Si le temps n’avait pas façonné son Oeuvre,
Son Œuvre éblouissante, je vivrais encore.
S’il n’avait point prolongé son éternel Office,
Je dormirais encore peut-être
Non loin de mon Amour,
Mon Amour qui m’oublie.

Si le temps n’avait pas fait chanter
Les oiseaux dans les arbres
Plus longtemps que cette mort à venir,
Je soupirerais encore, qui sait,
Non loin de mon Amour,
Mon Amour mort.

Si le temps n’avait pas fait toute plante
S’éteignant, doucement s’éteignant
Dans le lointain de mon âge,
J’aurais encore sans doute
De ces réveils splendides non loin
De cette fleur unique, unique à mes yeux.

Si le temps, au contraire, avait autorisé
Au jour de ne point tant s’essouffler
Poursuivi qu’il est toujours par l’Ennui,
J’aurais su alors peut-être cela qu’il eut fallu
Dire à ce jour éclatant, avec assurance,
À cette pluie battante et forcenée.

Si le temps quelquefois s’était pris d’affection
Pour cette plage immense de Grèce au sable doré,
Pour ce lit en étage où désormais l’ombre est grande,
Pour cette bibliothèque aux reliures mordorées,
Pour cet hôtel sordide, à Sète, souviens-toi,
Non loin des falaises,

Pour Florence, pour Varese, pour Athènes,
Pour toutes ces villes, tous ces lieux, tous ces instants…
Si le temps s’était assoupi,
Seulement pour moi,
Et ne plus se lever que sur les autres hommes,
Épargné dès lors, je vivrais encore d’une vie décente.

Avec tous les égards je saluerais
Le passage des soleils,
Je glorifierais même toutes les pierres,
Toutes les tombes, tous les sanctuaires,
Je vivrais simplement avec le regard apaisé
D’un homme sur les choses et sur les êtres.

Si le temps n’avait pas façonné son Œuvre,
N’avait point prolongé son éternel Office,
Je vivrais encore, je vivrais encore.

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