II. Ciel renoncé. Paris, Septembre 1984.

 

I

 

Avec la nuit pour toile de fond,
Nos épreuves sont nos forces.
Derrière les sous-bois où les brises
De septembre semblent novices,
Les terres alentours gémissent
Leurs faibles pentes.

À cet endroit où les conques sacrées
Déteignent sur nos crânes
Leurs emblèmes génitaux,
Nos esprits, par derrière,
Se cabrent au moindre
Travers de sente !

– Songe donc à cela :
« Parvenir par voies d’homme
Au tracé ineffable des Natures ! »
– Songe donc à cela :
« Advenir par troncs de sève
Rien de plus que de Végétal ! »

Avec l’amertume qui demeure
Après l’envol des oies sauvages,
Avec ce vieux rêve de rancœur,
Durant l’hiver et les soins de nuit,
Patiemment, de son grand âge,
Il faut dérider notre front !

Exil de l’exil
Derrière la mince écorce
Eclair de l’envol
Au prestige de nos forces !

 

II

 

Et si, nulle trahison
À ne point engager sa force,
Nul péril encore à ne point
Souffler ses jeunes ans. D’ailleurs,
En compagnie des vents rieurs,
La pluie nous prend à témoins :

– « Qu’allez-vous-en sans horde ni tribu ?! »
Car il importe aussi, qu’aux coursiers
Les plus scabreux, s’associent
Les plus folles montures !
Il importe qu’aux bâts les plus éreintants
Se consume l’amorce la plus pure !

– Songe donc à cela que, même taillées
Et découpées avec les matériaux
Les plus sophistiqués, les forêts
De jadis hypnotisent nos printemps,
Sous les tentes de sables
Ou les hamacs de nos solitudes !

Et que les vagues de nos humeurs
Témoignent de ces détails,
Et que les orgues de nos rancœurs
Convoitent d’autres augures,
Nos âmes n’en sont pas moins
Obscures !

Exil de l’exil
Par delà même ce néant.
Exil de l’exil
Par nos béants ébats !

 

III

 

Ah s’offrir pour tout vertige
L’Anatomie de l’écorce !
Ah grandir pour seul fin
De grandir ! Déchirer les nuées
Avec les oies sauvages.
Se regrouper entre frères !

Éventrer l’azur avec
Nos ombres aiguisées !
Exhiber aux âmes
Les plus sombres nos
Pensées les plus intimes,
Que sais-je encore ?!

– Songe donc à cela qu’il y a sans doute
D’autres voies, d’autres hommes,
D’autres lustres ! Qu’il y a
Avec les chemins de campagne,
D’autres forêts, d’autres sentiers,
D’autres demeures illustres !

Et comme les eaux sont semblables
Aux eaux de l’autre-hier,
Les froidures gèlent encore, toujours
Inexorablement nos chairs les plus sages !
Par toute bise, à la table des eaux, par toute
Mémoire aux eaux molles de l’Ennui…

Exil de l’exil
Par tout hiver ou toute pluie.
Exil de l’exil
Et pourquoi pas, en être fier !

 

IV

 

Et bien longtemps, par seules voies d’allégeance,
Il nous faut déserter les pavillons de l’exil !
Bien longtemps, malgré toute la lumière,
Lentement s’étioler !
Bien longtemps, de ce trop long mystère,
Entre nous s’affliger !

Sur les herbes mouillées des sous-bois
Ne plus s’étendre entre amants
Pour relever le col de sa monture !
Ne plus s’étreindre aux herbes folles
Pour ralentir le cours des
Froncements d’humeurs !

O vivant parmi ces milliers d’arbres
Qui sont des hommes ! Et pourquoi pas
En suivant ces ornières de sous-bois
Que sont nos pas ! Maintenant
Que tremblent les fleurs jaunes et bleues
Que sont nos Âmes !

Et voici que les pluies bientôt
(L’eusse-je seulement pressenti)
Nous retiennent prisonniers
Derrière les sables flasques des îles !
Voici que les sourires d’enfant grandissent,
Avec les molles eaux de l’Ennui.

Exil de l’exil
Qu’il faudrait proclamer vivement.
Exil de l’exil
À cet Homme revigoré maintenant !

 

V

 

Mais voici bientôt
Que toutes ces Joies
Et toutes ces Peines
Proclament bien haut
Les rumeurs désuètes
Des hommes sans épaisseur.

Ou même les grandeurs
Fluettes de leurs Esprits !
Malgré la suspicion des lieux sacrés,
Malgré les chefs-d’œuvre
Perfides des temples, haut perchés,
Basiliques et autres Monastères…

____