I

 

Dans un coffret de porcelaine
On a plié les foulards de soie.
On a battu les tapis de laine
Aux fenêtres sous les toits.

Vous étiez encore endormie.
C’est étrange. Vous n’entendiez rien.
Vous avez ouvert les yeux à demi,
La lumière blanche vous faisait du bien.

Dehors, le froid arguait ses ardeurs.
L´aube même n’y résistait pas.
Pas le moindre oiseau, la moindre fleur.
De soleil l’azur faisait son repas.

Il n’y avait aucun bruit.
Trois larmes coulaient sur vos joues.
On a même posé des fruits
Sur la table non loin des bijoux.

Pourquoi dès lors pleuriez-vous ?
L’histoire ne le dit pas.
Des insectes bleus se dévouent
Sur votre lit d’apparat.

Vous sembliez de cristal
Tant votre peau était blanche.
Votre âme était un dédale.
Votre visage une tour qui penche.

On a débarrassé le lit
Avant que le soleil ne luise,
Du moindre de vos délits
Avant que vos yeux ne se brisent !

 

II

 

Puis la Mort vous séduisit
En servante court-vêtue.
Et folle vous la suivit
À demi-dévêtue.

Vous vous abandonnâtes
Bien savoureusement
Entre les griffes des deux pattes
Du fauve, mortellement !

Une goutte de sang perla
Sur votre tempe d’albâtre.
La vieille Dame s’en alla
Fendre les murs de plâtre.

Vous restiez allongée
Endrapée et radieuse.
Nul n’aurait pu songer
Vous rendre plus heureuse.

Une brise se leva
Vous dormiez doucement.
Déjà vous n’étiez plus là
Vous nous quittiez lentement…

Depuis, on a balayé l’allée
Quand on apprit l’événement.
Les insectes dans vos draps affalés
Maintenant dorment gentiment.

Dans un coffret de porcelaine
On a plié les foulards de soie.
On a battu les tapis de laine
Aux fenêtres sous les toits.

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