I

 

Sur la table des eaux,
Verdissant avec les herbes,
Au troupeau des citronniers

Je dresse pour armure
Un cortège de citrons verts
Et jaunes.

 

II

 

– Est-ce intention qu’on me pardonnera ?
Quelques minutes passent
Qui ne font pas l’affaire des fleurs.

Longtemps les sous-bois se délassent,
Enceignent leurs couleurs
Avec prudence et fierté.

Longtemps des mélodies
D’écorce naissent. Des fleuves
Se fiancent avec l’écoulement de leurs eaux.

 

III

 

Au matin même les sapins
Nous alarment de
Leur point d’incidence.

Et que dire de tout cela
Si ce n’est simplement
Afin que par nécessité,

Les fruits se fassent ?
Car leur jour est le mien
Dans l’embrasure de leur lumière !

 

IV

 

Leur vigilance la mienne
Quand nul ne m’eut d’égard
Qu’envers ma seule probité !

Et que leurs confidences
Ne s’adressent qu’aux seuls
Vers et chenilles

De leur sol,
Cette heure n’en est
Pas moins la mienne.

 

V

 

Et que cela fut
Durant la saison des coraux
Ou des coquillages,

Leur patience dans l’ouvrage
Non moins celle-ci
D’une Science très aboutie !

Est-ce nouvelle cargaison
De fruits en fraude
Que j’arraisonne ?

 

VI

 

Sur la table des eaux
Quelques secondes sont passées.
De vieux érables ont vu

Leurs fruits secs
Dispersés par les vents.
Des fruits de mer

Ou fruits confits,
Des capsules de pavot
Ou des lèvres de l’huître,

Sans pitié se sont emparés
Les algues, la rouille
Et toutes les moisissures.

 

VI

 

Transhumant tant
Qu’il leur est donné
De transhumer

Les troupeaux de citronniers
Ont pourvu leurs fruits mûrs
De toute la sévérité de leur sève.

Est-ce ultime mât de
Bâtisse
Que l’on ordonne ?

 

VII

 

Sur la table des eaux,
Autant qu’il nous est loisible
D’épouser les imprécations de la pluie,

Le ciel majestueux veut ce sol
Où les fruits tuméfiés
Se dilatent.

Est-ce prochaine courbure
De sol
Que l’on façonne ?!

 

VIII

 

Sous cette terre plus claire
Qu’aucun aubier d’arbre
D’étranges courants d’eau

Ont enseveli les graines
Avec les coups de bec
D’oiseaux.

 

IX

 

Sur cette terre plus chaude
Qu’aucun cratère d’arbre,
Les vents nonchalants balancent

Leur dévolu
Entre les troncs
Quotidiens des amandaies

Et les amandes
Qui pendent : Ô ces fruits
Délicieux des amandiers !

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