Introduction

Voici un sujet bien curieux que j’ai choisi et ainsi probablement digne d’entrer dans ce « cabinet des curiosités ». J’ai eu l’occasion de lui accorder une petite étude, sans ambition particulière, lorsque j’ai pris justement le temps nécessaire, sans trop m’y attarder cependant, de m’intéresser un peu à la nature humaine. Certes un objet parmi tant d’autres. Une considération particulière qui m’a incité à y réfléchir plus sérieusement et peut-être de façon plus approfondie. J’ai d’ailleurs jugé bon, à cette occasion, de proposer librement une réflexion sur ce motif en espérant qu’elle puisse avoir un petit intérêt pour mon lecteur. La chose n’est pas sûre mais je l’espère de toute façon car ainsi mon objet de réflexion ne sera pas resté sans une certaine forme d’aboutissement et disons simplement sans qu’il ait rencontré un petit écho favorable qui puisse témoigner, même modestement, que mon propos n’ait pas été complètement inutile.

Disons, en préliminaire, que j’ai souvent observé les hommes de façon amusée et distante sans pour autant m’impliquer personnellement. Je me suis quelquefois rapproché d’eux à la manière d’un psychologue dilettante ou d’un simple observateur curieux. C’est ainsi que j’ai été longtemps amené, avec un esprit vagabond et critique, à observer ces « animaux » étranges, ces plantes variées, parfois radieuses parfois vénéneuses, que sont les hommes. J’en ai parfois tiré de la satisfaction personnelle, une forme même d’épanouissement mais sans en espérer jamais la plus minime fierté, la moindre vanité, le plus petit orgueil.

À cette occasion, je voudrais justement, dans cet Essai, vous les montrer lorsqu’ils semblent particulièrement motivés par l’objet de leur propre choix tandis que ce choix ne semble pas être du goût de certains observateurs. Ils veulent mais ils ont des contradicteurs. Une idée s’offre à eux avec une certaine évidence mais celle-ci n’est pas du goût de tous. Prenons-en un en particulier et examinons-le, un peu comme ferait un entomologiste débutant pour un des insectes particuliers de sa collection.

En préambule je dirais ceci :

On se trouve presque toujours, et assez facilement, de bonnes ou de mauvaises raisons pour faire (ou ne pas faire d’ailleurs) cela même que nous faisons ou que nous avons plutôt choisi de ne pas faire. Je m’explique mieux. Selon toute apparence, la chose méritait que l’on s’y attarde ou bien au contraire que l’on prenne plutôt ses distances vis-à-vis d’elle. Dans tous les cas, il y a toujours une explication toute prête pour justifier son choix et nous allons voir maintenant comment il procède (cet homme choisi dans la collection de tous les hommes), ou plus précisément comment il devrait procéder pour défendre son idée au mieux, lorsque cela s’avère utile voire nécessaire, ou bien pour achever de se convaincre lui-même lorsque quelques points de son choix, de son idée, de son projet demeurent encore pour lui dans une relative obscurité. Notre « animal » ainsi choisi sera évidemment dans l’obligation de lever ce voile d’obscurité, au moins en grande partie, avant de devoir affronter les critiques des observateurs, qu’ils soient seulement curieux de ce nouveau projet, ou plus directement impliqués par les conséquences de ce dernier.

Un cas simple, trop simple.

Examinons-le selon les différents cas où il pourrait précisément se trouver. Lorsque la chose que l’on décide d’entreprendre va, disons dans le « sens » de la personne même qui veut défendre son idée, sans que cela soit au détriment des autres, d’aucune façon possible, ni même à son propre désavantage, alors il est, en général, assez facile pour lui de se justifier. On dit ce que l’on veut. Ce que l’on dit convient à tous. Son choix n’est pas en contradiction ni avec soi-même ni avec les intérêts des autres. Ainsi, on pourrait dire à peu près n’importe quoi à la suite de ces premières garanties fondamentales, que personne n’y trouverait rien à redire et donc rien à contredire. C’est le cas le plus simple. On dit. Par défaut on est approuvé. On fait ce que l’on a dit ou pas. Peu importe l’écart souvent et peu importe le résultat. Le choix n’a rencontré aucun obstacle. Celui qui s’est exprimé l’a fait sans difficulté. La raison est simple : son choix n’avait aucune raison de rencontrer de contradicteurs. Ce cas demeure tout de même assez rare.

