côté de leurs leçons de verbe ?
L’été sanglant a jeté
Son encre sur les sables.

 

IX « Avec les étoiles pour point d’appui… »

 

Avec les étoiles pour point d’appui,
Leurs chants sont des cantiques,
Leurs courses :
Des atomes d’éternité !

Et leurs complaintes sur le jour !
Et leur famille de cases,
Haut perchée,
À la cime de quelques arches !

Du plus profond de leur silence,
On peut entendre les marées
Filant leur train d’ivresse.
Le poids des toits sur leurs têtes

Confirme la présence des neiges.
Qu’est-il ce blanc futur,
Au cœur de leurs sentiments ?
Que sont ces coquillages faisant leur plein

Quotidien du grand souffle de mer ?
Depuis peu, les marées enivrées
Des piaillements d’oiseaux
Se sont tues.

Les falaises d’hommes ont raccourci
Leur séjour parmi les sables.
Les femmes appesanties
Se sont assises, avec les étoiles,

Sur le biseau des chaises.
Qu’est-il ce règne de leurs muscles
Qui, le jour comme la nuit, poursuit sans trêve
Les plus chimériques statues ?!

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