I

Il y a de la langueur
À suivre du regard
La nonchalance des dunes,
La prévoyance des sables.

Grâce soit rendue aux lagunes
Que l’onde visite, écumeuse
Et courtoise, noble autant
Que justifiable.

Il y a de ces Secrets inexplicables,
De ces sommeils profonds comme des caves,
De ces mystères tels ces heurts de casques
Au fort de la mêlée.

II

Pluies après pluies,
Tourments après tourments,
Durant la mélancolie
Des repos.

Voici le temps où les terres lointaines
Comme des prairies en attente,
Aux hommes qui ont pris pied parmi leurs aînés,
Dressent leurs politesses de Servantes.

– Ô ces réveils peuplés
Des masques de cette soumission
Aux tribulations des vents :
Ces rêves sans trêve,

Assujettis aux soubresauts
De nos Âmes. Ô ces armes
D’inconstance au flanc même
De nos lassitudes.

III

Hommage soit rendu
À la vague incitatrice.
Révérence encore à celles
Qui n’ont jamais été que mer :

Ô cet Empire infiniment persuasif !
Que peut cette brise
À vos moindres attaches ?
Océan nourricier

Autant que poussif de beautés,
Que peuvent les alizés
Autant que les plus fiers orages
À vos amours clandestins ?

Il y a de la langueur, oui,
Il y a de la tristesse aussi
À suivre du regard la nonchalance
Des dunes, la prévoyance des sables.

IV

Quand, sous cet implacable roulement,
Les sables charment les regards,
Séduisent les esprits,
Le soleil, lui, jette ses derniers feux

Dans le pas des ombres capricieuses.
Quand les surprises de l’été
Fulminent leurs feux d’ivresse,
La lumière de midi fait faillite

À la terrasse des tables blanches,
Sur la place des balançoires communiantes.
Et puis peu s’en faut pour que
Les eaux un peu moins salées du port

N’achèvent leurs clapotis d’Enfance
Dans nos esprits. Et puis vous :
Côtes blanchies des humeurs de la mer,
Laissez demeurer dans leur lit de silence

Les senteurs des algues qui n’ont que
Si peu à voir avec vos ombres sans mesure,
Avec vos jets de soir dans la nuit déjà faite,
Dans la concavité des golfes,

Avec votre azur que même les criques,
Même les presqu’îles ne s’abreuvent
Plus désormais qu’à la gourde
De vos convenances.

V

Certes il y a de la langueur,
Certes il y a de la tristesse
À suivre du regard la nonchalance
Des dunes, la prévoyance des sables.

Et tous les astres me sont
Témoins.
Et tous les astres témoignent
Au procès de cette langueur.

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