Ainsi, souvent,
Longtemps quelquefois
Certains toits de la cité
Se couvrent de charpentiers.
Ils ont cette haleine
Que l’on dit du printemps.
Nantis de corps
Gigantesques, sont façonnés
Comme le sont les vieux meubles,
Fascinants
Comme la peau vigoureuse
D’un chêne !

Aussi, parfois,
Quelque nuit
Parmi les étoiles,
Les pentes de leur dos
Nous portent vers d’autres
Verdoyances !
Ils ont cette écorce fragile
Des hommes sédentaires,
Savent susciter de nobles
Vertiges,
D’autres fois même
L’irréparable !

À peine le temps d’être séparé
De son Enfance mordorée
Que voici déjà cette flore
De la saison nouvelle !
De nos mansardes, elle nous
Masque l’horizon implorant !
Toute une végétation
De muscles fiers,
Huilée par la sueur
Du bel Ouvrage,
Tout au sommet d’un
Très haut fait d’Arme !

Puis,
Sans nul doute,
Dans quelques pleines lunes,
Leurs gestes souverains
Accompliront bientôt
De plus hautes Oeuvres encore.
L’azur s’étoilant au loin,
Sculpteurs immémoriaux,
Couvrez notre âme chétive
Des parcelles
De votre Art
Bienveillant !

Et pourtant,
Sur les toits rapides
Souvent de lourds
Brouillards innocents
Apparaissent
Épais et humides.
Avec l’aube très tôt,
Ils s’attiédissent, déciment
Les oiseaux, pétrissent nos corps
Rabougris, à l’intérieur
Des cases, bousculent
Nos hanches fétides.

Et sur le pavé sanglant, à cette heure
Si particulière du petit matin
Où les crimes se commettent,
Tandis que les arbrisseaux
Découvrent, pour la première
Fois, leurs feuilles inanimées,
Les charpentiers quant à eux,
Avec leurs mains entrouvertes, posées
Sur les tuiles des toits glissants, prennent soin
Des plaies de la Cité sémillante,
Encore, parfois, de nouveau,
Toujours.

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