I] Les Aventuriers. Paris, juillet 1990

 

Il est des lieux sinueux
Au sein desquels
L’Aventure humaine

Resplendit. D’ailleurs
Certains fleuves majestueux
En font de temps à autre l’éloge.

Non loin, en bordure des gestes purs,
Le regard des arbres
Importe peu.

Ce sont d’ailleurs,
En ces instants privilégiés,
Les femmes dissimulées

Qui vous poussent vers d’autres bords.
La Nature en ces endroits
Déborde d’impatience.

Les corps droits et forts
Des hommes offrent
Quelques décences.

La lumière indiscernable de l’aube
Décide pourtant de tout cela
Qui importe au jour naissant.

L’Aventure non loin
Peut consister à ne rien faire d’autre
Qu’à s’allonger sur la grève.

Et même si un vent peu prudent
S’évertue à réveiller partout
Les consciences, qu’en même,

Les aventuriers s’éprennent.
Et même si le soir peut approcher
Aussi près que possible

Les solides que nous sommes,
Qu’en même,
La Beauté s’éprend de tout :

Les rivières avec les pierres,
Les soleils avec les vents,
La lumière avec l’ombre de nos pas.

Puis sourire tant et tant pour
Se grandir davantage.
Mais que de travaux longtemps

Courbent les plages ?!
Bientôt, certains parasols
Prennent le parti

De la courbure des sols.
Certains orages par la nuit
Excitent longuement

Les corps enchevêtrés.
Certaines pluies inaltérées
Lavent quelquefois

Les désirs les plus inaltérables.
Puis, pour chanter longtemps
Leurs parfums évanouis,

Les roses nouvellement défuntes
Investissent sans compter
Les bosquets les plus étroits,

Derrière les dunes délaissées
Ou les jardinets de l’Enfance !
Hélas, maintenant que nos songes

Nous ont conquis, le crépuscule
Incendié puis assombri pousse
Bientôt son râle de vieillard !

Les étoiles que l’on devine
Comprennent bien-sûr
La supercherie.

Il n’empêche. Les plages
S’écartèlent après le passage
Impromptu des corps pesants.

L’on murmure même
Qu’il eut mieux fallu
Ne pas s’étendre

Le long des féminités !
Ne jamais prétendre
Un murmure déplacé !

Mais les temps sont passés
Où les soifs ont eu leur
Gloire.

Et les plaines ont eu cette chair
Que la chair des femmes
N’enviait pas.

Et les plages ont gagné des soupirs
Tendancieux. Et nos amours
Même ont voulu si fortement

Tant de nouvelles aventures
Qu’il a fallu que nos cœurs
S’embrasent.

Fussent-ils impurs, nos cœurs,
Avec nos âmes volatiles,
Nos rêves de conquête,

Nos fièvres subtiles ! Puis,
Il a fallu que s’éteignent
Les feux lumineux

Des campagnes, le soir, la nuit,
Ces phares bleus et jaunes
De nos nouvelles Conquêtes !

 

II] Les Conquérants. Paris, juillet 1990

 

Quelles épousailles offrir à ceux qui,
Étendus le long des rives,
Habitués depuis l’enfance
Aux soupirs naturels des mers,
N’ont pas plus d’humeur particulière
Face à l’adversité
Que le vol silencieux et lent
Des grives chapardeuses ?

Avec le mouvement précis et sûr
De l’éternité qui nous attend,
Que leur clamer de plus encourageant
Que ceci :
« Un instant du Jour naissant
Vaut mieux certainement
Qu’un instant
De votre Beauté ! »

Supposons qu’il en soit ainsi
Et que les herbes folles natives des dunes
Nourrissent d’exigence les fleurs votives.
Pour autant, que dirions-nous de tout cela,
Nous qui nous apprêtons à l’écrire ?
Tout cela allumé nouvellement de feux
Incertains et curieux et que le souffle
Même d’une brise suffit à attiser.

Pourtant, bientôt,
Pour étrangler le jour naissant
Quelques parapluies se sont ouverts.
Dire qu’il plut serait mentir
Et se taire serait ne rien dire.
Mais comme ne rien dire serait, aussi,
Mentir, en fait la pluie n’entendait rien d’autre
Que sa volonté de pleuvoir.

D’ailleurs, le long des grèves,
Tant de regards conquérants
Ont fait resplendir l’autre hier
D’errants éclairs par le ciel dément,
Non loin des baleines nonchalantes
Enfouies au fond des océans.
Puis, sur la côte, en bordure
Des féminités, les charmes

À hélice se sont longtemps prémunis, l’été
Durant, du caprice des éclairs trop ardents.
Et la chanson des amours oubliés
Dit cela aussi que les étoffes,
Fussent-elles les plus soyeuses,
Accompagnent toujours le pas
De celles que les conquérants
Accostent.

Ainsi, les fleuves allongés comme des corps
De femme, rapidement se sont débarrassés
De leurs larmes. Aujourd’hui,
La grande prière des conquérants
Se lèvent lentement :  » Armes dressées
Vers les sentinelles des sentiments,
De bien rares orages comblent le ciel noir
D’éclairs blancs et de lumières ardentes !»

Ainsi, jadis, attristées
Et déçues, toutes les fiertés
Ont accusé l’intempérance des rires,
L’indigence des esprits,
L’impureté des sables.
Mais l’on sait bien que ce sont elles :
Idées de conquête aux conquêtes reconnues
Les coupables de ces requêtes inassouvies.