Un cas un peu moins simple, mais assez aisé à défendre.

Si notre « animal » agit, au détriment de lui-même, sans pour autant en avoir conscience et aussi sans que cela ne soit au préjudice des autres alors la justification doit être légèrement plus élaborée. En effet, dans ce dernier cas, quelques interrogations viendront de l’entourage du sujet qui l’entraînera à expliquer la motivation de son choix lorsque, selon eux, il n’a aucun intérêt évident pour lui à agir dans cette direction, bien au contraire. Cependant même dans ce cas le sujet trouvera assez souvent un certain nombre d’arguments qui lui feront se rassurer lui-même et aussi qui lui permettront de convaincre son auditoire sur la pertinence de son choix et l’absence de risque pour lui.

Choisir dans le doute et agir …

En fait, qu’il ait conscience ou non du bien-fondé de son choix ou même de l’avantage qu’il en espère et du risque qu’il encoure, cela ne change rien. Qu’il soit lucide ou pas n’a aucune importance. La clairvoyance de son esprit vis-à-vis de son projet n’est pas en discussion. Ayant fait son choix, obscurément dans les méandres de son esprit, il n’est pas question pour lui de douter. S’il a douté un moment il l’a fait avant. En tout cas c’est sans doute ce qu’il devrait essayer de faire. En effet même si cette « éthique morale » n’est jamais très simple à adopter, elle semble être la plus digne. Elle suppose en effet beaucoup de rigueur et de caractère de la part du sujet. Maintenant, son choix étant fait, il s’agit seulement pour lui de le réaliser et occasionnellement de le défendre. Quels que soit les circonstances, les critiques, les volontés contraires, il trouvera toujours, selon lui, des raisons suffisantes pour non seulement aborder avec sérénité ce qu’il s’est projeté de réaliser, mais aussi élaborer avec une certaine intelligence, dans la pratique, la construction proprement dite de son projet. « Choisir dans le doute et agir dans la foi ». Voici peut-être la ligne de conduite qu’il se fixe à ce moment. Maintenant il faut dire immédiatement, et sans tarder, que ce dernier, avec toute la plus haute estime que l’on peut avoir de lui en « théorie », il peut aussi par son obstination et son entêtement, tout simplement avoir tord et, ce faisant, se tromper lui-même, dans la « pratique ». Cependant il choisit de défendre son projet avec toute le courage et l’opiniâtreté dont il croit être pourvu. Après avoir douté quelque temps, certes, s’être interrogé suffisamment, sans doute, et même sans connaitre à priori le résultat de son « combat », il continue avec acharnement et conviction.

À ce moment de sa réflexion et disons de sa position acquise vis-à-vis des autres, il se dira : « Il vaut mieux que je réussisse ce que je souhaite entreprendre car je veux montrer à moi-même que ce choix fut le bon et peut-être aussi vis-à-vis de la communauté. Je veux pouvoir arriver au terme de mon projet et aussi avoir la satisfaction d’affirmer à la communauté combien j’avais raison ». Il y a, à cet endroit précis, probablement un peu d’orgueil et même de vanité qui s’est « glissé » dans l’esprit du sujet qui a oublié momentanément que ce qu’il a voulu réaliser, à l’origine, il l’a voulu « pour lui » et éventuellement aussi pour quelques personnes très sélectionnées par ses soins, mais pas pour montrer à la communauté toute entière, au terme de son action, qu’il avait finalement raison. Il voulait concevoir, il voulait proposer une idée, « son » idée, et le voilà, avant même de commencer à travailler à l’élaboration de son projet, qu’il veut aussi ressentir ultérieurement la jouissance de pouvoir mesurer l’assentiment de tous, et cela même afin dans retirer une fierté personnelle, assumée ou pas. Il veut à la fois ressentir sa propre fierté d’avoir mené à son terme son projet personnel mais aussi, et probablement pour une part non négligeable, percevoir au final l’approbation des autres (au moins de la majorité des autres), ses premiers contradicteurs.

