I

Ce fut parmi les orangers
parmi les oliviers…

Ce fut parmi la doucereuse
Langueur des corps assombris,

Couleur de brique de l’été,
Tandis que les pierres légères

Comme des citadins nageaient
Au milieu des eaux.

II

Parmi les prairies blondes emplies
D’oiseaux pondeurs de fruits

Que vacillèrent bientôt
Dans l’air les parfums rares

D’un instant rare aussi. Chacun
Avait pour soi son secret. Chacun

Détenait l’Univers tout entier
Dans sa case, à sa seule portée.

III

Au fond des ruines,
Chacun immensément éloquent !

Tantôt semblable au jour
Qui s’en va derrière le Soleil,

Tantôt pareil aux familles
Pauvres de bédouins

S’enfuyant derrière les sables éternels,
Marchant par-devant le troupeau…

IV

Mais s’il reste quelque jour
Une terre vierge quelque part

Les hordes passeront plus tard.
Les étoiles lentement

Chasseront leurs aînées.
Et les vents prometteurs

Bouleverseront les projets
Des barbares et toutes leurs barbaries…

V

Et s’il demeure quelque ombre
Au désert essentiel,

Là où tant de comètes suivent
Solitaires et légères

Leur route d’incandescence,
La seule rumeur des voix

Et des marches dans les sables
L’effacerait bientôt !

VI

Nul Ange n’est au Monde
Parmi les chairs claires de l’enfance !

Nul Ange ne prend part
Au festin que depuis toujours

Leur promettent les hommes !
C’est dans la fraîcheur d’un matin d’Oran

Qu’à la toute première heure de l’aube,
J’ai vu, avec ces fastes lumières d’Orient…

VII

…La nudité chaste et fière
D’une grève empourprée

S’offrir au souffle non moins fier,
Non moins chaste

D’un grand vent salé
Venu de la mer…

Ce fut parmi les orangers
parmi les oliviers…

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