Ainsi, pour éteindre
Le moindre feu spirituel,
Supplice des amours imaginés,
Les conquérants ont longtemps feint
D’être séduit par ces feux mêmes
Qui, en d’autres temps
Et sur d’autres rives,
Les auraient trahis.

Ainsi, et afin
Que s’enfouisse pour se taire,
Au plus profond des mers,
Le hoquet silencieux des baleines éplorées,
Je sais des conquérants passés, de jour en jour,
D’assauts paillards en frôlements amoureux,
De tapages assourdissants
En travaux d’horloger !

Ainsi, quelles épousailles offrir à ceux qui,
Étendus le long des rives,
Habitués depuis l’enfance
Aux soupirs naturels des mers,
N’ont pas plus d’humeur particulière
Face à l’adversité
Que le vol silencieux et lent
Des grives chapardeuses ?

 

III] Les Insoumis. Paris, juillet 1990

 

Les vents de l’autre soir
Ont eu de tels clins d’œil
À l’égard de nos nuits
Que les pas, sur le sable,
Des hommes trop légers
Se sont effacés.

L’orgueil majestueux des saisons
A tenté de freiner ces élans
Avec le temps.
Mais, trop légèrement vêtues,
Les jeunes adolescentes ont auguré
Des matinées de départ.

Bien-sûr il y eut les conquêtes.
Bien-sûr il y eut les aventures.
Certains esprits crurent bon, même,
De s’étendre le long des marées.
D’autres parfois d’apprivoiser les soirs.
Certains encore d’envisager le pire.

Aujourd’hui, les hommes filent leur train
D’ivresse. Et les corps moites encore
Des frénétiques rapports
Implorent l’arrêt des regards tentateurs.
Les yeux verts de celles qui s’abandonnent
Suggèrent bientôt que les lumières s’enflamment.

Et les peaux douces des féminines stations,
Les jambes comme des arcs-en-ciel,
Tout, sans oublier
Les clins-d’œil tentateurs,
Participe aux insoumissions.
La mer vieillissante se dresse.

Et même l’Océan avec le ciel
Revendiquent à leur tour
La mission de parrainer
Les cœurs jeunes.
Puissent parvenir à leur fin
Ceux-là même que le désir soumet !

Puissent les ruelles encastrées
S’aventurer davantage maintenant
Que la nuit emprisonne le ciel ! Maintenant
Que les mains lourdes et massives
Des Amants applaudissent aux
Accomplissements des Corps !

Et, plutôt que de laisser se perdre
Des matinées entières
Où les désirs s’écartèlent,
Fasse que les mots séducteurs,
Portés aux choses convoités,
Lentement disparaissent.

À présent que les jambes ne tremblent plus,
Que les compagnes de nos lassitudes
Se sont endormies, le sommeil
À son tour a gravi les marches
De nos soupirs et de notre hébétude,
Les prémisses de notre Ennui.

Et nous gagnons bientôt d’autres convenances
Depuis que la campagne,
Traversée d’oiseaux rapides,
S’étire, s’étire éperdument,
S’étire le long de nos souvenirs.
Or la nature n’a jamais eu la moindre rancune.

La nature, jamais la moindre amertume.
Insoumis ou passifs,
La nature vous récupère
Pour la vente aux enchères
Des herbes les plus folles,
Des herbes les plus vierges !

Mais comment oublier ces flammes
De jadis qui vous ont pourtant apprivoisé ?
Avec leurs intentions de bien faire,
Leurs minuties dans leurs façons de faire,
Même si, durant tout ce temps, bien inutilement
Tant de parapluies se sont ouverts ?

Avec les pierres qui roulent dans la rivière,
Les épousailles se sont tues dans le lointain.
Jadis conquérantes, les grives chapardeuses
Ont adoubé nos aventures.
De nombreux gestes confiants ont ouvert
De belles pages blanches aux écritures fidèles.

Des phrases entières se précipitant au sommet
Des falaises, ont fréquenté quelques vertiges.
Et vous, femmes dissimulées,
Vos ailes se sont levées
En l’honneur de l’amour,
En l’honneur de vous-mêmes.

Et vous, femmes inachevées,
Les arbres rugueux et fiers
Des allées brûlent de vous accompagner.
Pourtant, Maîtresses convoitées et insoumises,
L’Or du soir jette ses voiles de soie
Sur la peau de vos ébats imaginaires.

Suavement, l’impudicité de nos âmes
Dépose ses fragments de bonheur
Au pied de nos maladresses.
– Mais que la lumière est ardente
Quand il s’agit d’offrir son âme
Aux tribulations des vents.

– Mais que les fleurs sont vives
Et bouleversantes quand il s’agit
D’applaudir aux promesses de santé !
Puis, aux airs qu’elle se donne, la féminité
Du jour à venir peut bien se tordre de plaisir,
Rien ne nous rassure, au contraire.

Silencieusement,
La beauté gronde son évidence
À cette lumière soumise et inquiète.
Puis, aux airs qu’elle se donne,
L’insoumission peut bien courtiser
Les conquérants que nous fûmes,

Ou que nous avons cru être.
Il est des vents alléchants,
Dissimulés aux abords des conquêtes,
Que la nuit même n’effraie plus et
Que le mystère des forêts et des champs
Au pied des rivières ne trouble jamais !

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