Choisir dans une « forêt vierge » de choix de nature variée.

Après quoi le résultat sera là, une fois l’œuvre achevée, sous les yeux de son auteur (et quelquefois des observateurs) sans que personne ne soit parvenu à l’en dissuader auparavant. À son bénéfice ou non, selon son intérêt ou pas, il est allé au terme de son projet, accompagné, lorsque cela était nécessaire, de tous les arguments justificatifs de son choix. Je fais rapidement remarquer que l’objet de ce choix, ce que j’appelle souvent son projet, peut être de nature très variée : un objet de création (à priori rarement vu négativement mais quelquefois jugé sévèrement à-posteriori ou au contraire encensé), une décision personnelle liée à un choix de vie (quelquefois l’objet de critiques, la famille en particulier), une orientation de nature sentimentale (peut rencontrer quelques détracteurs lié souvent à la jalousie ou la famille elle-même qui ne voit pas d’un bon œil l’arrivée de cette nouvelle personne dans la famille), ou des ambitions de nature aussi variée que des choix de carrière, le choix dans le cadre de sa carrière d’une idée qui lui paraît meilleur que toutes les autres, le choix d’une vocation, décider de fumer ou pas, de porter tel vêtement peu conventionnel aux yeux de la communauté, de danser à un moment inopportun ou de se comporter bizarrement, etc…

En tout cas, à peu près tout ce que l’on peut être amené à choisir, à tout moment, de façon spontanée et sans que le sujet n’ait même eut besoin de réfléchir à propos de son action ou de son choix, ni même aux éventuelles conséquences pour lui ou pour les autres, et bien tout cela s’appuie très souvent sur disons essentiellement des causes de nature instinctive. Dans ce cas, pensera intérieurement le sujet, les éventuelles critiques pour des choix aussi minimes et aussi personnels, n’ont aucune raison d’être. Et à la fin de son microscopique raisonnement il en conclura qu’il n’a aucune raison d’essayer de convaincre les dubitatifs tant l’objet de son choix lui paraît de peu de poids. En un mot, les critiques qu’il pourrait entendre pour d’aussi petites choses, il s’en moque.

Il faut noter également que dans ce petit traité, je ne m’intéresserai pas trop à ce dernier cas : le choix d’une action seulement motivée par une spontanéité donnée par la Nature du sujet et dont l’origine est le plus souvent instinctive ou peut-être éventuellement aussi le fruit d’une influence sociale à laquelle probablement le sujet avait quelque prédestination. Je parlerai ici plutôt des choix mûris, au terme d’un minimum de réflexion, et qui puissent être justifiés par une suite d’arguments lesquels pouvant être d’ailleurs pertinents ou pas. Crédibles ou non. Ou même simplement audibles pour ceux qui veulent bien les entendre ou pas du tout.

Qualité de l’orateur mais aussi de l’auditoire.

Disons, au passage que la pertinence d’un propos, la crédibilité d’un argument repose souvent sur la qualité d’orateur du sujet, mais aussi sur la capacité d’entendement de l’auditoire. En fait elle dépend des deux. Ce dernier point d’ailleurs étant selon moi le plus intéressant et mériterait d’être développé car, selon l’acuité de conscience et l’esprit d’honnêteté du sujet, et cela, à peu près, quelque soit l’auditoire, il recouvre aussi la question de la « mauvaise foi » de celui qui veut défendre son idée. Ce dernier aspect pouvant aller même jusqu’à la question liée à la faculté de « manipulation mentale » du sujet.

