Ils vivent aujourd’hui de la sorte
Parce qu’ils vécurent jadis autrement.
L’assurance qu’ils eurent en d’autres temps
D’une jeunesse étonnante
Bien-sûr leur fut acquise.

Tant de fleuves impérieux
Entreprirent de les émouvoir,
Qu’à ce jour peu leur importe
La lente et inexorable évanescence
De leurs amours.

Il faut les voir maintenant,
Et même depuis longtemps,
Pour savoir ou deviner du moins
L’empreinte qu’ils oublieront de laisser
Après être partis.

Ils vivent aujourd’hui de la sorte
Parce qu’ils vécurent jadis autrement.
Que l’on m’apporte la preuve
Qu’ils n’ont su conquérir que
L’âme fragile et incertaine

Des femmes séduites finalement,
Et je fais peu crédit au commerce
De leur Charme.
Il n’y a pas de Raison
Là où les paroles s’appesantissent !

Il n’y a pas de répit
Pour ceux qui, au jour le jour,
Négocient avec le soir immense
La façon de faire mourir le jour,
Ou de vivifier leur Espérance.

Il n’y a pas que l’appesantissement
Des mots choisis, à côté des autres mots,
À l’intention des esprits ensommeillés.
Il y a aussi, pour peu qu’on se le dise,
Au tournant des grands fleuves

Et dans l’embrasure d’une jeunesse
Tonitruante, l’idée simple
Que l’on s’est sans doute trompé,
Et que ce que l’on prit
Pour des esprits ensommeillés,

N’était que l’effet produit par la séduction
Comme un poison inoculé, tandis
Qu’on ne faisait mourir ni le jour
Ni le soir, ni, au jour le jour,
Notre volonté de séduire.

Ils vivent aujourd’hui de la sorte
Parce qu’ils vécurent jadis autrement.

___