I

 

Quelque nuit d’Insomnie il arrive que
L’apparence des étoiles se métamorphose
Au point que la flamme du Désir
La plus ternie, subitement se ravive.
Peu s’en faut souvent de le pressentir
Puisque, derrière les végétaux de pierre,
Lentement s’établissent les ombres
Fières d’un nouveau sentiment.

Serait-ce au rythme d’un crépuscule
Descendant que s’étonnent
Les réverbères de nos regards ?
Serait-ce derrière le kiosque
À orchestre, qui animent
Nos âmes de pèlerins,
Que des scènes imaginées utilisent
Les passants que nous sommes ?

Où va donc cette musique pour enfants
Qui nous vient par hasard ?! Où donc
Ce bastingage de fortune ?
Bien-sûr que les paysages crédules
Prennent feu quelquefois
Avec les levées d’aube. Bien-sûr
Qu’au dernier jour d’été toute la Nature
Prend son dernier bain de santé.

 

II

 

Ailleurs, au dessus des jeunes femmes
Sans robe mais non pas totalement dévêtues,
Des banderoles rougeoyantes
Agitent leurs corolles d’innocence.
Et puis la fuite de certains soirs
Annonce le souffle tiède des vents
Imprudents, têtus, sans espoir,
Comparables aux jours sans gloire.

Mais qu’envers toute indolence
Nos voix soient les plus pures !
Mais qu’envers toute obédience
Nos âmes les plus lascives !
Car je sais bien que le ciel
Viendra changer cela :
Les vieux silences
N’ont déjà plus d’abri !

 

III

 

Derrière les neuves occurrences,
Tout près, j’entends le bruit que fait
La nuit lorsque trop longtemps dure
L’éloquence si pure des souvenirs.
Et que la lumière soit aux sous-bois
Ce que nos réveils sont à nos chairs,
Nos regards n’en sont pas moins ravis.
Et même avec les neiges éternelles,

Avec les brumes, avec les plaines et les ravines,
Avec les soleils partout réparateurs,
Nos humeurs n’en sont pas moins
Rebelles. D’ailleurs, depuis quelques
Nuits d’insomnie, on le sait bien, il arrive
Que l’apparence des étoiles se métamorphose
Au point que la flamme du Désir
La plus ternie, subitement se ravive.

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