Mais, sans aller jusque-là, en quelques mots, je dirai ceci : si le sujet est un assez bon orateur voire un bon orateur, alors naturellement son auditoire, même s’il est avisé et possède un bon sens critique, sera plus facilement susceptible d’adhérer aux justifications proposées. Ces dernières peuvent être plus ou moins valides objectivement, le bon orateur saura en dissimuler les déficiences éventuelles par un jeu dialectique qu’il aura appris à développer. Pour y parvenir il aura du, longtemps, se cultiver, acquérir des connaissances « transverses » à son sujet. Ainsi il saura mieux, au moment opportun, rendre son discours plus fluide, plus imagé, plus poétique. Ce faisant son auditoire risquera de s’égarer à travers les images savamment orchestrées, les « ponts » dressés entre le sujet de son propos et des domaines qui seront plus ou moins éloignés de celui-ci. Cet « égarement », ici et là, contribuera quelquefois à une sorte d’ « enchantement » des observateurs, ce qui permettra à l’auteur de mieux faire passer ses arguments. Plus le sujet prendra soin d’orner son argumentation d’images « transverses », de paraboles amusantes et variées et tout cela de façon appropriée, délicate, et légèrement ironique et plus il aura de chance de conquérir son auditoire.

La forme prise par son discours peut, par ailleurs, quelquefois masquer des carences notables sur le fond de son propos. Et ainsi il pourra plus facilement convaincre même si ce qu’il dit demeure encore fondamentalement critiquable. Si par contre le sujet n’a pas beaucoup de qualité d’orateur, et que son propos n’est pas aussi bien présenté qu’il aurait dû, alors, à peu près quel que soit son auditoire, à l’esprit aiguisé et prompt à une vive critique ou bien au contraire facilement influençable, dans presque tous les cas, le sujet se trouvera en difficulté, même si ses arguments sont, dans le fond, assez solides. Il perdra ici en efficacité par rapport à sa volonté de convaincre, précisément parce qu’il n’aura pas su adopter une présentation assez pertinente, assez imagée, pour ne pas dire assez séduisante. En effet, à ce moment, pour le sujet, c’est avant-tout une opération de séduction, une approche très qualitative où la sémantique utilisée aura d’autant plus d’impact sur l’auditoire que celle-ci aura été nourrie de paraboles imagées, où la symbolique ira évidemment dans le sens de son argumentation générale et donc de la finalité de ce qu’il s’est proposé depuis le début, convaincre le plus grand nombre de ses observateurs et en particulier les plus sceptiques.

Un cas plus difficile à convaincre : Le sceptique qui se croit « menacé ».

Mais reprenons notre propos là où nous l’avions laissé plus haut. Nous étions précédemment arrivés au cas où celui qui agit le fait, sans avoir bien conscience que ce qu’il entreprend ne va certes pas à l’encontre de son entourage mais peut-être, selon quelques observateurs, à son propre détriment. Nous avons vu, plus haut, qu’il sut trouver les mots pour se convaincre lui-même et même, qui sait, peut-être aussi convaincre les autres.

Examinons maintenant le cas de celui qui décide d’agir ou entreprendre une action (un projet) avec, selon quelques observateurs, des conséquences plus ou moins fâcheuses sur son entourage. Dans ce cas les critiques peuvent venir soit d’observateurs particuliers qui ne font qu’observer et qui ne seront nullement et directement impactés par le choix du sujet (du moins le pensent-ils). Ces observateurs je les définirais plutôt comme des « parasites ». Ils observent. Ils constatent intérieurement (peut-être à tort) qu’ils ne subiront aucunes conséquences directes ou même indirectes du choix du sujet. De ce point de vue ils partent évidemment rassurés, gageant qu’ils pourront toujours s’exprimer négativement sur l’ambition du sujet, ils savent (du moins ils pensent savoir) qu’ils ne « risquent » rien. Ces derniers apparaîtront bien vite comme de « vrais beau-parleur » aux yeux du sujet. Ils sont d’ailleurs pour ce dernier des observateur faciles à convaincre pour peu qu’il ait vu et compris assez tôt que ces observateurs en question ne faisaient que critiquer à seule fin de critiquer sans finalement être véritablement intéressés par l’objet même de leurs critiques et finalement non plus par leurs propres condamnations. Bref : BlaBlaBla ! Et puis, pour finir sur ce point, je dirais enfin que le sujet parvienne ou non à convaincre ce type d’observateurs, n’a pas beaucoup d’importance pour lui. Il a induit de la personnalité de ces derniers que leurs critiques étaient comme des coups d’épée dans l’eau, qu’elles ne pourront pas beaucoup le déstabiliser, et encore moins le dissuader de réaliser son projet.

