I

Au fond de l’allée la maison s’endormait.
Aux lunes bienveillantes, les jours
Qui l’ont suivi des yeux, déposaient
Leurs heures passées telles un présent d’adieu.
Quand nul n’avait sa place en ce monde
Éventé, derrière le jardin peut-être,
Le gazon sentait bon.

La glycine reprenait son concert habituel,
Ses parapluies d’émeraude, tout en s’ouvrant
Aux yeux du ciel, peignaient d’étranges
Dédales souvent aux plâtres fatigués.
Il fallait assurément d’autres pastels,
D’autres ombres à cette lumière
De mèche avec l’aurore.

– Promettre un soleil cuisant même
Sur un parquet ensommeillé ?
– Soumettre l’azur aux langueurs
D’un sommeil bien ordonné ?
Les jours passèrent. Le temps qui demeurait
Ne s’inquiétait de rien. Les murs blancs ouvraient
Aux âmes frêles leur silence de volière…

II

Puis la verrière ombragea les regards menacés.
Depuis, le temps comme une carte ancienne
S’est replié. Et la face retournée s’est imprimée
Au centre. On a eu beau tiré les lits jumeaux
Jusqu’aux limites des fenêtres, les draps
À nouveau sont beaux et les feuilles d’arbre
Demeurent salissantes.

Déjà, à l’époque des reflets et des glaces,
La salle d’eau s’humidifiait dans les vapeurs d’eau.
Déjà, les petits objets que l’on voyait
Avaient leur vie secrète :
Le coffre avec l’édredon,
Les assiettes avec le livre d’enfant,
Le banc avec le parquet.

Bref, que nous fussions ou non discrets,
Tout s’organisait en silence
Une Fête aux immobiles !
Le barrage, non loin du village,
Barrait l’Oise en deux cours d’eau
Distincts. En cas d’orage, le soir venu,
La ciboulette rendait l’air délicat.

III

En compagnie des fleurs,
Longtemps les heures se plaisaient
À exciter les fillettes. On entendait ardemment
Craquer les bois des sentiments,
Les soupirs d’agrément
Étendre leurs fondations
Jusqu’au désert des chambres.

Et tandis que le ciel du plafond
Constellait l’azur d’inutiles espoirs,
Nos membres alanguis et défaits
S’emparaient de toutes les folies.
Quand il ne pleuvait pas,
Ce n’était certes pas à Pâques,
Il pleut toujours le jour de Pâques !

… C’était la nuit qui se nourrissait de la terre.
Et les oiseaux pleins d’eau de cette nuit
Fermaient leurs ailes au monde.
Et les pigeons aussi se gorgeaient
De sève naturelle. Pliées et froissées,
Les racines creusaient nos mains divines.
Nos yeux perdaient pieds dans nos regards.

IV

Puis l’azur se déroba.
Aux campagnes nouvellement abreuvées
La voie de chemin de fer se révéla.
Là, nos soupirs se turent
Quand ce ne fut pas nos désirs.
Ici, nos élans se plurent
À peindre la neige.

Partout une flore saupoudra
Ses instincts naturels aux animaux instantanés.
La lune dressa ses pavillons maternels.
Et je voyais la route filer sur le dos des chenilles,
L’asphalte se dérober aux frissons de nos pas,
La Nature splendide et émotive apporter
Ses couverts au festin que nous convoitions.

Quand l’herbe se fit nouvellement humide
Je retournais à l’origine
De ma Naissance.
Là, non loin de l’aube, le parquet ciré
Dressait fièrement ses lames de chêne.
Ici, les poupées écloses des coussins
Baillaient isolément.

V

Partout la férocité du Silence grondait
Pesamment les amours inaltérés.
Le soleil avec lui-même se disputait
Sa propre lumière.
L’on murmurait
Des embruns de paroles aux soupirs
Transitoires.

Les arbres fruitiers devenaient veufs
De leurs coutumières façons
D’appréhender les vents.
Le jardin s’en doutait.
Le jardin s’en méfiait aussi
Même s’il préférait cerner le commerce
Secret des graviers échangistes.

Le portail, pour peu qu’on le flattât,
Promettait longtemps aux visiteurs à venir
Ses grâces d’accueil.
Malgré tout, je décidais de reculer,
De m’effacer, de m’éloigner.
Je percevais avec stupeur
Les Chants immédiats de la pluie.

VI

Je devinais instamment les tuiles
Des toits arpenter une à une les gouttes
Du ciel. Les arbres, témoins des lieux,
Tentaient de séduire le fleuve une dernière fois.
Je m’apportais l’ensemble des alchimies
Advenues dans ma mémoire. J’employais
Ma Conscience aux jeux inconscients.

Je pouvais défendre maintenant
Mes lunes maternelles, mes greniers investis,
Mes plafonds bienveillants, mes salles d’eau embrumées,
Mes branches délaissées.
Là, je rouvrais leur chair meurtrie
Au caveau de la mémoire.
Ici, j’applaudissais leurs airs nouvellement fredonnés.

Partout, je renaissais
Dans des foulards
De soie,
Non loin de ce soir familier où,
Gentiment,
Au fond de l’allée,
La maison reposait.

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