I

Sont-ils des arbres forestiers ?
Dans le plus grand secret de l’aube,
Accolés l’un à l’autre,
Accomplissent-ils d’antiques arabesques,
Dans la plus vaste solitude ?

Qu’en est-il des portes béantes
De leurs veinures et de leurs racines ?
Et de celles qui longtemps
Evincent
L’accès des intimités ?

II

Qu’en est-il de cette écorce
Des générations ?
À terme surtout,
De cette connaissance
Par alliance d’esprits ?

Et que dire encore et toujours
De cette belle avenue qui se taie
Où les grands arbres fraternisent
Et où les humains n’ont plus
D’âge ?

III

– Observe-toi ! incite le sage.
Des corps, des corps partout !
Observe-toi, homme de paille surtout.
Accolés l’un à l’autre,
Sont-ils des arbres forestiers ?

Et se faut-il, qu’au terme des silences
Évoqués, de cette montée progressive
Des passions intemporelles, la nuit engloutisse
Les chairs avec de délectables
Mouvements de lèvres ?!

IV

L’aventure humaine n’a-t-elle point
Toute licence
Qu’auprès des plus désirables,
Des plus fébriles,
Des plus sensuels d’entre nous ?

Il faut bien croire que non
Puisque le jour n’évapore pas seulement
Les bouffées des nobles Idées
Mais aussi celles des plus basses,
Mais aussi celles des plus lasses !

V

Dans la plus vaste solitude,
Que dire encore et davantage
Peut-être de cette présence
Qui s’accapare tout être
Et qui est l’Être même ?!

– Observe-toi, incite le sage.
Ô ces êtres, ces êtres partout !
Observe-toi, homme de paille surtout.
Sont-ils des arbres forestiers ?
Sont-ils des arbres forestiers ?

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