III. Ciel apprivoisé. Paris, le 10/12/1984.

 

I

 

À certaine heure du jour, durant
L’été, la chaleur des toits d’aisance
Pourvoit de somnolence
Les cases abritées.

Aux paravents courbés et débridés des plages,
Dessous les filaments de toile cirée,
S’entortille un air moite, s’écarquille
Le temps de son grand âge !

Mais allons plutôt dans les hauteurs,
Là où l’amant conquiert l’amante. Goûter
Leurs ébauches d’amateurs, humer cet alliage
Fameux : Essence de leurs bains d’Ivresse !

Bien-sûr qu’à certaine heure du jour
Quelques coups de sang nous battent les tempes,
À nous aussi. Bien-sûr qu’en ces pures instances
Nos soupirs n’en sont pas moins obscurs !

Avec le dernier pas, l’ultime mèche au front, nulle
Aventure ne saurait advenir. Malgré le suprême coup
D’épices, la gorge se dérobant et davantage encore, la voix
Ne promulguant plus bientôt qu’un son rauque et impur.

 

II

 

Pire ailleurs. La chaleur venant d’emplir
La place, l’amant d’entrer aux cases fraîches.
Le temps sans le savoir venant d’asseoir
L’azur sur ses plus fiers pilastres !

Il importe, en fait, que nous nourrissions nos âmes
Craintives dans l’auge même du hasard, faute de mieux,
Et comme alimentés d’improbables astres, adulés
De suaves compagnes (courtisanes des jours et des nuits).

Il importe que l’eau du ciel prenne pour pente de lit
Le ciel même, aux rigoles de Soleil ! Que les fleuves
S’enlacent inexorablement avec les bras
Des cours d’eau, les jambes de la plaine.

Et même, si nulle aventure ne saurait advenir
Puisque le ciel est si loin, puisque ce seul
Rondeau ne berce plus déjà que les herbes,
Que les arbrisseaux tristes et veules.

Et même,
Nonobstant la majestueuse
Vieillesse, avec ce chaud tonnerre
Pour point d’appui !

 

III

 

Puis l’amant finalement s’en prit à la courtisane
Apprivoisée. Et leurs corps ne firent qu’un
Dans les draps frais et blancs de
La Nature qui peu à peu les confondaient.

Et même si l’Aube muette
Recouvre leurs chances
Dans les champs décoiffés,
L’azur ne s’est point tu !

Et puis nul braconnier non plus ne vint
Troubler les ébats, nul sourcier. Car ce fut
D’autres pas plutôt, parmi d’autres
Luttes, d’autres accointances :

Les roseaux se turent par exemple,
Qui n’entendaient point égratigner
D’un bruissement de trop
Les corps effarouchés !

Les feuilles se tinrent silencieuses plutôt que
D’entamer avec le vent leur concert familier !
Les Vertus transperçaient chaque organe
Et toute la brise du matin retint sa chute.

 

IV

 

Vivement, les plantes en filigranes
Interrompaient leurs mutuels élans.
Les insectes, depuis tôt, avaient cessé
Leurs courses ébréchées.

Et des cornes bizarres aux mille formes
Poussaient au pied des arbres d’où
S’esclaffaient les plaintifs bêlements
De brebis empaillées.

Mais nul braconnier
Vous dis-je, nul sourcier
Ne vint. Sans doute,
Même si

Les toits épousèrent ce coup de sang
Aux tempes de l’ardoise. Les cases de paille
Se craquelèrent avec l’odeur neuve et âcre
Qu’exhalait de nouveau la terre échangée.

Les pluies donnèrent leur leçon d’Imprévisible
Aux êtres. Les pluies sur toutes nos masures,
Les pluies aux ardoises polies
De nos âmes et de nos toits !

 

V

 

Et ces ardoises, nouvellement
Sourdes, muettes et détrempées,
Quelquefois aussi cernées
De brouillards,

Préservaient dans leur anfractuosité
Autant de Beauté inaccessible,
De soupirs inexprimés
Que de ruissellement d’eau.

Nos amants aux amonts
Vivement s’enfuirent.
Nulle patience à leurs jambes d’épis.
Nul remord à leur visage de cire.

Et la Fable voudrait,
Que durant le temps de leur marche,
Tous les spectres des sous-bois aient eu
Eux-mêmes cette démarche de leur soif,

De leurs yeux, dans leurs ombres
Personnelles, parmi les sommets
De la ville, juste au dessous de
Ce ciel, finalement apprivoisé !

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