Ce sont quelques bleu nuit qui jalonnent
L’horizon. À côté des terres cultivées,
Les jardins turquoises de la contre-allée
Tentent d’apprivoiser un ciel

Un peu trop sombre. Les peupliers
Quant à eux nous rassurent avec leur aspect
Rectiligne et sérieux. Mais leur couleur importe
Peu. D’ailleurs c’est à leur ombre majestueuse

Qu’ils doivent la noblesse de leur profil. Toute
La Nature se fait et se défait dans la lumière
Improvisée du couchant. Le temps n’existe pas,
Certe, du moins il semblerait. Et pourtant

Le ciel immense vient de quitter ses propriétés.
Bientôt la nuit s’empare de tout et de rien. Oui.
C’est donc bien que le temps existe. Un grand
Bleu cobalt tirant parfois sur le noir dépose

Un peu partout ses tâches de crépuscule.
Même le petit vent du matin ulule puis s’éteint.
Après quoi l’aurore affute ses premiers émois.
Les jeunes feuilles frissonnent encore une fois.

Et maintenant qu’il fait jour complètement
L’azur enflamme l’esprit encore ensommeillé
Des hommes. Mais qu’ils aient les yeux bleus
Ou les yeux verts, la peau sombre ou plus claire,

Ils s’en moquent bien. Avec ironie ou sarcasme
Ils sourient en eux-mêmes inlassablement
À toutes ces couleurs qu’ils ont cru voir, la veille,
Ou imaginent plutôt les avoir inventées.

Ce sont quelques bleu nuit qui jalonnent l’horizon…

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