Mais les critiques peuvent venir aussi d’observateurs qui trouvent le projet digne d’être critiqué pour deux raisons, (qui pour eux d’ailleurs souvent n’en forment qu’une) :

La première pour des raisons disons intellectuelles. L’idée n’est simplement pas bonne. Et ils vont s’attacher à le montrer un peu comme le font les premiers observateurs qui se croient à l’abris : les « parasites ».

La seconde et probablement la plus importante de leur point de vue, pour la raison qu’ils risquent (du moins le croient-ils) de subir les conséquences regrettables pour eux du choix du sujet. Ils vont ici et avec cette conscience du risque, redoubler de vigueur à l’encontre de celui qui pourrait s’en prendre à leur intégrité (que cette intégrité soit d’ailleurs physique, intellectuelle, ou même plus fréquemment d’intérêt, comme par exemple le sujet convoite le poste professionnel d’un confrère !). Les arguments qu’ils ne manqueront pas d’exposer seront à n’en pas douter assez virulents à l’encontre du sujet. Dans ce dernier cas il faut bien reconnaître qu’ils ont doublement raison en particulier si l’on considère, même si cela n’est jamais sûr, que l’impact qu’ils devraient subir de la part du sujet est bien réel ou du moins a une probabilité assez grande d’une influence négative suffisante pour justifier ce double mécontentement. La sincérité des critiques, ici, ne semble pouvoir être remise en cause. L’observateur se sent menacé et, de fait, il l’est. En conséquence il utilise toutes ses capacités dialectiques pour affirmer sa position critique. Il peut d’ailleurs se manifester de façon personnelle, directe, frontale ou bien de façon indirecte en utilisant des intermédiaires apparemment neutres mais dont le but sera de déstabiliser le sujet sans lui montrer qui est véritablement à l’origine de la critique. Quoi qu’il en soit nous sommes ici et pour la première fois en présence d’un observateur « réellement » dubitatif. Ses doutes reposant à la fois sur un refus de nature intellectuelle de l’idée défendue par le sujet mais aussi et surtout par l’assurance de subir quelques dommages des conséquences de cette idée.

Le « Syllogisme » : Une arme utile pour influencer sans pour autant avoir raison.

Une fois de plus et même dans ce dernier cas le sujet se sentira assez sûr de lui pour barrer la route aux arguments mêmes les plus véhéments. Il y opposera par exemple la justesse de son choix, l’intérêt tout particulier qu’il en retirera, lui, une fois son projet ou son œuvre achevée. Il ne manquera pas évidemment de bien détailler l’intérêt pour le groupe d’observateurs (qu’ils soient impactés ou non par son choix) que son projet justement aboutisse. Mais surtout il ajoutera toute l’incertitude des éventuelles conséquences fâcheuses que certain pourrait subir. Cette « incertitude » se transformera dans sa dialectique, peu à peu, en une « conviction » qu’il n’y a absolument aucun risque de dommages possibles collatéraux. Pour y parvenir il pourra procéder par un « Jeu » d’images fondé sur une logique subtile et délicate dite du « Syllogisme ». Il affirmera la maîtrise de ses idées et la solidité de son projet et l’intérêt pour la communauté que ce dernier aboutisse, de « proche en proche », par le biais de figures logiques du type : [(M inclu dans P) et (S inclu dans M)] alors (S inclu dans P). Il faut insister sur l’opération qui se déroule sous les yeux de l’auditoire, de « proche en proche », avec, à n’en pas douter, des lacunes formelles dans le fond de son propos. En effet cette logique du « Syllogisme » ayant de nombreuses « failles » d’un simple point de vue formel, en a encore davantage lorsque l’argumentaire est simplement inscrit dans le « langage courant » de la présentation orale. Néanmoins, par cette simple petite technique, en l’utilisant de façon subtile et en ayant conscience (ou pas d’ailleurs) qu’elle n’est évidemment pas infaillible « en vérité », il pourra réussir néanmoins à convaincre tout en rassurant une bonne partie de son auditoire.

Une façon judicieuse de convaincre n’importe qui et cela en toute logique.

