L’autre hier, on a vu les plus hauts sapins verts
S’enorgueillir de côtoyer les cimes.
On a vu les troupeaux de grues sauvages
Délester les rimes de leurs contours,
Pourfendre leur engeance à la barbe des vents.

Et de cette race de volatiles haut perchés,
Il ne subsiste désormais que celle des sables
Lourds et orientaux : uniquement ceux et celles
Qui ne parviennent plus désormais
Qu’à l’accoudoir de leur séjour.

Même les mots du poète, dans la foulée,
N’atteignent pas la surface de leur ailes
Même les plus beaux poèmes, les plus belles
Phrases n’accomplissent plus leur envol,
Mais s’accroupissent plutôt à leur base.

L’autre hier, on a vu l’écorce s’émietter.
Quelquefois certains bois se décomposer.
Mais on a vu encore, derrière les brumes
Et les feux d’automne, les plus hauts sapins verts
S’enorgueillir de côtoyer les cimes.

____