I

On disait les rumeurs du matin
Bâillonnées au calice des fleurs.
On disait notre Destin
Déjoué aux ornières du hasard.
Très fiers quelquefois,
On disait les oranges
D’un pays inconnu.

On disait l’agrément suave
Des petits vents de l’été
Et leurs perles de cire
Et la rosée de l’aube.
On disait parfois même
Les rumeurs d’autres lieux
Que celui-ci :

Ceux-là encore où nul n’advient,
Ne désespère
Ou bien même ne cultive
La moindre Espérance ;
Ceux-là autres qui, faute
De jour, éclaboussent la nuit
De leurs ornières.

II

On osait dire de cet astre
Brûlant et sifflant dans la nuit
La nonchalance et la torpeur.
On disait longuement
La Prière solennelle du fidèle et
Le rire malicieux de la pierre
Sous les marches de l’autel !

Et puis quoi ?
La terre vierge bien-sûr,
Qui est l’antre de nos ventres
Et de nos marches !
On disait les pures presqu’îles
Aux grèves d’or et
De bronze.

On disait les fruits mûrs
De soleil qui les bronze.
On osait, pour ainsi dire,
Effleurer les bras calmes
Des vagues, les palmes
Ecaillées du silence, les
Atomes aiguisés du Soleil.

III

Et tout cela sans pudeur,
Et tout cela sans pudeur.
Puis, devant l’arbre
Qui est un arbre ancien,
On disait le salon
Qui est un pavillon,
La vestale de marbre éplorée !

– On disait les rumeurs
– On disait les pudeurs
Longtemps
Entre vivants.
Et les oiseaux empaillés
Occultaient l’azur des humains
De leur envol immobile.

– On disait les rumeurs
– On disait les pudeurs
Et on disait toujours
Longtemps
La rancœur tenace des esprits
Et l’odeur âcre
Des sables.

IV

Quelquefois, d’un lieu-dit,
Soit disant aux mille vestiges
On disait la beauté, ma sœur,
Et la virginité des fleurs !
À l’ouverture symphonique,
On entendait le bruissement
Des cordes et des souffles !

On osait dire très souvent
La faune et la fusillade
De nos humeurs.
Dès l’instant prosodique
Des nobles chasses,
On ressentait
Intensément,

Avec l’haleine des bêtes
Et le souffle haletant de leur course,
Le frisson des buissons,
L’ esclaffement de la clairière,
Les meurtrissures subites
Finalement de leur chair
Et de leur esprit.

V

Non loin,
Au dessus du bougeoir,
Les gros comme les petits nuages
Feignaient entre eux,
Vers l’azur noir,
De s’apprivoiser.
Mais ils n’en faisaient rien.

D’ailleurs,
Plutôt narquois et solitaires,
Ils préféraient se chamailler les cieux
Avec les coups de vent
Ou les brises légères de l’aube,
Se blessaient leurs ailes d’ange
Avec les éclairs.

Puis,
Tel un enfant dans le soir,
À la mansarde ouverte
Et aux yeux pleins d’histoires,
On disait certes
N’avoir rien compris
De ces brouillards blancs.

VI

De ces anges qui s’approchaient
De nos visages,
On disait
Ne pas les avoir aperçus.
On disait
Qu’il ne s’agissait point d’eux,
Qu’ils eurent bientôt fait de disparaître.

– On disait cela que nul ne croyait
Véritablement.
– On disait cela longtemps durant,
Entre vivants.
– Et puis ce rêve ancien
Qui ressurgissait quelquefois,
Étrangement,

Bien-sûr que nul ne disait l’avoir eu
Pour songe, l’avoir même imaginé.
Et ce Poème
D’une très antique nuit
Ne chantait rien de plus
Que les rumeurs du matin
Bâillonnées au calice des fleurs.

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