Il dira par exemple, au milieu de sa présentation, à son auditoire :

– « Vous reconnaîtrez avec moi que : Quelque soit l’observateur que je choisisse parmi vous, il n’en est pas un seul qui ne se croit pas assez lucide pour me souligner certaines de mes contradictions. Or, quelque soit l’observateur que je choisisse parmi vous, il est probable qu’il veuille toujours avoir raison, quelque soit mon raisonnement dans la pertinence de sa propre analyse, bien qu’il puisse avoir tord.

J’en déduis, « naturellement », que, quelque soit l’observateur que je choisisse parmi vous, si il se croit assez lucide pour me souligner certaines de mes contradictions, alors « nécessairement », il voudra toujours avoir raison, quelque soit mon raisonnement dans la pertinence de sa propre analyse, bien qu’il puisse avoir tord ».

A entendre comme ça à l’oral, tout semble logique et clair. Et même encourage momentanément l’auditoire dans le bien fondé de sa position critique. Cependant à y regarder de plus près, cette forme oratoire s’appuie sur un syllogisme dont la forme est la suivante : [(M inclus dans P) et (M inclus dans S)] alors ( P inclus dans S).

Or cette forme n’est pas appliquée correctement en l’espèce. En effet, pour être correct, il aurait du dire au moment de sa déduction :

« J’en déduis « naturellement », qu’il existe au moins un observateur parmi vous, qui, si il se croit assez lucide pour me souligner certaines de mes contradictions, alors « nécessairement », il voudra toujours avoir raison, quelque soit mon raisonnement dans la pertinence de sa propre analyse, bien qu’il puisse avoir tord ».

Mais, alors, vous qui me lisez, me direz-vous : « Mais quelle différence y-a-t-il entre les deux conclusions ? » Voici ma réponse. Mais avant de la donner, je veux faire remarquer que si mon lecteur ne voit pas la différence alors que je donne cette présentation à l’écrit et non à l’oral comme le fait mon sujet, combien doit-elle apparaître quasiment impossible à détecter pour un auditoire qui devra entendre l’argumentaire à l’oral ! En fait la différence réside dans le « quantificateur » utilisé dans la conclusion abusive : « quantificateur universel » à savoir affirmer que : « quelque soit l’observateur« … et non pas comme il aurait dû, dans la conclusion juste, utiliser le « quantificateur existentiel » à savoir dire que : « Il existe au moins un observateur » … En outre, celui qui maîtrise bien ces techniques, en ajoutant à l’oral des adverbes du type : « naturellement » ou bien plus fort encore « nécessairement », accentuera ainsi l’impression d’une logique rigoureuse et donc d’une vérité infaillible. Se donner la « liberté d’orateur » de glisser un « quelque soit » à la place d’un « Il existe au moins un… » pour être irréprochable, nous voyons bien comme cette « petite » différence est très certainement inaudible pour un auditoire non avisé. Qui plus est, dans le flot du propos oral, ces « histoires » de quantificateurs « universels ou existentiels », seront très facilement au delà des capacités « normales » de compréhension et d’analyse suffisamment rigoureuse d’un auditoire donné. Mais pour celui qui présente son idée, la différence se produira d’autant plus fortement qu’il saura judicieusement les enchaîner dans une suite de syllogismes qui lui permettront d’arriver à prodiguer une sorte de doute, non pas dans son propre choix mais dans l’esprit de ceux qui souhaitent le contredire. Ce qui correspond notamment à l’impression qu’il veut donner à ses contradicteurs : le doute dans leur esprit. Dans l’exemple qui précède, l’auditoire ne retiendra du « syllogisme » pratiquement que la conclusion, qui est d’ailleurs trompeuse :

« … quelque soit l’observateur que je choisisse parmi vous, si il se croit assez lucide pour me souligner certaines de mes contradictions, alors « nécessairement », il voudra toujours avoir raison, quelque soit mon raisonnement dans la pertinence de sa propre analyse, bien qu’il puisse avoir tord ».

Et dans sa mémoire du moment, il résumera cette conclusion en se disant à soi-même :

 » n’importe qui d’entre nous, et donc moi en particulier, je veux avoir raison , bien que je puisse avoir tord. »

Chacun jugera l’effet produit sur le contradicteur intéressé.

