Détournant de leur lieu les soleils timorés,
N’écrire qu’avec circonspection.
Ne décrire finalement que les horizons
Lavés des sables salissants des parcs.

Avoir de la chance quelquefois.
N’écrire que sans détour, uniquement
Avec l’idée de ne pas avoir l’idée
D’écrire.

Ce serait, par exemple, l’histoire
D’une habitation.
Quelques ombres
Seraient apparues de loin en loin.

Les fenêtres se seraient ouvertes
À l’instant du passage des bêtes sauvages :
Les fenêtres se seraient ouvertes
Sur le Poème.

Une histoire naturelle
En sorte : l’intérieur de la pièce,
Le sable de la plaine et des animaux
Étranges, pesants, parcourant l’étendue.

Aussi, à l’instant de la scène,
Penser à se décrire, à prononcer,
À côté des arbres, les syllabes
Chantantes qui réveillent les anges.

Faire crépiter les feux de la Saint Jean,
Laisser grandir les flammes injustes
Des campagnes
Jusqu’à ce que l’aube daigne porter

Ses officiants de rosée à l’endroit juste.
Puis, commencer de recenser les empreintes
Laissées dans la terre.
Et cette vigilance

A réduire la nuit venant.
Et ces accointances à prendre avec
Les grands voyageurs de chair et de sang.
Puis, tirer les rideaux dans l’attente

Eventuelle d’une révélation.
Or,
Que savoir de l’Espoir ?
Que dire de l’Espérance ?

Qu’espérer au juste dans la discrétion de la Mémoire ?
Je me nomme car je crois au sujet
De cette histoire.
Et même si, lentement,

Une certaine césure semble imposer
Sa prédominance, même si l’hivers, peu à peu,
Se forge dans le duvet des fossiles,
L’hivers prend le pas sur les autres saisons

Quand, avec ses feutres, la pluie, derrière la nuit,
Tire ses traits noirs et bleus !
Je me nomme plutôt que de pâlir
Face au fil, ténu certes, de mon ignorance …

Plutôt que de périr avant que de trembler
Au sommet tant élogieux du mot cité !
Je me nomme, à cet endroit où
Le mot prononcé n’aura plus

D’incidence sur la santé
Des autres phrases.
Je me nomme, avec la voix de celui
Qui s’écoute s’écouter, avec l’écho

De l’écho jouant avec l’écho …
Je me nomme depuis qu’il n’est plus si tôt,
Et détournant de leur lieu les soleils timorés,
Depuis que la lumière s’en est allée…

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