I

Jamais
La mer n’est plus amère
Qu’en tout temps d’allégresse.
Jamais plus étale
Qu’après l’insomnie.

Toujours
Cette mer avant la mer même
Toujours cette dune avant les sables.
Et de nouer les grèves
Avec nos chairs,

Cet ogre d’aigreur et de givre
A suffi cette nuit
De dissuader les vents.
Et de racler les falaises
Avec nos larmes, le jour a suffi

Pour que les bruines fissent l’enfuir.
Ah cette mer
Avant la mer même !
Ah cette dune
Avant les sables !

Et même si, de loin en loin,
La houle a creusé des tranches de mer,
La mer a séduit des paquets d’océan !
Et même si nul n’y fit son port de répit,
Nul n’y fit son lieu de conquête.

Ailleurs, non loin pourtant,
Jamais la mer ne fut plus ardente
Qu’étrangement imprudente,
Jamais plus désirable
Qu’au flanc de ses amants.

 

II

 

Et les hommes n’ont point failli
Derrière ce miroir.
Les hommes, dont je suis,
N’ont jamais failli
À la face de ses bancs.

Et si l’heure est à la mer,
Et si l’heure est à l’amer,
Loin s’en faut d’approcher
Son portrait. Fort s’en faut
D’égrener ses reflets.

Et tandis que de goutellettes
Les pluies drapent l’horizon,
Les terres s’en réjouissent avec
Les pierres, les cultures, les
Jardins au dessus des falaises,

Les terres de varech
Non loin des sépultures.
Et même si, de loin
En loin, la houle vient
De creuser des tranches de mer,

Pourquoi faudrait-il, durant
Les orages ou les grands calmes,
Agenouiller notre âme à ses côtés,
Evertuer son Chant
À ses respects ?

 

III

 

Et nos rames achalandées de sueur
Feront bientôt basculer les barques
Sous les coups de volet
Venus des mers.
Et nos âmes

Sous les coups de chapelet
Rangeront nos âges à leur côté.
Puis toujours, puis toujours
Afin que certain se soit contenté
De ces silences et de ces repères,

Nos courages feront naufrage !
Nos grands âges feront naufrage !
Et si les bruines ont fait qu’il s’apaise
L’ogre d’aigreur et de givre,
Nos ombres d’humain

Par devant les ossuaires
Justifieront les orages
Bien avant les grands calmes.
Et si les bruines ont fait qu’il s’apaise
L’ogre d’aigreur et de givre,

Nos pensées,
À jamais transpercées
De Raison,
Justifieront nos courages
De leur fière Mémoire !

Jamais puis toujours
Pour à nouveau jamais,
La mer n’est plus amère
Qu’en tout temps
D’allégresse.

Jamais puis toujours
Pour à nouveau jamais,
La mer plus étale
Qu’après
L’Insomnie !