I

Ô fleuves inédits de nos Vies
Que laissez-vous les larmes salées de l’envie
S’écouler de nos amours attiédis ?

Et, comme au jardin des désirs suspendus,
Aiguisent leurs ailes les grives chapardeuses,
Que mouillez-vous sitôt nos rives sans âge ?

II

Ô filles maudites de nos âges, que savez-vous
De l’émouvante candeur de vos gestes, vous qui n’avez
À cette heure que l’âme souriante des conquêtes ?

Ô fleurs muettes des palais,
Que parfumez-vous longtemps
Le front des princes ?

III

Et, comme l’azur immense séduit l’azur aussi
Qu’épanchez-vous, Soleils à venir, vos rayons purs
Et froids sur le papier de nos Âmes ?

Ô pures fontaines des jardins cristallins,
Qu’écoutez-vous, par dessous la lune émotive,
Le chant marbré de quelque grive ?

IV

Et les fleuves accompagnent
Longtemps, toute une vie
Quelquefois, les filles sans fleur

Et sans apparat, jusqu’aux
Fontaines dépourvues d’eau
Des parcs qu’elles traversent.

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