I

 

Pleine lune
Dans un azur
Lumineux et pur !
Auréole d’un chant
Sans parole
Qu’emporte le vent.
Fleuves abrités de paravents,
Soleil chaud dans le
Couchant …

O reflet et broderie,
Dans le soir et dans la nuit !
Lumière et
Renaissance
Au jour
De la Conscience
Humaine,
Et cela chaque
Jour !

Régions inconnues
Éveillées à nous
Dans l’Amour et
La Fraternité.
O cette Galanterie improvisée,
Cette Délicatesse
Préservant l’aurore
Du monde effrayant.
O Merveille encore…

 

II

 

Après les urnes et les stèles,
Impermanente et ballottée :
La Poésie humaine !
Au fait, y eus-je déjà comblé
Mon âme craintive ?
Tout au bord
De ses rives liquides
Y eus-je seulement déjà
Trempé la voix ?!

Encre d’Or
Que la nuit
Convoite !
Montagnes
De marbre et
De granit.
Bovidés
Que délaisse
Le berger aux amonts,

Là où du reste,
Peu s’en faut,
Dépasse la folie
Des fleurs !
O ces digitales
Ravies et fières
Qui s’épanouissent,
Tranquilles, sages,
Solitaires…

 

III

 

Ailleurs encore,
En un tout autre lieu
Sans doute :
Une rosée en marge
Des saisons.
Et, non loin,
Derrière un bras
De fleuve sans âge,
Un Soleil bien rouge et bien sage.

Rose et bleu bientôt,
Les petites rivières
Cachées des arbrisseaux,
Bien à la frontière des illusions
Et des murmures.
De tout temps
Les traits larges
D’un fleuve puissant et sûr
Dans les ruelles de la mendicité !

O ruisseau de fortune !
Par toute sente de caillasse
Parmi la boue religieuse
Et les lambeaux de chair
Sacrés, jonchant
Les draps de pluie !
O drame des larmes
Sur un front livide et
Banal.

 

IV

 

Certains soirs même
O la lune au dessus
Des bocages décomposés,
Les rizières et les cases
De bambou : Orient entier,
Naïf et souriant souvent,
Dans le silence s’embourbant
Au pied des plus nobles
Mammifères !

Hasards
Que les temps déportent
Aux portes du troupeau.
Troupeau des hommes
Et des bêtes… Et cet Orient
Aux lettres d’or étendant
La cendre des corps
Éternels sur mon corps
Oriental !

O rancœur et
Violence à puiser
Depuis leur infini
Domaine. Et
Cette innocence
Mêlée
Au non-sens
Même
Du sang versé !

 

V

 

Aurore fumante dès lors
Dans un esclaffement
D’oiseaux des îles !
Brise battante
Aux toitures fouettées
Du vent de l’aube …
Et cette aurore venant mêler
Son franc-parler
Parmi les hommes.

O hommes ! O Homme !
Mais de quels hommes s’agit-il ?
Mais de quel Homme parlons-nous ?
Et qu’en bien même
De celui-ci : Homme de paille
Ou d’expérience.
Et qu’en bien même
De ceux-ci :
Conquérants ou hindous ?

Divinité
De quelque religion
Qu’elle fut.
Eussent-ils dansé
Avec les ombres des défunts,
Pareils aux colombiens,
Chanté avec leur corps
Advenu cendre
Si tôt …

 

VI

 

Véhéments par instant,
Les eussent-ils portés
Loin de nous et
Du soleil dans leur grand
Front mélancolique…
Et bien qu’en outre,
Tout cela eut pu
Ne jamais
Avoir eu lieu,

J’ai, à n’en point douter,
Perçu leur voix ravaudée,
Profanée, leurs flammes,
Leurs feux d’esprit,
Leurs lumières,
Tout comme
Ces torches de l’or des soirs
Sans lendemain,
Dans le lointain galvaudé !

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