Que dit l’histoire à propos des « syllogismes » ?

En effet, il est toujours très difficile de percevoir à l’oral si une forme qui semble logique et correcte en l’entendant demeure concluante à l’examen plus formel. Notons, pour information qui finira sans doute de convaincre mon lecteur combien de syllogismes demeurent valides ou concluants à l’examen formel plus approfondi. En effet, sur les 256 modes possibles de syllogismes recensés, seuls 24 sont valides ou concluants ! Et encore, sur ces 24, seuls 19 étaient retenus jusqu’à Theophraste, cependant que Leibnitz, dans son De Arte Combinatoria (1666) prend en compte les cinq autres. C’est dire comme il y a place pour la confusion dans l’interprétation possiblement valide d’un syllogisme de la part d’un quelconque auditoire. En outre, celui qui défendra son idée pourra utiliser à l’occasion des « paralogismes » qui sont des raisonnements faux qui apparaît comme rigoureux et où le locuteur est de bonne foi, ou plutôt des « sophismes » qui sont des argument fallacieux, c’est-à-dire destiné à tromper. Et tout ceci dans la crédulité quasi acquise d’un auditoire qui aura bien du mal à trier entre l’ « apparence du vrai » et le « soupçon raisonnable du faux ». Notons pour finir que le « paralogisme » est un antonyme de « syllogisme ». À cet endroit, je souhaiterais renvoyer mon lecteur à la lecture de l’article assez bien documentée sur le « Syllogisme » en particulier au chapitre « Les modes concluants » à l’adresse suivante : https://fr.wikipedia.org/wiki/Syllogisme

Avoir raison, avoir raison.

Mais quoi qu’il en soit, lorsque dans son esprit toutes les pièces du puzzle que constitue son idée première se seront bien organisées au point de former une mosaïque harmonieuse et cohérente, alors, pour lui, il n’y aura plus de doute. Il décide d’accomplir ce qu’il a conçu d’abord dans son esprit. Sa conception est tellement bien accompagnée d’arguments rassurants qu’il se convainc de mieux en mieux lui-même, et quelquefois aussi réussit à convaincre les autres. Dans ces conditions il paraît difficile voire impossible de le dissuader d’accomplir ce qu’il veut.

Mais je veux aussi, en modeste observateur, souligner ce point : qu’il réussisse ou non à convaincre et même à rassurer ses critiques, lui-même se dit intérieurement : « J’ai raison. Je suis dans la vérité de mon choix. La question du doute n’existe pas. Je suis sûr de moi. Les autres peuvent éventuellement m’entendre. Je leur accorde cela. Mais mon propos va davantage, à travers ce je dis, de me convaincre moi-même si tant est que j’en ai véritablement besoin, que de convaincre un quelconque auditoire. ».

Conclusion.

En conclusion je dirais ceci : lorsque le sujet pense, il le fait dans son for intérieur et organise sa volonté d’agir avec ou sans précaution particulière à l’égard des autres ni même à l’égard de lui-même. Bien-sûr il peut en tenir compte, un peu, beaucoup, à proportion de ce qu’il croit être juste, mais le fait très souvent en cherchant obstinément des arguments qui puissent soutenir exclusivement la candidature de son projet. Son choix ayant été élu, c’est lui qui compte. Il faut le soutenir (si nécessaire) vis-à-vis des observateurs et en particulier des plus sincèrement critiques. Après avoir pensé son idée, (pour certains sujets assez brillants ils n’ont même pas besoin de maturer leur idée très longuement. Elle leur est venue rapidement, comme un éclair, et elle apparaît tout-à-coup dans une clarté naturelle comme très évidente) les arguments se sont ainsi cristallisés d’eux-mêmes dans son esprit ce qui lui donne un surcroît de confiance. Les bonnes et les mauvaises raisons se mêlent désormais ensembles et tandis qu’il finit de penser que son choix est le bon pour lui, comme accessoirement pour la communauté, compte tenu ou pas du contexte, il se lance dans la « bataille » afin de tenter de convaincre les plus sceptiques, après être probablement déjà convaincu lui-même, depuis longtemps, et même, pour les plus brillants, depuis le début.

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