Dans les profondeurs obscures de ma mémoire
Il me plait quelquefois d’essayer de retrouver
Les traits subtils et délicats de son visage.
C’est pour moi comme une exploration
Merveilleuse à laquelle je me complais
Bien volontiers dès que j’en ai le loisir.
Ainsi, lorsque je m’y consacre patiemment,
J’y vois quelquefois des images mêmes imparfaites
De celle qui m’offre sans le savoir une représentation
Bien singulière de sa Joie de vivre et de sa Jeunesse,
De sa Ferveur et de sa Beauté
Qui me rassurent et me tranquillisent.

Lorsque je parviens en effet à redessiner même vaguement,
De proche en proche, les diverses parties du visage
De celle dont j’ai cru gardé le souvenir
Alors mon cœur entier s’illumine.
Si je réussis en effet à réaliser dans mon esprit
L’aquarelle du portrait de celle
Que j’ai malgré tout assez peu connu,
Maintenant, devant moi, pour un instant,
C’est alors la lumière attiédie du couchant
Qui s’invite subrepticement, et qui beigne
Ainsi délicatement son image installée
Depuis peu dans ma mémoire…

Ses yeux noirs lorsqu’ils me regardent
Depuis le patrimoine informe de mes souvenirs
Semblent une invitation à la contemplation,
À l’enchantement, à une sorte d’Illumination !
Dans leur langue si particulière ils me parlent
De rêveries et de voyages … Avec eux je suis en Italie
Où je me promène délicieusement. Avec eux
Je suis partout ailleurs et ne sachant pas
Très bien où, je me laisse enlever
Sans lutter, un peu comme si
J’étais transporter par une vague
De bien-être, immobile et serein.

Son regard par ailleurs si séduisant
S’écoule très lentement tel du miel liquide
Sur mon esprit gourmand, avide et impatient…
Il me dit doucement à l’oreille :
 » Ne craint pas le souffle rapide et
Quelquefois violent du Monde… »
Il me rassure comme une mère son enfant,
Il me raconte des histoires où abondent
Les Princes orientaux et les Mythologies
Très anciennes où les astres jouent
Entre eux une partition bien singulière
Qui portent quelquefois à l’émerveillement…

Son sourire, lorsqu’il dessine dans mon esprit
Sa merveilleuse candeur et qu’il semble m’être destiné,
Me transperce littéralement le cœur.
Il semble vouloir inciter le Monde entier
À sourire de la même façon.
Mais tandis que je recherche avidement
Dans les méandres de ma mémoire
Ce sourire enchanteur,
Mon esprit hébété s’égare confusément,
Dans une espèce de balbutiement inutile,
D’aveuglement précipité,
Et de mélancolie inattendue.

Alors je berce mes soupirs
Dans le creuset secret de son corsage.
Tout ce qui figure autour d’elle désormais
Disparaît précipitamment.
Tout me paraît fade et triste
Maintenant que je ne la vois presque plus.
Bientôt, à travers les échafaudages étonnants
De ma pensée la nuit s’est partout répandue.
Partout sauf, peut-être, à cet endroit précis
Où elle figure encore, désormais,
Quelque part, au fond de ma mémoire,
Lumineuse comme le jour…

Ainsi, imperceptiblement
Il ne reste plus qu’elle dans le champ
Étroit de mon regard.
Elle ou du moins l’image que je m’en suis faite,
Avec cette délicieuse impression que me procure
En un simple mot : sa Beauté !
Ainsi, peu à peu, il ne reste que son jour
Le long des ruelles étroites de mes sentiments.
Il ne reste que son image irréelle
Serpentant doucement à travers
Les fougères immenses
De mes souvenirs.

En réalité, il ne reste bientôt presque plus rien
Maintenant qu’elle a depuis peu privilégié
De demeurer quelque temps à mes côtés,
Afin que je puisse goûter presque indéfiniment
Celle que j’imagine avoir retrouvée, même confusément…
… Dans l’obscurité de mes souvenirs, à travers ses yeux
Mystérieux, le long de son visage désirable,
Non loin de son regard protecteur ou de son sourire
Espiègle et tout cela bien savoureusement orchestré
Le long des méandres escarpés de mon imagination,
A travers les sursauts saccadés de ma fantaisie,
Dans les profondeurs obscures de ma mémoire…

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