I

L’orgueil est aux vivants
L’orgueil est aux vivants
À ce jour depuis toujours

Ce que l’œil morne est au cyclope
Telle une lueur de phare abandonnée
À la nuit. Même le berger des montagnes
Demeure sans vaisseau.

À lire et à relire les pages qui ensorcellent
Tout comme celles qui s’ébrouent au moindre
Coup de vent, moindre courant d’eau,
De brume, moindre parole de sagesse !

Mais cette coupe n’est point pleine
Du vin noir de son haleine
Et cette prose n’est pas un chant
En mémoire de lui.

Au promontoire où l’ivresse est décuplée,
À boire le sang du puissant Polyphème.
À suivre aveuglément la lumière ardente,
Extérieure, sur le couvercle du troupeau !

II

Or ni Neptune, ni quelque Dieu que ce fût
N’aurait pu tromper la main sûre d’un seul homme.
L’orgueil est aux vivants
L’orgueil est aux vivants

À ce jour depuis toujours
Ce que le silence grandissant des nuées
Est aux Océans chancelants derrière le vol des oiseaux.
Et même si nul n’est joué aux vents anciens,

Nul n’est joué non plus aux pliures du temps.
À briser sous nos pas la carcasse éreintée
Déjà, d’un seul élan aux plus profonds bois,
Plus humides forêts, plus funestes trépas.

L’orgueil est aux vivants
L’orgueil est aux vivants
À ce jour depuis toujours
Et que sa face demeure

Aux alizés insondables
L’impassible rigueur !
Et que sa force s’éprenne,
Et que sa voix ne fléchisse point !

III

– O héros sous la voûte éthérée
Des Dieux et des Divinités,
O solitaire des voies lactées,
Étanche l’âme des morts jusqu’en Enfer.

Et par ces muets restants que sont tes frères,
Débauche enfin le Corps des femmes désirables,
Endiablées, chasseresses, belles, inaccessibles.
O lointaines Calypsos.

Aux aurores chargées d’humus et de sel et de sève,
La suave odeur des bras de nymphe,
De leurs jambes, de leur chevelure
Resplendissante,

Avec leurs servantes à leurs pieds durant
Tous ces ans pitoyables, parmi les décombres
Des cases : Là où l’atmosphère si longtemps
Fut témoin de milliards de rumeurs et de cris.

L’orgueil est aux vivants
L’orgueil est aux vivants
À ce jour depuis toujours

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